Un tournant dans l’histoire de l’épidémie de sida. Si la Food and Drug Administration (FDA) suit la recommandation des experts, Truvada pourrait devenir le premier traitement autorisé pour prévenir l’infection par le VIH.

Jeudi 10 mai, un comité d’experts a recommandé la mise sur le marché de Truvada pour un usage préventif. L’objectif est de permettre à des personnes exposées au risque d’infection de prendre Truvada tous les jours pour prévenir le risque d’infection. Les experts ont très largement recommandé que Truvada soit autorisé pour les homosexuels masculins séronégatifs, pour les partenaires hétérosexuels séronégatifs vivant en couple avec un-e séropositif-ve et pour tous les individus «risquant d’être infectés en raison de leurs activités sexuelles».

«ÇA VA UN PEU VITE»
Joint par téléphone, le Pr Gilles Pialoux, de l’hôpital Tenon, et qui est co-investigateur de l’essai Ipergay, s’interroge sur la pertinence de la décision des experts américains. «Les choses avancent un peu trop vite, explique-t-il, et l’avis des experts est difficilement compréhensible. Leurs recommandations reposent sur Iprex, un essai mené chez les gays, où le taux de protection n’est que de 42%. Par ailleurs, pourquoi recommander l’usage de Truvada dans les couples hétérosexuels sérodiscordants, alors que des essais n’ont pas montré d’efficacité et que le contexte est très différent?». Dans les couples sérodiscordants, on sait que le moyen le plus efficace de limiter la transmission est le traitement efficace de la personne séropositive. Ces derniers mois, plusieurs essais ont montré que les personnes séropositives traitées efficacement ne transmettaient plus le VIH à leur partenaire.

TRUVADA DANS L’ESSAI IPERGAY
Truvada est un antirétroviral déjà largement utilisé pour traiter les personnes séropositives. Ce médicament contient deux molécules actives contre le VIH et est prescrit en association avec d’autres médicaments. Truvada est aussi utilisé dans des essais visant à savoir si ce traitement peut réduire le risque de transmission. En France, l’essai Ipergay a été lancé avec cet objectif en janvier 2012 et il recrute des gays et des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes séronégatifs. Selon Gilles Pialoux, il faut attendre les résultats de l’essai Ipergay pour que l’Europe décide ou non de mettre sur le marché Truvada en préventif. En France, on attend aussi l’avis du Conseil national du sida et de la Direction générale de la santé sur l’intérêt du traitement pré exposition. Un avis qui ne devrait pas plaider pour sa mise en place dans l’immédiat.
Aux États-Unis, la FDA devrait prendre sa décision d’ici au 15 juin.

[Mise à jour, 18h52] Act Up-Paris s’interroge sur les principaux bénéficiaires de cette décision que l’association juge «précipitée». Selon Act Up-Paris, ce sont les lobbys de l’industrie pharmaceutique qui auraient agi car «ils ne veulent pas attendre plus longtemps pour transformer cette piste encore incertaine en manne économique avant que de meilleures solutions la détrônent».