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Chats, Infos, Yagg Pro | 03.06.2012 - 23 h 24 | 0 COMMENTAIRES
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«L’homophobie, il faut la laisser s’exprimer, cela permet de la voir et de la combattre»

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Sylvie Fondacci et David Simoes d'HomoSFèRe, l'association LGBT du groupe SFR, étaient les invité-e-s du chat Yagg Pro. Voici l'intégralité des échanges.

Sylvie Fondacci et David Simoes, respectivement présidente et vice-président d’HomoSFèRe, l’association LGBT du groupe SFR, étaient les invité-e-s du chat Yagg Pro le 31 mai dernier.

Homophobie et transphobie au travail, actions de terrain, relations avec les syndicats et la direction, etc.: voici l’intégralité des échanges.


Christophe: Comment s’est passée la création de l’association? Sylvie Fondacci: C’est un projet de plusieurs années qui a abouti en 2009. J’ai été à la fois victime et témoin d’homophobie dans l’entreprise. J’avais depuis longtemps l’envie d’aller en parler au plus haut niveau de la direction pour faire cesser certains propos, certaines attitudes. L’entreprise était dans une démarche diversité et j’ai senti que c’était le moment, qu’elle était mûre pour aborder le sujet. En 2009, avec 2-3 personnes, on s’est réunies et on a commencé à travailler sur le projet. Tout a commencé à la Marches des Fiertés de 2009, j’ai vu passé le char du collectif Homoboulot. Parmi les associations qui défilaient, Mobilisnoo, l’association des salarié-e-s d’Orange, et je me suis dit qu’il fallait faire la même chose chez SFR.

Solarine: Que peut-on faire quand on est victime de petites railleries de la part de ses collègues qui ne sont pas forcement méchantes, mais embarassantes… Peut-on dire que c’est de l’homophobie? David Simoes: Bien sûr que c’est de l’homophobie. Les personnes à même d’aider les victimes quand il n’existe pas d’associations comme HomoSFèRe sont les organisations syndicales et les représentants du personnel qui sont aussi là pour ça. On peut aussi aller se plaindre auprès des ressources humaines car c’est comme ça aussi qu’on identifie les cas d’homophobie.

Solarine: Donc on a le droit de porter plainte? SF: L’homophobie directe par les moqueries est interdite. Avant de porter plainte, il faut en référer aux représentants du personnel. Il ne faut pas garder cela pour soi.

Alexandra: Vous rapporte-t-on souvent des cas d’homophobie au sein de SFR? SF: On a eu des cas qui nous ont été remontés. Exemple: un collaborateur qui en sortant du bureau à embrassé son compagnon devant la porte du siège a été vu par ses collègues et par la suite a été victime de railleries par ses collègues, souvent indirectes, au quotidien, en open space. Il en était arrivé au point de vouloir quitter l’entreprise. C’est un cas de mal être au travail suite à des remarques homophobes. Il a obtenu une mutation. Et ensuite, il a quitté l’entreprise mais pour d’autres raisons.

Pour notre action du 17 mai, cette année, nous avons voulu distribuer des autocollants HomoSFèRe avec la mention «Je suis gay-friendly». Le but étant d’afficher sa solidarité contre l’homophobie. 5000 stickers ont été distribués. Un petit plaisantin a découpé la partie «Je suis gay» et l’a collée sous la photo de certains collaborateurs sur des affiches institutionnelles dans les locaux du siège. On peut considérer cela comme une tentative d’outing. L’homophobie il faut la laisser s’exprimer cela permet de la voir et de la combattre.

Loïc: Quels sont vos rapports avec la direction? DS: On a de bons rapports avec la direction surtout suite à l’engagement de celle-ci de permettre le congé de parentalité aux salarié-e-s homosexuel-le-s. L’entreprise nous a donné dès le départ la possibilité de communiquer en interne

SF: Parce qu’on est allé au plus haut niveau de la direction générale pour demander la possiblité de communiquer dans l’intranet groupe. On rencontre la direction sur les sujets. On n’est pas toujours d’accord sur la méthode. Mais on a toujours maintenu le dialogue. Nous voulons une communication spécifique sur les LGBT alors que l’entreprise envisage la communication sur une démarche globale. Cela dit, le projet d’une conférence sur l’orientation sexuelle, fin juin, avec un expert extérieur est en cours. Cela va s’inscrire dans un programme intitulé «Les temps forts de la diversité». Là, on aurait une communication spécifique.

Jean-Marc: Que peut-on attendre du nouveau gouvernement pour tout ce qui concerne l’homosexualité et l’homophobie au travail? Quelles sont vos revendications à ce sujet? SF: Si les engagements du gouvernement sont d’ouvrir le mariage et l’adoption à tous, de fait, ces droits vont se décliner au travail. Pour autant, la lutte contre l’homophobie au quotidien ne sera pas réglée. Il y aura encore beaucoup de choses à faire pour que les mentalités changent, les stéréotypes, les tabous tombent.

Karine: Avez-vous des relations avec une association comme Mobilisnoo? Si oui, que faites-vous ensemble? SF: Déjà, nous avons un partenariat car nous sommes 2 associations du secteur télécoms. Nous sommes membres du collectif Homoboulot, nous menons des actions en commun.

