L’homophobie est encore le lot de la plupart des LGBT de part le monde. Même dans les pays où le mariage et les droits sont respectés, une homophobie ordinaire perdure. On connaît le coût humain de ces discriminations liées à l’orientation sexuelle ou à l’identité de genre. Un colloque va se pencher sur le coût économique de l’homophobie. Oui, celle-ci a des conséquences économiques.

Le colloque qui se tient le mercredi 30 mai à l’OCDE (Organisation de Coopération et de Développement économiques) est le premier du genre en France et il réunira des spécialistes du développement économique et des représentants d’entreprises, dont Abdel Aïssou, de Randstad. Sunil B. Pant, premier député népalais ouvertement gay, sera également présent. Louis-Georges Tin, organisateur de ce colloque, nous en explique les objectifs.

Pourquoi avez-vous organisé ce colloque?
L’homophobie a un coût non seulement pour les victimes, mais aussi pour la société tout entière -il faut le souligner. Dans le monde du travail, l’homophobie empêche les personnes stigmatisées, discriminées, dépressives, de donner leur pleine mesure, ce qui constitue un manque à gagner -une perte invisible, mais bien réelle. Par ailleurs, dans un autre domaine : l’homophobie renforce le sida, comme le répète inlassablement ONUSIDA, et le sida renforce la pauvreté, notamment dans les pays les plus pauvres, qui sont aussi, bien souvent, les plus touchés par l’épidémie. Par conséquent, l’homophobie appauvrit le monde, ce qu’on n’avait jamais dit. Mais quel est exactement le coût de l’homophobie? C’est ce que nous tenterons d’esquisser. C’est en tout cas pour cela que j’ai choisi le thème de colloque, tout à fait inédit.

Qu’est-ce qui vous a poussé à poser cette question sur le coût de l’homophobie ?
En général, pour lutter contre l’homophobie, on utilise des arguments de droits humains, qui ne peuvent guère convaincre que les convaincus. Si l’on utilise des arguments de santé publique, on peut susciter un peu plus d’attention. Mais si on met en avant des arguments économiques, là, on intéresse tout le monde. Par conséquent, on pourrait mettre de notre côté les décideurs économiques. Dans la lutte contre l’homophobie, le rapport de force ne serait plus du tout le même.  Dès lors, on pourrait, je le crois, écrire un nouveau chapitre de l’histoire de la lutte contre l’homophobie.

Aux États-Unis, l’argument économique est de plus en plus souvent utilisé pour promouvoir les droits LGBT (mariage, non-discrimination etc.), de grandes entreprises se sont d’ailleurs engagées pour le mariage au nom du bon sens économique. Est-ce un bon argument? L’égalité des droits ne se justifie-t-elle pas en soi?
Hélas non. Pour certaines personnes en tout cas. C’est pourquoi, nous devons construire des argumentaires en faisant feu de tout bois. Si les arguments économiques peuvent servir à défendre les droit humains, profitons-en ! Ce n’est pas si fréquent…

Dans les domaines de la santé, de l’accès aux soins, de la prévention, en quoi la discrimination  est-elle un frein au développement?
Dans de nombreux pays, le sida est considéré comme une «maladie d’homosexuels», ce qui ajoute à la stigmatisation des homosexuels: le sida renforce l’homophobie. Dès lors, de peur d’être considérées comme homosexuelles, et traitées comme telles, de nombreuses personnes ne se font pas dépister, évitent les cabinets médicaux et les dispositifs de santé, ce qui contribue à diffuser l’épidémie: l’homophobie renforce le sida. On voit là la mécanique infernale de ce cercle vicieux. Un exemple flagrant : l’Ouganda. La loi en discussion depuis quelques années, et qui vise à renforcer la législation homophobe, prévoit des peines de prison pour toute personne qui négligerait de dénoncer un-e homosexuel-le. En d’autres termes, si le texte est voté, un médecin, par exemple, qui sait que son patient est homosexuel a l’obligation de le dénoncer, sinon, c’est lui qui va en prison. Dans un contexte comme celui-là, même si la loi n’est pas encore votée, il est évident que de nombreux hommes fuient les consultations médicales, pour ne pas être identifés comme séropositifs, pour ne pas être soupçonnés et dénoncés comme homosexuels. Ils pensent diminuer ainsi le risque d’être victimes l’homophobie, mais ils augmentent en même temps le risque d’être touchés par le sida.

Est-ce que l’OCDE avait déjà réfléchi à ces questions?
Le Comité IDAHO a fait avancer les questions LGBT au niveau de l’Assemblée Générale des Nations Unies, à l’OMS, à l’Unesco. Mais si nous voulons toucher les décideurs économiques, il faut aller dans les lieux où ils se trouvent. D’où ce choix de l’Organisation pour la Coopération et le Développement Economiques. Cette institution ne s’était jamais prononcé sur les questions LGBT. Mais le 17 mai dernier, à l’occasion de l’IDAHO, Angel Gurria, le secrétaire général de l’institution, a fait une déclaration très claire sur les questions LGBT. C’était une première.. Et l’OCDE participe activement à ce colloque que le Comité IDAHO organise avec Globe OCDE et OWN, deux associations de personnels de l’OCDE.

Les femmes lesbiennes sont-elles victimes d’une double discrimination économique (voire triple en cas d’appartenance à une minorité visible)? Sont-elles plus discriminées en tant que femmes ou en tant que lesbiennes?
Les lesbiennes sont en effet doublement discriminées, en tant que femmes, en tant qu’homosexuelles aussi. Mais les études manquent, et on ne saurait dire aujourd’hui ce qui pèse le plus, du point de vue économique. Il y a là tout un champ que les sciences économiques devraient investir.

Pour plus d’infos sur le colloque Le coût de l’homophobie et pour s’inscrire: http://www.facebook.com/events/226685604108539/