Rachel Maddow et Jane Lynch sur le même plateau, c’est un peu un rêve éveillé pour une lesbienne (peut-être pas pour toutes les lesbiennes mais pour un nombre conséquent). Le 16 mai, c’est arrivé sur MSNBC. De la vraie bonne télé, où deux personnalités homos et out discutent comme si cela n’avait rien d’exceptionnel. Ailleurs que sur une chaine communautaire.

La vidéo s’ouvre sur la fin du sujet précédent: Rachel Maddow se félicite du soutien de George W. Bush à Mitt Romney. «Ce que vous entendez là, ce sont les Démocrates à travers tout le pays qui se précipitent dans la rue en jubilant et en cherchent quelqu’un avec qui se congratuler», s’amuse-t-elle.

Après la pub (qui a été coupée du clip), retour sur le plateau, où Jane Lynch a pris la place de la journaliste. Imitant à la perfection son ton et ses gestes, elle se lance dans la chronique de la meilleure découverte du jour. La séquence est suivie de l’entretien entre les 2 icônes lesbiennes (traduction sous la vidéo):

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Jane Lynch On The Rachel Maddow Show

Jane Lynch: La meilleure découverte du jour, c’est une possibilité de croissance pour les stratèges républicains, une source de revenus exceptionnelle qui n’attend que d’être découverte. Je n’ai pas l’habitude, moi, Jane Lynch, de donner des conseils aux Républicains sur leur carrière, mais il y a de l’argent à se faire en promouvant les droits des homos au sein du Parti républicain.

Voyez-vous, le leader de fait du Parti républicain, un certain Willard Mitt Romney a pris une position ferme dans le débat sur les droits des homos. Mais le reste de son parti et peut-être en train d’évoluer autour de lui.

Ce week-end un sondeur républicain, qui avait aidé le Président George W. Bush à être réélu, a écrit une note, qui dit en gros “les gars, j’ai fait pas mal de sondages, et cette histoire de mariage des couples homos est en train de devenir assez populaire”. Et il a suggéré aux Républicains de de voir à changer la façon dont ils parlent des choses, comme le mariage des couples homos. Peut-être commencer à dire que soutenir l’ouverture du mariage aux couples homos est compatible avec, je cite, “les fondamentaux conservateurs”.

En tant que personnes qui promeuvent la responsabilité personnelle, les valeurs familiales, l’engagement, la stabilité, qui insistent sur la liberté et un gouvernement en retenue, nous devons reconnaître que la liberté, c’est la liberté pour tout le monde. Cela inclut la liberté de décider avec qui on veut vivre et à avoir les relations que l’on souhaite, la liberté de vivre sans interférence de la force réglementaire du gouvernement.

Les amis, nous avons un Républicain qui dit aux Républicains de recadrer les droits des homos, de donner l’impression que l’égalité des droits est un principe conservateur, ce qui est vrai. Il est peut-être le première à le faire, mais il ne sera pas le dernier [David Cameron, le Premier ministre britannique, tient le même discours, ndlr].

Mais Jane Lynch, demandez-vous, où est la possibilité d’emploi dans tout cela? Après tout, tout ce qui compte pour nous, les Républicains, c’est l’emploi, l’emploi, l’emploi. Eh bien la voici. Quelqu’un va devoir apprendre aux Républicains à parler des droits des homos, sans avoir l’air d’avoir cédé aux Démocrates. Des stratèges vont devoir apprendre aux Républicains comment être pro-gays sans paraître furieux, et s’en faire une spécialité. La barre est haute, mais la bonne nouvelle, c’est que vous pouvez vous faire payer plus cher.

Les Républicains essaient de trouver comment perdre avec grâce. C’est la meilleure découverte du jour.

Rachel Maddow: Jane Lynch, vous êtes la meilleure découverte du jour.

JL: Oh, merci beaucoup.

RM: Quand vous avez dit “les amis”… je fais ça?

JL: Oui, je me moquais de vous.

RM: Oui, je l’ai senti… De façon très douloureuse. Merci d’avoir fait cette chronique.

JL: Merci de m’avoir invitée.

RM: C’est bizarre d’être dans le fauteuil des invités.

JL: Je sais. Vous vous sentez comment?

RM: Asservie, mais de façon positive.

JL: Je suis un peu plus haute et c’est mon meilleur profil. Je suis très heureuse.

RM: Avez-vous envie de présenter les infos sur une chaîne du câble un jour?

JL: J’adorerais jouer quelqu’un qui le fait.

RM: Oui.

