Préambule. Écrire sur la sexualité des hétérosexuelles lorsque l’on est lesbienne, c’est toujours risqué. On a tôt fait d’être taxée d’hétérophobie (j’ai déjà eu ce privilège grâce à l’un des fabuleux guides de survie de Maxime Donzel, Survivre à un week-end avec des hétéros). J’ai même hésité à écrire sur ce sujet casse-gueule, alors que je me pose moins de questions lorsqu’il s’agit d’un article sur telle ou telle religion (au fil des ans j’ai été accusée d’anti-cléricalisme et ses variantes) ou sur la politique (on m’a crue de droite ou de gauche, selon les jours). Mais allons-y. Fin du préambule.

Dans le trio de tête des questions les plus souvent posées aux lesbiennes, avec «Je peux regarder?» (venant d’un homme hétérosexuel) et «Tu me trouves attirante?» (de la part d’une femme hétérosexuelle), il y a «Mais que font 2 femmes ensemble?». Pourtant, à écouter Philippe Brenot, dans La Tête au carré sur France Inter jeudi ou dans Les Matins de France Culture quelques jours plus tôt (vidéo ci-dessous), la question qu’il serait plus logique de poser, aux hétéros cette fois, c’est «Mais que font un homme et une femme ensemble?». Car Philippe Brenot, auteur d’une étude sur la sexualité des femmes hétérosexuelles (Les Femmes, le sexe et l’amour, éd.des Arènes), qui vient compléter une étude similaire sur les hommes hétérosexuels, affirme:

«Lors du rapport sexuel au quotidien dans le couple, l’orgasme est obtenu à plus de 90% par les hommes, il est en général contemporain de l’éjaculation. Il est obtenu systématiquement de la même façon par seulement 16% des femmes.»

Vous avez bien lu, 16%. Pour les autres, 55% des quelque 3000 femmes qui ont témoigné disent atteindre l’orgasme «souvent», 21% «rarement», 5% «jamais». «Il y a quelque chose dont les hommes devraient prendre conscience (…): la sexualité féminine est extrêmement polymorphe et c’est à nous de ne pas être terroristes, de ne pas imposer un modèle masculin», enchaine le chercheur, qui dénonce donc un «terrorisme de l’orgasme».

L’intention est bonne: déculpabiliser la femme. Il n’y a pas de sexualité «normale», on peut très bien être heureuse en ayant peu d’orgasmes, explique Philippe Brenot. Certes. On peut aussi très bien être heureux/se en mangeant des tomates médiocres mais on l’est tellement plus lorsqu’elles ont du goût. Au lieu de chercher à déculpabiliser la femme, peut-être serait-il temps de culpabiliser l’homme, ou tout du moins de le mettre face à ses responsabilités: si sa partenaire n’a pas ou peu d’orgasmes, est-il si absurde d’envisager que ce soit parce qu’il fait mal son job?

Mais ne jetons pas trop vite la pierre (Pierre) à l’homme hétérosexuel. Parce que si ça se trouve, ce n’est même pas de sa faute, c’est la nature. Oui, cette même nature que certain-e-s envoient à la figure des homos, qu’ils/elles considèrent comme «contre-nature». C’est en tout cas ce qu’explique Philippe Brenot:

«Nous [les hommes et les femmes] sommes avec des représentations différentes, nous sommes avec des pulsions hormonales différentes. Il y a une sexualité masculine et féminine qui n’ont pas été faites pour vivre ensemble, ou du moins pour vivre ensemble longuement dans un couple.»

Tout est dit. Jusqu’à l’étude sur les couples homosexuels.

La bande-annonce du livre:

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Les Matins de France Culture:

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Les matins – De la sexualité féminine

Photo Meg Ryan dans Quand Harry rencontre Sally