Chats, VIH | 10.05.2012 - 12 h 19 | 1 COMMENTAIRES
Pr Jean-Michel Molina: «L’essai Ipergay est l’occasion de remettre l’accent sur la prévention en général»
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Vendredi 4 mai, le Professeur Jean-Michel Molina, responsable scientifique de l'essai Ipergay, a répondu en direct aux questions des internautes de Yagg.

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Vendredi 4 mai, le Professeur Jean-Michel Molina, responsable scientifique de l’essai Ipergay, a répondu en direct aux questions des internautes de Yagg au sujet de cet essai qui vise à démontrer l’efficacité d’un traitement pré-exposition pour réduire les risques de transmission du VIH chez les gays séronégatifs.

Voici l’intégralité des échanges.

Pr Jean-Michel Molina: Bonjour et merci à Yagg de me donne l’opportunité de discuter avec vous de l’essai ANRS – IPERGAY. Je suis très heureux de pouvoir échanger avec les internautes au sujet de cet essai, et de répondre à toutes les questions qui vous paraissent pertinentes. Je suis à votre disposition!

Michel Megnin: Pouvez-nous dire le nombre exact de personnes qui participent à ce jour à l’essai (sous placebo ou non) et la date limite fixée pour trouver le nombre suffisant de participants afin de valider scientifiquement cette 1ère phase de faisabilité?
Pr Jean-Michel Molina:
À ce jour nous avons 68 personnes qui ont signé le formulaire de participation à l’essai. Et nous avons jusqu’à la fin du mois de février 2013 pour recruter les 300 participants.

Ce recrutement est donc actuellement très satisfaisant compte-tenu des contraintes d’une telle étude pour les participants.

Michel Megnin: Y a-t-il des primo-infections déjà trouvées, et si oui, est-ce dans le bras placebo ou non?
Pr Jean-Michel Molina: Oui, la mise en place de cet essai a permis le diagnostic et la prise en charge de primo-infectons chez des personnes ignorant leur contamination par le VIH. Il est important de signaler que ces contaminations ont été détectées avant la phase de traitement, dans la phase de pré-inclusion. Il n’y a eu jusqu’à présent aucune infection observée chez les patients recevant le traitement ou le placebo.

Michel Megnin: Cette étude est perçue comme très coûteuse. Comment justifiez-vous son importance majeure dans le contexte actuel des ressources de l’ANRS, compte-tenu de l’hypothèse que vous avez vous-même envisagée que le counselling mis en place pourrait donner des résultats peu significatifs quant aux différences dans les deux groupes de l’essai, et d’un arsenal actuel en prévention combinée déjà bien fourni, à défaut d’être réellement déployé comme il le faudrait…
Pr Jean-Michel Molina: 
La recherche en prévention est coûteuse de façon générale. Tous les organismes internationaux de recherche mettent l’accent sur la recherche en prévention. Car cette recherche pourrait permettre d’arriver à définir les outils permettant de casser l’épidémie du VIH. Le coût de cette recherche est à mettre en balance avec le coût de la prise en charge des contaminations évitées. Qui ne se limite d’ailleurs pas au coût financier. Une analyse coût-efficacité est d’ailleurs prévue dans le cadre de cette recherche, afin de pouvoir guider les décideurs sur l’opportunité de la mise en place d’une telle prévention combinée. Par ailleurs, le budget que l’ANRS consacré à la prévention n’est pas déduit du budget consacré aux autres thématiques de recherche.

Tom Craig: Bonsoir. Cette question est vraiment une partie importante de la polémique sur l’essai. Est-ce qu’il y a un seuil de contamination à ne pas dépasser et ensuite quand va s’arrêter l’essai? J’ai oublié de me présenter, je suis volontaire dans l’essai.
Pr Jean-Michel Molina: 
Comme dans tout essai à l’ANRS, et en particulier dans IPERGAY, il existe un comité indépendant des investigateurs où sont présents des représentants associatifs qui surveillent périodiquement les résultats de l’étude, afin d’assurer la sécurité des participants et le caractère éthique de la recherche. À tout moment, ce comité peut donc recommander l’arrêt de l’essai s’il s’avérait que le nombre de contaminations était statistiquement plus élevé dans le bras placebo que dans le bras avec Truvada. Il est d’ailleurs prévu dans ce cas que tous les participants puissent avoir accès au Truvada dans une étude relai.

L’essai peut donc s’arrêter dans plusieurs circonstances: en cas d’une meilleure efficacité du groupe avec Truvada, mais aussi si l’on se rend compte qu’il ne sera pas possible de démontrer l’efficacité du Truvada dans cette étude, en particulier si le nombre de contaminations reste très faible dans les deux groupes. Grâce en particulier à toutes les autres mesures et à l’accompagnement mis en place dans cette étude. En effet, l’objectif de l’essai est d’apprécier le bénéfice éventuel en prévention de Truvada en complément des autres mesures de prévention à l’efficacité démontrée qui sont ici renforcées.

TROD: Combien l’association Aides touche d’argent de la part de l’ANRS et du laboratoire Gilead pour cautionner ce test sur les gays?
Pr Jean-Michel Molina:
Bonjour Trod. L’essai ANRS – IPERGAY s’adresse à des personnes volontaires pour participer à cette recherche qui signent en toute indépendance un consentement de participation. Ils peuvent d’ailleurs à tout moment quitter cette recherche. Il ne s’agit donc pas d’un «test» mais d’une participation volontaire à ce projet de gays qui souhaitent renforcer leur protection vis-à-vis du VIH. L’association Aides est partenaire de ce projet, a reçu des financements de l’ANRS lui permettant d’embaucher du personnel pour l’accompagnement des participants tout eu long de l’étude et en particulier le counselling. Aides ne reçoit aucun financement du laboratoire Gilead dans le cadre de cette étude.

Hervé LATAPIE: Sur quelle étude vous basez-vous pour estimer le nombre de gays potentiellement concernés par votre essai? C’est-à-dire des gays se sachant séronégatifs, pratiquant volontairement et souvent du sexe à risque (en pleine connaissance de cause). Sont-ils si nombreux que cela? Ce qui expliquerait peut-être les difficultés que vous avez à en recruter pour Ipergay.
Pr Jean-Michel Molina:
Bonjour Hervé. C’est une question très pertinente mais à laquelle il n’est pas facile de répondre.

La justification de l’essai est basée sur la volonté de réduire le grand nombre de contaminations observées chaque année chez les gays en France, et que nous souhaitons voir diminuer.

Le nombre de nouveaux cas par le VIH chaque année est estimé à 3000 chez les gays en France. Il y a donc potentiellement plus de 300 personnes concernées par ce sujet. Je serais très heureux d’en parler avec vous directement en dehors de ce chat après avoir lu votre livre et suite à une discussion avec un ami commun.

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LES réactions (1)
  • Par Red 10 mai 2012 - 14 H 16
    Avatar de Red

    Très intéressant, merci.

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