Le mercredi 18 avril dernier, Yagg Pro recevait Frédérique Bartlett, membre du Collectif CGT de lutte contre l’homophobie pour l’Égalité et la non-discrimination des Lesbiennes, Gays, Bi et Trans, pour répondre aux questions des internautes.

Voici l’intégralité des échanges.


Frédérique Bartlett: Bonjour, je représente un collectif composé de membres d’organisation territoriales et professionnelles de la CGT pour lutter contre les LGBTphobies.

Daniel Dugger: Quel pourcentage de vos membres soutiennent votre travail avec les questions LGBT?
FB:
Un pourcentage c’est difficile à dire, néanmoins la CGT s’est engagée depuis longtemps et a affirmé cet engagement de lutte auprès des LGBT. Ce qui fait que normalement, tout syndiqué s’engage pour l’égalité et donc aussi pour l’égalité des personnes quelle que soit leur orientation sexuelle et leur identité de genre. Mais nous sommes traversés par les mêmes problématiques que la société et il nous arrive d’intervenir pour sensibiliser ou pour former nos militants sur ces questions LGBT et aussi de mettre les choses au point avec des personnes qui auraient des propos homophobes.

Christophe Weber: Bonjour. Les tracts syndicaux de la CGT sont riches en propos homophobes du genre: «Réunion avec la Direction, fournit-elle la vaseline?». Quand on sait que ce sont les auteurs de ses propos qui vont accueillir un salarié qui a besoin d’appui face à de l’homophobie au travail, on a compris le problème… D’où ma question: comment un syndicat peut-il lutter contre l’homophobie en son sein?
FB:
Nous, en notre sein, nous avons décidé de créer un collectif spécifique LGBT pour former, informer et impulser une activité sur ces questions dans la CGT et pour être alerté de ce genre de propos pour intervenir auprès du syndicat pour expliquer que de tels propos sont homophobes et qu’il faut changer son langage.

En général, nous avons un très bon accueil et c’est l’occasion pour beaucoup de gens, et pas seulement pour le syndicat, de se rendre compte que tout un tas de mots qui ont été vulgarisés dans la langue sont homophobes et condamnables. Par exemple, un syndiqué nous a dernièrement demandé si de parler de son patron mal aimé en le désignant d’«enculé» était homophobe et on a très bien expliqué que c’était homophobe et il a très bien compris. L’idée, c’est de combattre ces propos tous les jours. Et lui pourra en parler à d’autres et encore à d’autres.

Charles: Souvent, on entend que l’homosexualité c’est du domaine du privé et ça n’a rien à faire dans l’entreprise. Comment combattre cette idée?
FB:
Avec l’homosexualité, et avec la visibilité de l’homosexualité, on fait avancer les mœurs dans l’entreprise et on peut faire avancer les droits. Et il n’y a pas de raison que lors d’une discussion, avec des collègues, une personne ne puisse pas parler comme les autres de son week-end, de sa vie. Et ça, ça fait partie de sa vie.

J’ajouterai qu’en matière de droits, cela peut permettre de changer des choses dans l’entreprise. Je pense par exemple aux congés ou même à des activités culturelles qui sont proposées à des couples. Ces dernières ne seront pas uniquement réservées aux mariés. Une chose importante que nous n’avons pas obtenue encore, c’est la pension de réversion pour la retraite.

Daniel Dugger: Quelles sont les principales raisons qui font que la CGT travaille avec des LGBT?
FB:
La CGT est née de la double volonté de combattre les injustices et de faire avancer la société et de ce point de vue-là, les syndicalistes ont toute leur place pour combattre la LGBTphobie et pour gagner des droits nouveaux pour les salariés LGBT. Une organisation qui représente les salariés représente tous les salariés dans leur diversité et on peut être amené à défendre des LGBT d’autant qu’il y a des LGBT dans la CGT.

Julien: Comment réagissez-vous aux chiffres d’une enquête de L’Autre Cercle qui montrent que près de deux tiers des salariés interrogés n’ont pas parlé publiquement de leur homosexualité au travail?
FB:
J’aurais envie d’encourager les LGBT à se faire connaître mais pour leur permettre cette visibilité, il faudrait s’assurer que dans les entreprises, et dans les établissements publics, ils soient bien accueillis. Qu’ils soient ni plus ni moins comme tout le monde. Qu’ils soient acceptés avec leur différence, mais pas dans l’indifférence. Moins il y a de gens visibles, moins on fera évoluer les mentalités sur les LGBT. Plus on se montre, plus nos collègues, nos responsables même notre entourage se rendront compte que nous ne sommes pas différent-e-s des autres et qu’il n’y a pas de raison de nous rejeter.

Thierry: Êtes-vous souvent contacté par des salariés victimes d’homophobie?
FB:
Oui, d’autant que nous avons clairement affiché un mail et un numéro de téléphone. Le mail: discrim-homo@cgt.fr et le téléphone 01 48 18 81 26. La ligne est référencée chez les écoutants de SOS homophobie. Nous intervenons rarement directement. Soit c’est le syndicat de l’entreprise, soit l’union départementale, soit la fédération qui interviennent. Nous n’avons pas vocation à passer outre le syndicat mais à l’accompagner et à l’aider pour répondre aux personnes qui nous contactent.

