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Opinions & Débats, Société | 19.04.2012 - 11 h 52 | 0 COMMENTAIRES
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«Mort de Richard Descoings: ne nous trompons pas de combat», par Christophe Martet

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En quoi est-ce manquer de respect que de dire de quelqu'un qu'il est homosexuel? Retour sur une polémique qui ne pose pas les bonnes questions.

Je n'ai pas connu personnellement Richard Descoings. Mais l'un de mes meilleurs amis a pu faire des études à Sciences Po grâce à la politique d'inclusion des étudiants venant des banlieues défavorisées mise en place par le directeur de cette école, retrouvé mort dans une chambre d'hôtel de Manhattan le 3 avril dernier.

Je savais aussi, par les nombreuses interventions qu'il faisait, que Richard Descoings avait eu de bonnes idées pour faire avancer la diversité. Sciences Po, on en a parlé fréquemment sur Yagg, car c'est là qu'a lieu tous les ans la Queer Week et que des débats sur les questions LGBT s'y tiennent régulièrement.

Je savais que Richard Descoings était gay, pour l'avoir lu dans les journaux et parce qu'il n'en faisait pas mystère auprès des étudiants. Mais cette information, certains voudraient la voir dissimulée, cachée. Dans Libération du 18 avril, le directeur des Inrockuptibles David Kessler et Olivier Duhamel, professeur des universités à Sciences Po, ont publié une tribune intitulée Mort de Richard Descoings: la vie des autres dans laquelle ils assènent des leçons de journalisme au nom du respect de la vie privée. Première leçon: la presse n'aurait pas dû écrire que Richard Descoings était gay. Selon les auteurs, c'était ne pas faire preuve de respect. Deuxième leçon: la presse n'aurait pas dû mentionner qu'il avait été retrouvé nu. «L'indécence de l'investigation inutile et de l'intrusion dans la vie privée n'aurait-elle aucune limite si elle fait vendre de la copie?», écrivent-ils.

LE JEU DE L'HOMOPHOBIE
En assénant ces deux principes appliqués à la mort de Richard Descoings, Kessler et Duhamel font le jeu de l'homophobie. En quoi est-ce manquer de respect que de dire de quelqu'un qu'il est homosexuel? Y aurait-il une orientation sexuelle, des modes de vie, des amours, qui seraient inavouables? C'est une information, ni plus ni moins.

La personne en question, Richard Descoings en l'occurrence, ne faisait pas mystère de son homosexualité. Et nous ne pouvons évidemment pas suivre David Kessler et Olivier Duhamel lorsqu'ils se prêtent à une attaque en règle du web. Dernière leçon assénée dans cette chronique: pour les auteurs, «la dignité de ce grand métier de journaliste tient précisément à choisir ce qui doit être publié et ce qui ne le mérite pas». Dans le cas de Richard Descoings, informer les lecteurs de son homosexualité méritait selon nous d'être publié. Et cette information ne devrait pas faire polémique. Il y a quelques mois, je m'étais insurgé contre France 2 qui avait refusé de mentionner l'homosexualité et la mort du sida de Thierry Le Luron, à la demande de la famille, alors que ces informations étaient connues du public. Le respect de la vie privée ne devrait pas inclure, lorsqu'elle a été énoncée par l'intéressé, son homosexualité. La loi votée en urgence sous Georges Pompidou, en 1970, sans l'accord du Sénat qui la jugeait trop floue et liberticide, doit être revue et corrigée.

Duhamel et Kessler réagissaient à plusieurs tribunes, dont celle de Didier Lestrade sur Rue89, Mort de Descoings: Ceux qui ne font pas leur coming-out, et les autres, publiée le 11 avril. Didier Lestrade qui porte la charge contre l'ancien directeur de Sciences Po au motif qu'il n'aurait pas suffisamment fait état de son homosexualité et n'aurait pas fait des droits des homos le combat de sa vie, reconnaît ne pas connaître le personnage… L'attaque est très vite démonétisée. Celui qui s'autoproclame «phare des jeunes LGBT» s'en prend à Richard Descoings pour en faire le symbole de ces «élites gays» qu'il conspue, parce qu'elles gagneraient trop d'argent, ne seraient pas visibles, feraient le jeu de l'homophobie. Comme il voit tout ce qui l'entoure à l'aune de sa personne, il faudrait que tous les gays et toutes les lesbiennes aient le même comportement que lui. Les LGBT devraient tous et toutes former une armée dans laquelle aucune tête ne dépasserait.

