L’écrivaine et essayiste Caroline Fourest est venue chatter avec les internautes de Yagg. Elle a répondu aux questions sur sa lutte contre l’intégrisme, le féminisme, les attaques de ses détracteurs ou l’égalité des droits pour les LGBT. Retranscription des échanges.

bulle: Le chapeau de cette intervention fait référence à votre sexualité, est-ce nécessaire? Est ce que tout ce que vous dites, vous le dites parce que vous êtes lesbienne, ou juste parce que vous êtes un être pensant?

Caroline Fourest: J’en ai aurais beaucoup voulu à Yagg s’ils avaient écrit que j’étais une écrivaine hétérosexuelle mais à part ça vous l’aurez compris: je pense avec mon cerveau.

Mona L: Chère Caroline. Aujourd’hui, nous savons qu’encore beaucoup de femmes en France se cachent, cachent leur homosexualité. Mes questions sont: Comment vivez-vous le fait d’être visible dans votre travail, faites-vous face à de l’homophobie, y a-t-il une différence à être une lesbienne visible qu’un gay visible dans le monde des médias?

Caroline Fourest: J’y puise beaucoup de forces. Par moment, il m’arrive d’affronter une certaine hostilité démesurée de la part de détracteurs et il y a des cas très clairement où le fait d’être une femme totalement émancipée de la domination masculine semble jouer un rôle dans leur agressivité. Sur les médias, j’ai connu des réflexions homophobes il y a une dizaine d’années. J’ai dû travailler sans doute dix fois plus que n’importe quel expert ou éditorialiste garçon mais une fois ces obstacles surmontés, j’ai aujourd’hui une place où l’homophobie ne peut plus m’atteindre.

Gabrielle: Que pensez-vous de l’article de Sophia Aram paru dans Libération ce matin: «Moi aussi, je veux un Y’a bon award»

Caroline Fourest: J’ai beaucoup de choses en commun avec Sophia. Nous partageons la même conviction qu’il faut combattre le racisme et l’intégrisme. Elle a été très choquée par l’instrumentalisation des Y’a bon awards, qui remet en cause sous couvert d’antiracisme le droit de critiquer l’intégrisme. Je suis très touchée par son geste.

Camille: Avez-vous, comme Sophia, déjà eu des menaces?

Caroline Fourest: Oui, régulièrement sur Internet, des extrémistes imaginent mille et une façon de me faire passer l’envie de leur tenir tête. Mais nous avons comparé une fois avec Sophia. Je reçois plus de message haineux homophobes et elle plus de messages impliquant du saucisson. Par contre nous recevons à peu près autant de messages antisémites, ce qui dans les deux cas est assez drôle.

Lucie: Plusieurs études de sociologie électorale ont montré que les LGBT votaient «en majorité» à gauche. Pourtant ces tendances s’amenuisent, pensez-vous que Marine Le Pen avec un discours moins tranché que son père tente d’amadouer les électeurs LGBT?

Caroline Fourest: Elle tente. Je crois qu’il y a toujours eu à l’extrême droite une certaine ambiguïté sur ces sujets où l’on peut tenir un discours très moraliste côté face et tolérer l’homosexualité planquée dans ses rangs. Il n’empêche que le Front National reste le parti le plus opposé de tous à l’égalité des droits et je ne crois pas beaucoup à sa capacité de tromper les gays et les lesbiennes sur sa vraie nature. Lorsqu’il dénonce le sexisme ou l’homophobie de l’intégrisme, tout le monde voit bien que ce n’est pas par attachement à l’égalité mais par rejet de l’islam.

kena: Avec quel-le candidat-e à la présidentielle vous sentez-vous le plus en phase?

Caroline Fourest: Cruelle Question. Comme je participe souvent aux commentaires de l’actualité politique en ce moment, j’essaie de garder un regard critique sur tous. Mais vous aurez bien compris que certains me semblent représenter des projets politiques plus critiquables que d’autres.

Paul Denton: Bonsoir. Je rebondis sur la première question: certain-e-s s’offusquent que l’on rappelle votre orientation sexuelle, d’autres pensent peut-être que vous n’en faites pas assez pour la «communauté» en tant que lesbienne. Avez-vous une sorte d’éthique en la matière, guidant votre manière de vous présenter et votre travail?

Caroline Fourest: Oui et non. Je suis à la fois très fière de qui je suis et en même temps fondamentalement attachée au droit à l’indifférence. J’ai participé et je le referai autant qu’il faudra au combat pour l’égalité des droits et contre l’homophobie. C’est même là que j’ai fait mes premières armes intellectuelles, donc c’est pour moi une évidence et pas un service que je dois à une communauté. Cela fait partie de mon universalisme et c’est aussi en partie la raison de mon combat contre les extrêmes et contre le fanatisme.

mysteriouscow: Quel a été l’élément déclencheur dans votre parcours de votre passion pour l’étude des intégrismes, des idées d’extrême droite?

Caroline Fourest: Le fait d’être une femme qui aime les femmes et d’être une femme libre m’a sensibilisé au féminisme et au rejet de toutes les idéologies patriarcales et dominantes. C’est très certainement ce qui m’a conduit à enquêter sur l’extrême droite catholique dès mes débuts dans le journalisme puis à travailler sur tous les extrêmes.

bachirb: Bonjour Mme Fourest. Je voulais vous remercier de prendre la défense des homos musulmans. Ce n’est pas le cas de tous les militants homos. Comment analysez-vous le fait qu’il soit presque plus difficile d’être gay, arabe et laïc chez les gays que gay, arabe et laïc chez les arabes. Est ce que ce n’est pas une nouvelle forme de colonialisme?

Caroline Fourest: Bonjour Bachir. Je ne sais pas si c’est plus facile d’être arabe chez les homos que d’être homo dans certaines familles croyantes, mais je comprends ce que vous dites. Il y a encore chez certains gays une forme de fascination exotique qui les aveugle parfois au point de préférer des homos arabes soumis qu’en révolte contre le fanatisme. En tout cas, si je lis bien entre les lignes de certaines plumes proches de Minorites.org.

yves: Dans son dernier livre Didier Lestrade vous attaque a capita, pensez-vous que ses arguments son recevables ou un tissu de rancœurs?

Caroline Fourest: Honnêtement le ton qu’emploie Didier sur son site et dans son livre ne relève pas de l’argumentaire mais trahit quelque chose qui me fait plutôt penser à de l’aigreur qu’à une volonté de débattre. Je passe sur la violence et les procès d’intention dégueulasses comme le fait d’écrire que j’essaie de rendre mon homosexualité discrète pour réussir, ce qui est d’une mauvaise foi inouie. Exemple: il en veut pour preuve un article de Libé où je suis censée être planquée parce que le journal ne me présente pas comme lesbienne, mais où je parle de ma femme à l’intérieur du papier.

Quant à son accusation d’être islamophobe parce que je critique Tariq Ramadan, c’est un peu comme si on me traitait de cathophobe parce que j’ai critiqué Christine Boutin. Et encore les théologiens de référence de Christine Boutin ne veulent pas brûler les homosexuels. Ceux des fanatiques que Didier Lestrade défend l’air de rien, si. Ce qui en fait à mes yeux un complice des homophobes.