Dès les premières secondes de We Were Here (Nous étions là), diffusé ce vendredi à 22h sur PinkTV (en clair), on se sent happé. Une heure et demi plus tard, quand défile le générique de fin, vous savez que le film ne va plus vous quitter. Je croyais avoir tout vu sur le sida, dans la vraie vie, au cinéma, sur scène. Mais rarement avant We Were Here avais-je ressenti à la fois une telle rage devant l’ampleur de la catastrophe et une telle fierté de me sentir membre d’une communauté qui a réussi à sauver des vies, tout en faisant progresser les droits de tous les malades. San Francisco, dans les années 80 est une ville dévastée par le sida mais aussi une ville modèle pour la prévention et l’aide aux malades.

TÉMOIGNAGES MAGNIFIQUES
Grâce aux témoignages précis et magnifiques de Ed, Daniel, Paul, Guy et Eleen, qui toutes et tous ont vécu à San Francisco, cette ville qui fut si spéciale pour la communauté homo, on appréhende toutes les dimensions de l’épidémie. Comme l’explique un des protagonistes: «Les gens de ma génération, nous sommes venus à San Francisco pour être gay».

Le sexe, encore le sexe, de nouveaux droits: à la fin des années 70, un vent de liberté flotte sur Castro, le quartier gay de San Francisco. Tout cela sera de courte durée et le sida a frappé toute une génération en quelques années. Mais la communauté gay et lesbienne a montré qu’elle pouvait se mobiliser contre cette catastrophe.

L’un des survivants, Daniel, lui-même séropositif, explique dans le pré-générique pourquoi il a accepté de témoigner: «J’ai décidé de faire cette interview parce j’étais là durant toute l’épidémie. Tous mes amis du début ont disparu. Donc, je veux raconter leur histoire tout autant que la mienne».
Grâce à l’attention des réalisateurs, David Weissman et Bill Weber, à leur choix d’archives photos et vidéos, le souhait de Daniel est pleinement atteint. We Were Here est tout autant un témoignage des survivants qu’une leçon d’activisme.

Le rôle des femmes lesbiennes fut essentiel durant les années les plus sombres et c’est aussi une des qualités de ce documentaire de montrer cette réalité peu connue: les lesbiennes ont beaucoup contribuer à l’élan de solidarité et d’assistance aux malades du sida, pour leurs frères gays.

L’un des réalisateurs, David Weissman, a répondu par mail à nos questions sur la réalisation de ce très beau documentaire à ne pas manquer.

Comment avez-vous préparé ce film? En rencontrant des témoins afin qu’ils racontent leur histoire ou en faisant des recherches sur les archives de cette période? En fait, je n’ai pas fait beaucoup de recherche sur le contenu du film. We Were Here coïncide avec ma propre expérience à San Francisco, donc je connaissais très bien cette histoire et je voulais la raconter de l’intérieur. Donc, le processus a été de commencer par trouver des gens qui avaient des histoires intéressantes, qui avait l’ouverture émotionnelle et la maturité pour explorer leurs expériences de façon approfondie et réfléchie, et ces histoires, combinées, pourraient créer un sentiment d’épopée historique d’une façon très intime.

Quel but souhaitiez-vous atteindre lorsque Bill Weber et vous-même avez décidé de faire ce film? Pour ceux qui ont vécu la période décrite dans We Were Here, je voulais que le film puisse offrir une forme de délivrance et permette de commencer un processus d’apaisement.

Pour ceux qui ne connaitraient pas aussi bien cette histoire, j’espérais qu’elle permettrait d’ouvrir une fenêtre sur la façon dont des individus, et une communauté, peuvent s’unir, pendant une période de peur et de crise inimaginable.

Mais j’espérais aussi que les problèmes plus larges de comment nous – en tant que personnes et en tant que communautés– nous répondons à une crise, pourraient toucher des publics qui n’ont aucune connection réelle avec l’histoire de l’épidémie de sida elle-même.

En quoi San Francisco s’est distinguée dans la lutte contre le sida? San Francisco était connue comme un eldorado gay dans ces années-là. C’était une communauté très active politiquement et toute la ville était depuis longtemps une agora pour des tas de gens activistes politiquement et culturellement. Le quartier de Castro défendait son identité et son espace – on ne venait pas à San Francisco pour rester dans le placard.  Quand l’épidémie a commencé, il y avait déjà une communauté qui était habituée à se prendre en charge. Le sida était aussi plus visible dans la rue à San Francisco que partout ailleurs en raison de la concentration dans une zone réduite mais aussi parce que les gens ne se cachaient pas autant quand ils tombaient malades ici que dans d’autres endroits.

Quelles ont été les réactions des différentes générations de gays et de lesbiennes en voyant ce film? La réaction a été tout ce que j’avais pu espérer. Les personnes qui ont vécu les premières années de l’épidémie de sida sont réconfortées par le film, et les plus jeunes y trouvent leur première sensation de ce que ça a dû être de vivre tout cela. Je crois que le film est un moteur puissant pour favoriser le dialogue inter-générations autour de notre histoire.

Comment se fait-il que le film n’ait pas de distributeur en France? Un petit distributeur s’était dit intéressé mais ça n’a pas marché. Ce n’est pas un film facile à montrer au cinéma.

La bande-annonce américaine:

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur We Were Here (trailer)

Voir aussi Diaporama: À San Francisco, une expo photo sur les débuts de la lutte contre le sida