Mais les LGBT n'ont pas besoin de gourous ou de maîtres à penser. Ils sont capables de se forger une opinion. Oui, nous avons un point commun: les gays et les lesbiennes ont toutes et tous besoin d'égalité des droits, même s'ils ne souhaitent pas s'en servir pour eux-mêmes. Mais nous ne nous ressemblons pas et n'aspirons pas à la même vie. Il y a celles et ceux qui votent à droite, d'autres à gauche. Certain-e-s aiment la viande, d'autres sont végétarien-ne-s, certain-e-s ne jurent que par la house, d'autres l'opéra. Nous ne désirons pas tous militer, et nos engagements peuvent aller à l'écologie, à la lutte contre le cancer, ou nous pouvons avoir envie, comme ce fut le cas de Richard Descoings, d'œuvrer contre toute forme de discrimination.

OUTING ET COMING-OUT
J'avais lu à sa sortie en 1993 Queer in America, le livre pro-outing de Michelangelo Signorile, dans lequel le journaliste et activiste américain, qui avait milité à Act Up-New York, défendait le outing des personnages publics hostiles aux homos et y expliquait comment à Hollywood dans le monde du cinéma, à New York dans celui de la finance, et enfin à Washington dans les cercles du pouvoir, les gays au placard pouvaient être les pires ennemis des gays. Il y dénonçait aussi le double langage de la presse, qui n'abordait pas de la même façon l'homosexualité et l'hétérosexualité.

Ce livre, qui avait fait date, Didier Lestrade s'en inspire régulièrement. Mais les temps ont changé. Contrairement à ce qu'affirme Didier Lestrade, de plus en plus de monde fait son coming-out en haut de l'échelle sociale. On ne compte plus les ministres, les maires, les chefs d'entreprise, les artistes, les parlementaires, qui ont dit qu'ils étaient homosexuels. Parfois tout simplement comme Ian Brossat, président du groupe communiste à la Mairie de Paris, qui questionné par un internaute de Yagg lors d'un chat avait dit: «Je vis avec un garçon depuis 10 ans, que j'ai rencontré à Lyon. Nous sommes pacsés et la vie est belle.»

L'enjeu n'est plus seulement la visibilité. Certes, il y a encore trop de pédés et de goudous au placard, y compris dans les plus hautes sphères, et y compris dans les médias, les syndicats, la politique. Mais il y a surtout encore beaucoup trop d'homophobes dont les paroles restent impunies et qui font la pluie et le beau temps. À l'heure où j'écris ces lignes, Vanneste est toujours membre de l'UMP et c'est parce que Boutin a signé un pacte avec Sarkozy pour ne pas se présenter à l'élection présidentielle que celui-ci a fait machine arrière sur la question des droits des LGBT.

RICHARD DESCOINGS N'ÉTAIT PAS NOTRE ENNEMI
Ne nous trompons pas de combat et de cible. Richard Descoings n'était pas notre ennemi. Il n'avait pas dans ses faits et gestes manifesté d'hostilité envers les LGBT, au contraire. Qu'il faille réclamer des gays et des lesbiennes visibles plus d'attention et de mobilisation sur la question des droits, bien sûr.

Mais ceux qui font le plus de mal à la cause gay et nous ont fait perdre des années dans l'égalité des droits, sont principalement les politiques, et très précisément le gouvernement et le Président actuel. Et il y a un moyen très simple de s'en débarrasser: le bulletin de vote. Ensuite, tout ne sera pas gagné: il faudra continuer pour que les lois passent et pour que les femmes, les homos, les noirs, les arabes, les handicapés, soient plus visibles. Et se battre encore et toujours pour faire évoluer les mentalités, afin que l'orientation sexuelle ne soit plus synonyme d'infériorité dans la tête de beaucoup de gens. Exigeons par notre vote l'égalité des droits et soyons plus exigeants envers les médias, afin qu'ils fassent un traitement moins hypocrite et plus juste de la question de l'homosexualité.

Christophe Martet est le directeur de la publication de Yagg.

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