Stéphane Vambre, ancien président d’Act Up-Paris, qui a bien connu le fondateur de Chrétiens & sida, décédé le 22 mai dernier, évoque son parcours et son engagement contre l’épidémie.

Antoine Lion est décédé le mardi 22 mai 2012. Fondateur de Chrétiens & sida, il a lutté toute sa vie contre les discriminations et le sida.

Antoine Lion est né le 10 février 1940 à Bayonne (Pyrénées-Atlantiques). Après des études à Polytechnique, il avait choisi de rejoindre l’Ordre des Dominicains en 1964, un ordre religieux hors norme, ouvert sur le monde, qui rassemble nombre d’intellectuels et de penseurs et dont la devise est: «Veritas». Il a également travaillé 10 ans dans l’administration centrale du ministère des Affaires sociales.

Passionné d’art et d’architecture, il a vécu de longues années au couvent Sainte-Marie de La Tourette, chef-d’œuvre d’architecture construit par Le Corbusier, situé à côté de Lyon, et toujours habité par une communauté de frères dominicains.

Il y dirige alors le Centre Thomas-More, lieu de rencontres et de débats, et dans le cadre duquel il organise chaque année, une conférence sur le sida qui rassemble chercheurs, médecins, politiques. Il est également à l’initiative de la création du Centre Culturel de Rencontre de La Tourette, organisation laïque au sein même du couvent.

En 2001, il est appelé à Rome par le maître de l’Ordre Dominicain, où Il est chargé des questions culturelles. Il est ensuite nommé prieur du couvent de Nice avant de revenir s’installer sur Paris au couvent Saint Jacques dans le 14e arrondissement.

En 2006, il publie les actes du colloque de Nice consacré à Marie-Alain Couturier, l’ami dominicain de Le Corbusier et de tous les artistes modernes de l’époque. Il travaillait à la rédaction d’une biographie sur Couturier qui restera inachevée.

UN RELIGIEUX ACTIVISTE DU SIDA
En 1991, Antoine Lion fonde Chrétiens & sida. La création de cette association est née de «la rage devant les immenses dégâts que provoque ce virus infect», comme il l’écrit dans l’éditorial du premier numéro du magazine de l’association. «Rage de savoir que beaucoup de ceux qui sont atteints n’ont pas seulement à faire face à un mal sournois, mais à des formes d’exclusions que l’on croyait abolies dans notre société. Devant le silence, voire la complicité de certaines autorités, de certains hommes d’église.»

Il est nommé au Conseil National du Sida en 1994 et participe aux discussions autour de l’arrivée des trithérapies en France. Période durant laquelle la production des laboratoires pharmaceutiques en médicaments ne répond pas aux besoins, laissant mourir de nombreux malades.

Jamais avare d’anecdotes, il aimait raconter comment, avec une poignée de ses frères, ils avaient déployé des banderoles lors d’un déplacement du pape afin de lui rappeler l’absurdité de ses positions contre le préservatif. C’est grâce à l’action d’Antoine Lion et à son engagement que l’épiscopat français, en dépit des allégations du pape, a pris position en faveur du préservatif dans la prévention du sida.

Antoine s’amusait à faire des rapprochements entre l’action de Chrétiens & sida et celle d’Act Up-Paris. Et avec toute la malice qui le caractérisait, il décortiquait les slogans actupiens pour les associer à des paroles chrétiennes.

Dans les années 90, il s’était lié d’amitié avec le chorégraphe américain, noir, homosexuel et séropo, Bill T. Jones. Dans un très beau documentaire (Bill T Jones: été 95), on voit les deux hommes s’entretenir, dans l’immensité de l’église du couvent de la Tourette, de la foi, de l’art, du sexe, de la maladie.

AMI FIDÈLE ET DISPONIBLE
C’est aussi à La Tourette que nous nous sommes rencontrés, il y a 20 ans. Depuis, il a été l’ami fidèle et disponible en toutes circonstances. Celui qui savait écouter, réconforter et conseiller. Le sourcil broussailleux, le regard pétillant et le rire puissant, Antoine était de ceux qui savaient vous rendre la vie plus légère malgré les obstacles que vous pouviez rencontrer. Il avait cette faculté incroyable de vous rendre plus grand, plus fort et plus intelligent, du simple fait de sa présence et de l’attention qu’il vous portait.

Il savait déplacer des montagnes pour ses amis et aussi pour celui qu’il venait de rencontrer, comme ce jeune Iranien qu’il avait pris en charge et fait venir récemment en France pour une opération de la jambe.

De sa profession de foi, il ne faisait jamais une arme de conversion, il en avait tiré toute la sagesse qui rassemble les gens malgré leurs différences d’opinion, de culture, d’orientation sexuelle, de sensibilité. Antoine Lion a été inhumé mercredi 30 mai au cimetière de Montmartre… non loin de la tombe de Dalida!

Stéphane Vambre

Photo DR