Stéphane: Quel est le profil de vos membres? SF: Notre CA reflète à la fois la parité et la diversité. Il y a à la fois des femmes et des hommes, des gays et des lesbiennes, des homos et des hétéros. Et nos membres nous ressemblent car HomoSFèRe est ouvert à tous et à toutes. La lettre T de LGBT est représentée parmi nos membres. Il n’est pas nécessaire d’être collaborateur de SFR pour faire partie d’HomoSFèRe. Je suis membre de Mobilisnoo et le vice-président de Mobilisnoo est membre d’HomoSFèRe.

Christophe: Le fait d’être identifiés comme membres d’une association LGBT a-t-il changé votre rapport à vos collègues? DS: Nous garantissons l’anonymat et la confidentialité des membres de notre association.

SF: Pour ceux qui veulent être visibles, ils sont les meilleurs ambassadeurs de notre association. Oui ça a changé ma vie. Je suis visible au-delà de ma sphère professionnelle immédiate. C’est une sorte de coming-out général dans l’entreprise qui compte 10000 collaborateurs. C’est en devenant visible que l’on montre à ceux qui ont peur de le devenir qu’il ne vous arrive rien finalement.

DS: J’étais déjà visible avant d’être membre de l’association. Et encore plus maintenant.

Julien: Je suis collaborateur SFR Business Team et je constate aujourd’hui encore à mon grand regret des jugements de par mon homosexualité. Cela a en quelque sorte changé les rapports que j’entretiens avec eux forcément. Il en ressort qu’ils ont des préjugés. SF: Nous t’invitons Julien à prendre contact avec l’association pour échanger, témoigner. En toute confidentialité à contact@homosfere.org Sur le site, tu peux trouver nos contacts téléphoniques. Je suis sur le site de Sequoïa et David sur celui de Nanterre.

Stéphane: Travaillez-vous avec les syndicats de l’entreprise? SF: Oui, les syndicats sont nos partenaires. En novembre 2011, un syndicat m’a invitée à la commission égalité professionnelle hommes/femmes, à la table des négociations à laquelle on a pu porter la revendication du congé de parentalité. Sans cette invitation, HomoSFèRe n’avait pas de légitimité à porter cette revendication à la table des négociations. Avant que HomoSFèRe n’existe dans l’entreprise, le sujet des discriminations à l’égard des LGBT n’était pas traité par les organisations syndicales. HomoSFèRe a pris contact avec elles pour signaler qu’on voulait travailler sur ces questions. C’est devenu un sujet chez SFR, c’était un non-sujet.

Stéphanie: Comment êtes-vous visibles au sein de l’entreprise? DS: Nous avons 2 principales actions de visibilité dans l’entreprise. Le 17 mai, pour la Journée mondiale de lutte contre l’homophobie et la transphobie, nous faisons du tractage et nous tenons un stand d’information avec SOS homophobie sur les 2 principaux sites. Cela permet de toucher la moitié des collaborateurs. D’autre part, nous faisons le même type d’action, lors du 1er décembre, Journée mondiale de lutte contre le sida. Avec un partenaire qui est Sida Info Service. Ces 2 actions sont relayées par l’intranet, les écrans de SFR TV, la télé interne.

SF: Nous allons être visibles sur le site du comité d’entreprise. Nous aimerions avoir un local pour recevoir les collaborateurs qui ont besoin d’écoute. Nous l’avons demandé. Nous aimerions aussi avoir une visibilité permanente sur l’intranet et pas seulement pendant les temps forts.

Visiteur: Je suis assistant social en faveur du personnel de la SNCF. Malheureusement, il est difficile de parler d’homosexualité aux différentes directions. Malgré de réels problèmes de salariés relatifs à leur sexualité. Comment avez-vous fait au sein de SFR? Avez-vous rencontré des difficultés? SF: La SNCF a son association LGBT qui s’appelle Gare! et qui traite tous ces sujets.

DS: Nous vous invitons à vous rapprocher d’elle.

Jules: Est-ce que vous travaillez en relation avec des partenaires internes à SFR, comme l’assistante sociale du personnel? SF: La médecine du travail s’est associée à HomoSFèRe pour la journée du 1er décembre. Les infirmières étaient sur les stands avec nous et sur certains sites où nous n’étions pas représentés. Nous sommes en contact avec le CHSCT du siège qui m’a contactée. C’est un autre partenaire, comme les organisations syndicales, les ressources humaines, la médecine du travail et le comité d’entreprise. En tant qu’association LGBT, on peut s’adresser à tous ces acteurs, il ne faut pas hésiter.

Yagg Pro: Le chat est maintenant terminé. Le mot de la fin à nos invité-e-s… SF: Nous appelons tous les salarié-e-s de SFR qui peuvent être en questionnement à nous rejoindre. Nous avons également besoin de soutien en ressources humaines. L’union fait la force. Nous sommes homosfier-e-s au boulot.

DS: N’ayez pas peur de nous rejoindre. Pour des actions militantes et conviviales.

SF: Nous serons à la pride de Nantes samedi, à la Marche des Fiertés de Paris le 30 juin et à la pride de Marseille le 7 juillet.


Ce chat vous est proposé par Yagg et l’association CDS LGBT,
avec le soutien de l’Institut Randstad.

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Directeur de la rédaction de TÊTU
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