Clémentine Autain, porte-parole de Jean-Luc Mélenchon, candidat du Front de Gauche à l’élection présidentielle, était en chat sur Yagg le 4 avril dernier. Elle a répondu à vos questions sur les questions qui touchent les LGBT (PMA, GPA, éducation, etc.), mais aussi sur des sujets plus généraux comme la prostitution, l’économie ou les relations du Front de Gauche avec le Parti Socialiste.

Morgane: Comment expliquez-vous que M. Mélenchon continue d’être favorable à un projet de loi pénalisant les clients des travailleurs/euses du sexe, en dépit de l’avis de nombreuses associations de santé ou de groupes féministes, (par exemple, le Planning familial)? Vous-même y étant défavorable, allez-vous essayer de faire entendre raison à M. Mélenchon? Peut-on espérer qu’il revienne sur cette position?

Clémentine Autain: C’est la position du Front de gauche. En effet, à titre tout à fait personnel, et après mûres réflexions, je ne suis pas favorable à la pénalisation des clients de prostitués tout en étant, comme mes camarades du Front de gauche, profondément abolitionniste. Je trouve que le recours à la pénalisation des rapports sociaux s’est trop généralisé ces derniers temps. Et en l’espèce, je pense que ce n’est pas la voie la plus favorable aux prostitué-e-s. Ceci dit, Jean-Luc Mélenchon me répond que pour abolir la prostitution, il faut symboliquement marquer l’interdit du côté des clients. Je l’entends. Le débat doit se poursuivre… Mais je suis fière que mon candidat soit porteur d’une vision féministe de la question même si sur ce point précis nous avons un léger désaccord. Ce désaccord traverse d’ailleurs plus largement la gauche de transformation sociale.

Maxime: Bonjour Clémentine, que diriez-vous aux nombreux/ses résigné-e-s de la politique de notre pays pour aller les convaincre de voter Front de Gauche?

Clémentine Autain: Que la politique peut et doit changer la vie en améliorant les conditions d’existence du plus grand nombre et que c’est ce que nous proposons. On ne combat l’abstention qu’en suscitant du désir sur la base d’un projet, d’une vision du monde, d’un profil politique. Je crois de ce point de vue que la candidature du Front de gauche est porteuse d’espérance. C’est la clef pour convaincre tant les discours lénifiants et moralisateurs sur le mode «le droit de vote a été conquis de haute lutte, c’est mal de pas voter» ne servent à rien. Si on veut une gauche qui a des couleurs et de la saveur et qui se donne les moyens de son ambition, il faut voter Mélenchon le 22 avril. Nous sommes les seuls à dire qu’il y a une vie en dehors de l’austérité.

Jolan: Comptez-vous changer les concours pour entrer dans l’éducation nationale? Car actuellement, ils sont faits uniquement sur les connaissances, et n’évaluent absolument pas l’aptitude à tenir une classe. Résultat on se retrouve avec des profs qui n’arrivent pas à gérer une classe, et qui sont donc incompétents.

Clémentine Autain: La suppression des IUFM est une vraie catastrophe car elle fait l’impasse sur le besoin de formation des enseignants. C’est ce temps de formation qui doit être réintégrer et transformé pour répondre aux besoins pratiques des enseignants Faut-il changer le concours lui-même? Je ne sais pas. Ne tirons pas un trait sur la nécessité de posséder des connaissances solides dans le domaine enseigné. Le malaise dans l’Éducation Nationale mérite de toutes façons de profondes réflexions pour répondre à l’après-massification de l’école. Commençons par respecter les enseignants, c’est l’état d’esprit du Front de gauche. Vive le service public!

Fred: Je pense que la GPA est une impasse tout comme le don de sperme anonyme. Et vous?

Clémentine Autain: Le Front de gauche n’est pas favorable à la gestation pour autrui. Dans un monde dominé par la marchandisation, les mères porteuses seraient les premières victimes d’une telle logique. Le corps n’est pas une marchandise et faisons attention à ne pas introduire l’idée d’un droit à l’enfant. L’urgence, c’est de favoriser le droit à l’adoption et de développer la notion de parent social. Mais je reconnais que le débat est éminemment complexe. Ne le posons pas de façon théorique et abstraite mais prenons bien en compte le réel à la fois de l’implication corporelle et psychologique d’un tel acte et des risques immenses du recours à cette pratique pour gagner de l’argent.

Mim: Bonjour Mme. Pouvez vous me dire si Monsieur Mélenchon compte lutter contre les discriminations envers les LGBT en intégrant aux programmes scolaires des enseignements visant à apprendre les respects des différences, et notamment les différences d’orientations sexuelles et de genre? Par exemple: le film Le Baiser de la Lune rejeté par M. Chatel, savez-vous si M. Mélenchon est pour ou contre montrer un tel film à des enfants de CM1/CM2?

Clémentine Autain: Bien sûr que nous sommes pour lutter contre les discriminations envers les LGBT! Et oui, ça commence à l’école. Finalement, le film dont vous parlez a été autorisé mais il reste à la discrétion des enseignants. Le combat contre l’ordre des sexes et des sexualités ne peut pas être optionnel mais doit être intégré au cœur même de l’enseignement général et ce dès le plus jeune âge. Rose pour les filles, bleu pour les garçons: il faut sortir de ces schémas ancestraux. Quand j’ai amené mon fils de quatre ans à la fête de l’école et que tous les petits garçons étaient déguisés en chevaliers et les filles en princesses roses, je me suis dit qu’il y avait du boulot. Mon fils était en clown mais il était bien seul.