Les adolescent-e-s des États-Unis pourront finalement voir The Bully Project. La Weinstein Company, la société productrice du film, a annoncé hier, mardi 27 mars, qu’elle passait outre la classification «R» («Restricted», qui oblige les mineur-e-s à être accompagné-e-s d’un-e adulte) de la Motion Picture Association of America (MPAA) et avait décidé de sortir le film sans classification, le 30 mars.

La MPAA avait apposé la mention «R» à The Bully Project, qui raconte le parcours d’enfants victimes de harcèlement et de familles dont l’enfant a mis fin à ses jours car il était devenu le souffre-douleur de ses camarades à l’école, en raison du langage parfois vulgaire utilisé dans le film.

MOBILISATION
Afin de faire plier la MPAA, une étudiante du Michigan, Katy Butler, avait lancé une pétition qui a aujourd’hui atteint les 500000 signatures. Elle réclamait le retrait de la mention «R» pour une jugée plus appropriée, «PG-13» (film déconseillé aux moins de 13 ans). Plusieurs personnalités avaient elles aussi apporté leur soutien à cette initiative, dont Ellen DeGeneres dans son émission, mais aussi Meryl Streep et Johnny Depp. Les avocats des opposant-e-s à la Proposition 8, David Boies et Ted Olson, avaient à leur tour pris la parole pour dénoncer cette restriction révoltante (lire «The Bully Project», un documentaire sur le harcèlement à l’école interdit aux moins de 17 ans aux États-Unis).

«UNRATED»
The Bully Project sera donc un film «Unrated», autrement dit il sera déclaré comme non contrôlé par la MPAA. Cette appellation est souvent utilisée pour parler de la version inédite d’un film, au même titre que la mention «Director’s Cut» et s’applique généralement à des films pouvant contenir des scènes violentes ou à caractère sexuel. Le réalisateur Lee Hirsch s’est déclaré «reconnaissant» du soutien reçu à tous les niveaux: «Je sais que les enfants viendront, alors ça ne tient qu’aux salles de les laisser entrer». Katy Butler a elle aussi fait part de sa satisfaction: «Je suis heureuse que Bully garde son authenticité et soit un portrait juste de ce que ces milliers d’enfants expérimentent tous les jours».

UNE BONNE NOUVELLE?
Mais ce qui semble a priori une bonne nouvelle pose tout de même quelques questions, comme l’explique un article du site movieline.com: «Ce ne seront plus les parents, ni la MPAA qui devront s’écarter du chemin de leurs enfants pour les laisser voir Bully, mais les propriétaires des salles de cinéma (…) Est-ce leur rôle?».

Enfin, un autre risque subsiste. Les films non labellisés par le code de classification risquent une diffusion moins importante comparée aux films passés sous la loupe de la MPAA, notamment certains films d’horreur. Le «Unrated» jouera-t-il en défaveur du documentaire, malgré sa très forte médiatisation ces dernière semaines? Encore une fois, cette non-classification semble mal appropriée pour un documentaire destiné avant tout à sensibiliser les jeunes aux problèmes de la violence et du harcèlement.

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo, cliquez sur The Bully Project Trailer