Alors que les discussions commencent à Moscou pour y envisager la mise en œuvre d’une loi anti-propagande homosexuelle, similaire à celles en vigueur dans déjà quatre provinces russes, le procès de Serguey Kondrashov et Igor Kotchetkov s’est tenu à Saint-Pétersbourg le 23 avril, après avoir été repoussé la semaine dernière, faute de témoignages.

Serguey Kondrashov a finalement été déclaré coupable d’avoir désobéi à un agent de police, qui lui ordonnait d’arrêter de faire la promotion de l’homosexualité. Mais paradoxalement, concernant l’accusation de propagande de lesbianisme, le juge a mis en avant le manque de preuves et a abandonné les charges qui pesaient contre lui. Quant au procès d’Igor Kotchetkov, il a été reporté au 4 mai, puisque le témoin ne s’est pas présenté.

Les deux hommes étaient accusés d’avoir fait la promotion de l’homosexualité lors d’une manifestation le 7 avril dernier (lire aussi Loi anti-gay à Saint-Pétersbourg: premières arrestations). Tous les deux tenaient des pancartes et sur celle de Serguey Kondrashov était notamment inscrit: «Une amie de ma famille est lesbienne. Ma femme et moi l’aimons et la respectons. Sa famille mérite les mêmes droits que la nôtre». En s’affichant au côté de militants LGBT, cet avocat a su démontrer la dangerosité d’une telle loi. Suite à leur arrestation, l’organisation AllOut.org avait lancé une nouvelle campagne intitulée «Stand with Sergey». La pétition a aujourd’hui recueilli près de 70000 signatures.

INCONSTITUTIONNELLE ET INAPPLICABLE
Pour les militants LGBT russes, c’est une preuve supplémentaire de l’inconstitutionnalité de la loi. Selon Serguey Kondrashov, il est clair que «les tribunaux ont peur d’appliquer la loi et ne veulent pas prendre cette responsabilité. La décision du juge est illogique d’un point de vue légal et manque de sens commun», a-t-il déclaré. Militant de l’association Vykhod (Coming Out), Igor Kotchetkov avait déjà remarqué le manque de coordination entre les forces de l’ordre et les instances judiciaires. «La police accuse des gens selon cette nouvelle loi, mais les juges semblent réticents à entendre ces affaires et reportent les audiences», a-t-il déclaré la semaine dernière au St Petersburg Times.

Interrogé par Yagg, Guillaume Bonnet, chargé de campagnes pour AllOut.org reste prudent quant aux conséquences de ces audiences: «Serguey Kondrashov est le premier hétéro russe à tomber sous le coup de cette loi qui depuis le début est hors de propos. On peut espérer qu’il y aura une prise de conscience, car si, comme c’est le cas ici, cette loi s’applique à tout le monde, alors elle devient inapplicable.»