Mafalda: Depuis combien d’années le comité de lutte contre l’homophobie existe-t-il à la CGT ?
FB:
Il s’agit d’un collectif créé en 1996, lors des toutes premières discussions sur le pacs. L’inter-LGBT a sollicité la CGT pour avoir une expression. Tout de suite, la CGT a répondu favorablement et a publié en interne à tous les syndiqués et dans les journaux sa volonté de gagner des droits pour les LGBT et d’améliorer et de développer le pacs. En interne, cet affichage de participation de la CGT à la Marche des Fiertés de Paris et de la nécessité de l’engagement du syndicat auprès des LGBT a suscité des réactions homophobes de la part de syndiqués qui ont écrit à la dirigeante, Maryse Dumas. Maryse Dumas a décidé de publier les lettres et d’y répondre et de là nous nous sommes dits que nous avions besoin d’une structure particulière, comme nous en avons déjà avec les collectifs Femmes-Mixité, Handicap, Lutte contre les discriminations liées à l’origine. Pour les questions de LGBTphobies et pour que ce soit compris par tous nous avons décidé de l’appeler le Collectif de lutte contre l’homophobie.

Cyrano: La CGT défilera-t-elle à la Gay Pride cette année?
FB:
Oui. L’année dernière, nous avons été présents dans 14 marches des fiertés, nous comptons cette année toutes les couvrir. Car l’année dernière, dans 4 marches, il n’y avait pas la CGT. Ce n’est pas le Collectif qui participe à toutes ces marches, mais nous encourageons et nous aidons les organisations territoriales de la CGT à s’inscrire dans ces marches et à mobiliser des syndiqués sur cette question. Et ça marche bien puisque tous ceux qui y participent, qui ne sont pas eux-mêmes LGBT, sont très bien accueillis et ils aiment les échanges et les rencontres qu’ils peuvent faire lors des marches pour faire connaître leurs combats auprès des LGBT.

Jérémy: Que conseilleriez-vous au salarié dont les supérieurs hiérarchiques soupçonneraient son homosexualité et qui feraient des remarques du style «d’arrêter ses manières» ou encore «de faire son coming-out»?
FB:
Je conseillerais de signaler à ses supérieurs que leurs propos sont homophobes et que quelles que soient l’orientation ou l’identité de genre supposées, sous-entendues, ils n’ont pas à faire ces remarques, que la personne soit homosexuelle ou pas. Je lui conseillerais de leur demander si eux-mêmes n’ont pas un comportement qui leur laisserait supposer une situation qui serait acceptable ou pas. C’est-à-dire que de reprocher des manières ou une homosexualité supposée ou avérée revient au même que de reprocher à ses supérieurs leur couleur de cravate ou leur style vestimentaire. On a tous le droit d’être différent mais associer d’emblée l’homosexualité aux «manières» est méprisant et peut être considéré comme de l’homophobie.

Coline: Bonsoir. Avez-vous des contacts avec les autres syndicats à ce sujet?
FB:
Oui, nous avons des contacts avec toutes les autres organisations syndicales. Ensuite, elles décident ou pas d’avoir une activité spécifique sur les LGBT. Mais mis à part avec une, nous arrivons à faire des communiqués communs et des interventions pour gagner des droits.

Yann: Pouvez-vous nous donner des exemples de discriminations vécues par des salariés LGBT que vous avez eu à traiter récemment?
FB:
Le dernier en date, c’était un salarié du commerce qui avait été outé par un de ses collègues et qui depuis lors avait des réflexions, avait des sous-entendus de la part d’autres salariés et des pressions de la part de son employeur. Nous avons vu avec lui comment intervenir dans l’entreprise pour faire cesser ces agissements. C’est important de le faire avec le salarié pour s’assurer de ce qu’on peut mettre en avant. Au travers du Comité d’hygiène, sécurité et conditions de travail (CHSCT), nous sommes intervenus pour dénoncer les agissements et faire cesser cette ambiance très perturbante pour le salarié discriminé.

Dans 70% des cas, on arrive à régler le problème. Les manières de les régler ne sont pas toujours les mêmes. Il arrive que le syndicat appelle à une mobilisation pour soutenir un collègue visé, voire un arrêt de travail et que l’intervention des salariés fasse cesser cette discrimination. D’autres fois, on finit aux prud’hommes. Mais avant les prud’hommes, il y a tout un tas de stades comme les délégués du personnel, le CHSCT qui nous permettent aussi d’obtenir des résultats dans le privé.

Yagg: Le chat est maintenant terminé. Le mot de la fin à notre invitée…
FB:
Je vous remercie de vos questions et pour l’intérêt que vous portez à ce qu’on fait. N’hésitez pas à nous contacter au Collectif avec des exemples précis de tracts homophobes ou pour que nous intervenions dans le cadre d’une discrimination homophobe ou transphobe.


Ce chat vous est proposé par Yagg et l’association CDS LGBT,
avec le soutien de l’Institut Randstad.