À l’initiative des associations Adefho (présidée par Alice Nkom), Sid’Ado et Cofenho, une trentaine de personnes – responsables d’associations et d’ONG, médecins, journalistes, diplomates – étaient réunies mardi matin dans la salle de conférence de l’hôtel Mansel, à Yaoundé. Elles venaient participer à un séminaire de réflexion sur le thème «Droits et minorités sexuelles» lorsque la police, menée par le sous-préfet de l’arrondissement, Martin Locko Motassi, a fait irruption.

«Vous avez demandé une autorisation d’une rencontre portant sur le respect des personnes vivant avec le Vih/Sida, j’ai répondu à votre demande, a déclaré le sous-préfet, cité par Le Jour. Mais vos banderoles précisent qu’il s’agit d’un séminaire sur les droits des minorités sexuelles. Nous n’acceptons pas cela ici, aller faire ça ailleurs, pas ici.»

«INTERROGATOIRE MUSCLÉ»
Plusieurs observateurs rapportent qu’une dispute assez violente, au cours de laquelle les policiers ont notamment arraché les banderoles, s’est terminée par l’arrestation du vice-président d’Adefho, Stéphane Koche (photo). Celui-ci a été relâché après un «interrogatoire musclé», dénonce Africagay, réseau d’associations africaines identitaires et engagées dans la lutte contre le sida travaillant auprès des populations vulnérables.

«La question de la pratique homosexuelle déchaine les passions au Cameroun, un pays qui punit d’un emprisonnement de 6 mois à 5 ans et d’une amende de 20000 à 200000 FCFA, toute personne ayant des rapports sexuels avec une quelqu’un de même sexe», rappelle l’Agence de presse africaine (APA).

À l’origine de l’intervention de la police, une altercation entre Sismondi Barlev Bitchoka, président du Rassemblement de la jeunesse camerounaise (RCJ), et l’un des organisateurs, qui se serait interposé entre le militant homophobe et l’avocate Alice Nkom. Le RCJ avait annoncé, avant le séminaire, son intention de se mobiliser «contre le fléau de la criminalité homosexuelle qui est condamné par notre loi».

ALICE NKOM VA PORTER PLAINTE CONTRE L’ÉTAT DU CAMEROUN
«Le séminaire de réflexion sur les droits humains des minorités sexuelles qui devait se tenir du 27 au 29 Mars 2012 à l’hôtel Masel de Yaoundé fait partie des actions menées par le collectif d’association Adefho, Sid’Ado et Cofenho pour poser le débat sur la question homosexuelle au Cameroun avec des discussions autour de la loi, la religion, la santé et la lutte contre les IST, VIH/Sida, la culture etc., soulignent les associations dans un communiqué. Deux séminaires ont été organisé en 2012 sur le même thème dans les villes de Douala et Limbé malgré les menaces de Sismondi Barlev Bitchoka et ses acolytes. L’idée maitresse de ces séminaires était de sensibiliser les participants (journalistes, religieux, leaders traditionnels, médecins avocats, étudiants etc) sur les droits humains des personnes homosexuelles dans la société camerounaise dans le but de susciter des alliances.»

«Si l’État camerounais alimente lui-même la stigmatisation et la discrimination des populations vulnérables dont il se fait pourtant le défenseur devant les organisations internationales, le combat contre l’épidémie de sida ne pourra jamais être gagné. La violation perpétuelle des droits de l’Homme étant le meilleur allié de l’épidémie de sida en Afrique», renchérit Africagay.

«Ce sous-préfet nous a causé un préjudice, a pour sa part affirmé Me Alice Nkom. Je vais immédiatement adresser une requête au ministre en charge de l’Administration territoriale, lui relater les faits et lui dire que je vais porter plainte contre l’État du Cameroun. Nous subissons un préjudice parce qu’il y a des gens qui sont venus de partout pour cette réunion qui, jusque là, n’a rien d’illégal et a été interdite par un acte illégal et abusif. C’est un excès de pouvoir manifeste qui n’a pas le mérite de redorer l’image du Cameroun à l’étranger.»

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