Société | 12.04.2012 - 19 h 31 | 0 COMMENTAIRES
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«Le Baiser de la Lune»: Réactions d’enfants

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Jeudi 12 avril, deux classes de CP-CE1 et de CM1-CM2 ont pu assister à la projection du film «Le Baiser de la Lune». Ces séances étaient les premières interventions de SOS homophobie auprès d'élèves de primaire. Yagg y était.

Ce matin, deux projections du Baiser de la Lune de Sébastien Watel étaient organisés au cinéma Le Brady, dans le Xe arrondissement de Paris, la première une classe de CP-CE1 (Paris), l'autre pour des CM1-CM2 (Montreuil). Les enfants ont ensuite participé à une discussion animée par des intervenant-e-s de SOS homophobie, une première pour l'association qui intervient d'habitude dans les collèges. Yagg a assisté à la deuxième projection. Reportage.

Après la projection, face aux enfants, les trois intervenant-e-s y vont pas à pas, jonglant entre les réactions. Les élèves racontent le film en quelques mots, certains réalisent même qu'ils ont loupé quelques détails de l'histoire: «Ah, c'était deux garçons?!». Le personnage d'Agathe, qui s'oppose à l'histoire d'amour entre Félix et Léon, les héros du film, fait rapidement débat: «Vous trouvez qu'elle a tort? À sa place, qu'est-ce que vous feriez?». Plusieurs mains se lèvent pour demander la parole. Une des élèves semble soutenir la réaction homophobe du personnage: «Des fois, il y a des gens qui se moquent…», explique-t-elle. Très vite, le parallèle avec le racisme est fait. «On est tous d'accord avec le fait qu'il ne faut pas se moquer des autres en raison de leur différence?» Au fond, une autre main se lève: «C'est ce qu'on appelle des discriminations.»

L'HOMOSEXUALITÉ, UN CHOIX?
La question du choix est aussi abordée: Félix a-t-il choisi d'être attiré par un autre poisson garçon? La réponse est majoritairement négative. «Ça vient tout seul», admettent les enfants. Qu'a-t-il choisi alors?

«Comment il a envie de vivre son amour avec Léon»
«Il écoute son cœur»

«Dans la vie vous connaissez des personnes homosexuelles?», demandent les intervenant-e-s. «Oui, le maire de Paris», répondent les enfants, presque à l'unisson. «Et dans votre entourage?» Les réactions sont moins nombreuses. Comme le dira plus tard un autre enfant, «c'est rare les gens comme ça», une réaction qui révèle à quel point les stéréotypes de genre sont déjà ancrés. Les préjugés sont très forts quant à l'image que les enfants se sont construite des gays, des hommes forcément efféminés, et des lesbiennes, des femmes forcément masculines. Ces mêmes préjugés semblent calqués sur les jeux et les sujets de conversation qu'ils/elles s'assignent: le foot et les jeux vidéos pour les garçons, le shopping et les poupées pour les filles.

«Et si dans votre école, un garçon aime un autre garçon?» «On va le frapper!», s'écrit une voix avant de pouffer. Car dans la pratique, la condamnation des comportements discriminatoires et homophobes ne va pas forcément de soi, et si le racisme est très vite identifié et condamné, l'homophobie est beaucoup moins visible pour les enfants.

Pour conclure l'échange, les intervenant-e-s jouent franc jeu avec les enfants:

«Des gens pensent que le film que vous venez de voir risque de vous troubler. Est-ce que vous croyez qu'avoir vu Le Baiser de la Lune va vous faire devenir gay ou lesbienne?». C'est un «non» unanime.

Quelques réactions des enfants:

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À l'issue de plus d'une heure d'échanges avec les intervenant-e-s de SOS homophobie, les enfants repartent. «Nous avions fait un travail sur l'éducation sexuelle et sur la relation à l'autre, donc le film complète ce que nous avons abordé et leur permet de sortir de la salle de classe, explique Bruno Saunier, leur enseignant. Ces enfants ont beaucoup de préjugés sur tout ce qui est différent d'eux. Ce genre de séance apporte vraiment quelque chose.» La réflexion se poursuivra en classe.

UNE PREMIÈRE DEVANT DES ÉLÈVES DU PRIMAIRE
«L'intervention de ce matin est une première devant des élèves du primaire», explique Bartholomé Girard. Pour l'ancien président de SOS homophobie, Le Baiser de la Lune représente l'occasion de lancer une vraie dynamique de sensibilisation auprès des publics scolaires. Revenant sur les réponses des questionnaires adressés aux candidat-e-s à l'élection présidentielle, il pointe du doigt la frilosité de la plupart des candidat-e-s à engager la sensibilisation dès l'école primaire: «Souvent les candidats répondent qu'ils souhaitent faire cette démarche seulement à partir du collège».

Pourtant la séance et la discussion qui a suivi sont éloquentes: déconstruire les idées préconçues liées au genre, prévenir les comportements homophobes, sensibiliser aux discriminations, ces actions peuvent être enclenchées dès l'école primaire et semblent grandement nécessaires au vu des réactions et des interrogations des enfants, empreintes autant d'innocence que de préjugés.

Après de vifs débats depuis sa création il y a deux ans, le film de Sébastien Watel est enfin accessible aux enseignant-e-s qui souhaitent commencer un travail de sensibilisation sur les discriminations devant des enfants. Aujourd'hui, ils/elles ont la liberté pédagogique de présenter le film devant leurs élèves. Mais pour SOS homophobie, cela reste insuffisant. «Le ministère de l’Éducation nationale pourrait mettre en place un module dans la formation des enseignants pour leur permettre d'être capables d'aborder ces sujets, suggère Bartholomé Girard. Il n'y a pas assez d'associations qui interviennent en milieu scolaire. En 2011, nous sommes intervenus dans 350 classes, il y a une demande croissante de la part des enseignants, mais cela reste une goutte d'eau».

La bande-annonce du Baiser de la Lune:

Si vous n'arrivez pas à voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Bande annonce Le Baiser de la Lune

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Journaliste de Yagg.
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