JL: Je ne suis pas sûre d’avoir envie de faire ça tous les jours. Je sais combien vous travaillez, et comment vous vous tenez au courant de tout, etc. Mais je suis une dingue de politique. Et oui, j’aimerais jouer un rôle de ce type.

RM: Quand nous vous avons contactée, vous aviez une note d’un sondeur républicain dont vous vouliez parler.

JL: Oui.

RM: Ce que je trouve intéressant dans le sujet dont vous venez de parler, c’est que… Je veux dire, vous êtes “out”. Vous êtes Sue Sylvester dans Glee. Vous avez écrit le livre Happy Accident, dans lequel vous parlez de votre coming-out, de votre famille et de toutes ces choses personnelles, et nous sommes à un moment où les droits LGBT font évoluer très très rapidement ce pays.

JL: Je sais. Ça va vite, très vite.

Vous savez, c’est un sujet dans lequel je ne me suis pas impliquée personnellement tant que ça. C’est quelque chose que je regarde à la télé avec beaucoup d’intérêt. Je suis partie prenante. Ça me concerne.

Mais quand le Président s’est prononcé et a dit qu’il soutenait la dignité de nos familles et de nos relations… ça m’a vraiment émue. Ça m’a touchée pour la première fois. Et j’ai compris que je m’étais gardée à distance, d’un point de vue émotionnel. Mais ça m’a vraiment ouvert les yeux. Ça m’a rendu très très heureuse.

RM: Vous voyez, pour moi… C’est un de ces sujets que je couvre en étant homo, auxquels je pense en étant homo et que je couvre en étant une journaliste homo, j’ai eu l’impression qu’une moitié de moi devait avoir une conversation avec l’autre moitié.

JL: Je comprends.

RM: Parce que dans le monde des experts, la façon dont ça a été reçu e la façon dont les gens en parlent encore, dans le monde de la politique, c’est combien de personnes sont d’accord avec le président, est-ce que ça va l’aider? Combien ne sont pas d’accord, est-ce que ça va lui nuire?

Et la partie homo de qui je suis, la partie humaine veut expliquer, vous savez quoi? La grande question, ici, n’est pas de savoir qui est déjà d’accord ou pas d’accord avec lui mais qui peut changer d’avis? Qui peut être persuadé? Et va-t-il persuader qui que ce soit? Est-ce que ça va change l’histoire?

JL: Oui, je ne sais pas si ça va changer l’histoire. Je ne sais pas si c’est un pur calcul politique de sa part. Mais je pense qu’il croit vraiment en la dignité de nos relations et notre droit à exister.

Mais je crois qu’il y a des gens que nous ne convaincrons pas. Et ce n’est pas grave. Probablement pas d’ici l fin de nos jours, et ce n’est pas grave. Mais je pense qu’il y a des gens qui peuvent changer d’avis. Et je pense qu’il y a plein de gens qui changent lorsqu’ils se retrouvent en présence de l’un de nous. Ils apprennent à nous connaître, et à connaître notre famille.

Et je pense que… vous savez, c’est pour ça que, pour moi en tout cas, c’est si important d’être out, et de me permettre d’apparaître en public avec ma famille et de ne pas me cacher. Je pense que c’est très important.

RM: J’ai un extrait ici, d’avant la déclaration du Président Obama. Quelques jours plus tôt, le vice-Président Biden, dans l’émission Meet the Press.

JL: Oui.

RM: À la surprise générale il a annoncé être favorable au mariage des couples de même sexe. Et il a mentionné un moment-clé de la culture télé populaire pour l’expliquer. Envoyez la vidéo.

Joe Biden: Les choses évoluent et quand je regarde la façon dont elles ont commencé, c’est quand la culture de la société change. Je crois que Will and Grace a sans doute fait plus pour éduquer le public américain que presque n’importe qui d’autre. Et je crois que les gens ont peur de ce qui est différent. Maintenant ils commencent à comprendre.

RM: Vous qui êtes partie prenante de ce phénomène qu’est Glee, à la télé, comment pensez-vous que se sont sentis ceux qui ont fait Will and Grace, en étant cités dans ce contexte?

JL: Je suis à fond avec eux. Et je suis persuadée qu’ils ont été super excités. Quand ils ont commencé ce feuilleton, NBC leur a dit que ça pourrait devenir énorme, qu’ils recevraient peut-être des menaces. Que ça pourrait devenir trash. Ce n’est jamais arrivé. Jamais.

Et ce sont des personnages avec des défauts. Ils sont drôles. Ils vous font rire. Vous avez envie d’entrer dans l’appartement avec eux, le soir où la série était diffusée, le jeudi, et traîner avec eux. Et je crois que ça, ça change plein de choses. Comme l’a dit Biden, il faut nous mettre dans la culture et montrer qui nous sommes. Et si nous avons des défauts, ça ne change rien à notre orientation sexuelle. C’est parce que nous avons des défauts.

RM: Des êtres humains complets.

JL: Des êtres humains complets.

RM: Quel choc.

JL: Vraiment?

RM: Je me demande si vous pensez que ça va plus loin. Vous disiez que plus les gens connaissent d’homos, plus les homos sortent du placard, cela adoucit certaines attitudes très dures. Est-ce que cela veut dire que quand les gens sont exposés à la réalité de la vie des homos, à travers la culture, la télé le théâtre etc., est-ce que ça a aussi cet effet?

JL: Absolument. Les gens sont collés à leur télé. Les gens viennent me voir comme s’ils me connaissaient parce que j’apparais dans leur téléviseur.

RM: Ils veulent que vous les rabaissiez.

JL: “Dites-moi un truc méchant”. Ils pensent que nous sommes leurs amis.

Et effectivement nous devenons les amis des gens qui sont dans notre télévision, c’est pour quoi je pense que c’est vraiment formidable que Ryan Murphy, le créateur de Glee, prenne cela très au sérieux. C’est pour ça qu’il y a toutes sortes de gamins dans le Glee Club. Il veut que tout ado qui regarde la série puisse se reconnaître dans l’un des personnages et se dire, c’est moi. Et regardez, je suis soutenu. Il y a des gens qui sont avec moi, et je peux me mettre à chanter.

RM: Oui. J’ai toujours eu l’impression qu’un des trucs que j’étais tout le temps en train d’expliquer et que j’ai appris au collège et au lycée, c’est qu’être populaire au collège et au lycée n’apporte rien par la suite. Et qu’il faut vraiment s’occuper des gamins qui sont… plus vous êtes maladroit à ces âges importants, plus vous serez cool adulte. Ce n’est pas toujours vrai, mais c’est ce que j’ai remarqué.

JL: Je crois que si vous êtes maladroit ou ce qu’on considère comme un peu à côté de la plaque, c’est parce que c’est un moment maladroit et à côté de la plaque dans votre vie. Vous êtes qui vous êtes.

RM: Oui.

JL: Vous êtes qui vous êtes. Vous n’essayez pas d’être autre chose.

Combien de stars de collège ou de lycée se sont plantées, adultes, parce qu’elles n’étaient pas passées par cette étape. Elles n’avaient pas pu savoir qui elles étaient vraiment.

RM: Oui, j’ai un peu l’impression que j’attends de rencontrer mon vrai moi.

JL: Elle est en face de moi et elle est formidable.

RM: Ça se fera dans une allée sombre et il y aura une bagarre. J’ai encore une question pour vous, sur la politique.

JL: Ok.

RM: Alors que nous assistons à cette transformation au sein du Parti démocrate, le président qui termine son évolution et toutes ces choses, à droite, au Parti républicain, Mitt Romney est allé dans la direction opposée sur les droits des homos. Quand il se présentait au Sénat, il disait qu’il serait à la gauche de Ted Kennedy.

JL: À la gauche de Ted Kennedy, oui.

RM: Et maintenant il est non seulement contre l’ouverture du mariage, mais aussi contre les unions civiles, et…

JL: Il est sans doute contre le fait que nous nous parlions, à cet instant.

RM: Oui, c’est exactement ça. C’est sans doute illégal quelque part, et il soutient le droit de cet État d’estimer que c’est illégal. Je comprends qu’on puisse évoluer sur cette question. Mais c’est difficile pour moi de comprendre comment on peut reculer.

JL: Reculer, oui. Je ne crois pas qu’on recule sur ce sujet. Je ne crois pas que ce soit sincère. Je pense que c’est un calcul politique.

RM: Mitt Romney?

JL: Mitt Romney, un calcul politique. Je pense que tout au fond de lui, oui, il y a un peu de calcul politique.

RM: Bon, s’il veut venir dans cette émission ou en parler avec moi, ou avec la fausse moi, c’est-à-dire vous, ce serait génial.

JL: J’adorerais ça.

RM: Jane Lynch, je dois dire que le dernier épisode de la saison de Glee est diffusé mardi prochain sur FOX. Et le nouvel livre, qui est formidable, Happy accidents, avec une préface de Carol Burnett, ce qui est super, est sorti en poche. Merci beaucoup, Jane.

JL: Merci à vous.

RM: Et vous revenez quand vous voulez. Je peux trouver une veste à 11 dollars.

JL: Magnifique.

RM: C’est fini pour ce soir.

Via michelle-paris.