Elisabeth Ronzier, nouvelle présidente de SOS homophobie et Ronan Rosec, secrétaire de l’association étaient les invité-e-s du chat de Yagg le 7 mars dernier. Voici l’intégralité des échanges avec les internautes.

Grenouille: Souhaitez-vous établir un partenariat avec l’association nationale Le Refuge afin de vous appuyer sur l’expertise de cette association nationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie reconnue d’utilité publique? Merci pour votre réponse et bonne continuation dans vos missions.

Elisabeth Ronzier: SOS homophobie est toujours favorable à rencontrer d’autres associations pour échanger sur nos pratiques respectives et les faire évoluer.  Nous ne sommes fermés à aucune collaboration, tant qu’elle respecte les envies et les possibilités de chacune des structures.

Bruno Wiel: SOS homophobie peut aussi se porter partie civile lors d’un procès: l’équipe de SOS s’est relayée quotidiennement à mes côtés durant le procès pénal de janvier 2011 en mettant en ligne le résumé de la journée sur un blog.
 J’ai lu que votre nouvelle présidente Elisabeth Ronzier avait déclaré qu’elle souhaitait plus de présence de SOS en province (j’en serais ravi!): de quelle façon, par quelles actions et surtout avec quels moyens? En vous associant aux manifs déjà organisées par les asso locales ou en créant de nouveaux événements?

Ronan Rosec: Nous saluons Bruno et nous rappelons combien il a été courageux lors de son procès.

ER: SOS homophobie est implantée dans plusieurs régions mais nos délégations régionales n’ont pas toutes la même taille, c’est ce qui explique que nous n’avons pas la même présence partout.

RR: Cette dernière année, nos délégations régionales ont connu un développement très important. Notre présidente et l’association en général souhaitent poursuivre et multiplier notre présence et nos actions en région. Nous lançons donc un appel à toutes les bonnes volontés pour nous rejoindre. Plus d’infos sur le site: sos-homophobie.org

Numa Numantius: Ma question est un peu directe, mais sincère: comment expliquez-vous que SOS homophobie ait aussi peu de membres (moins de 700, je crois) alors que la lutte contre l’homophobie est un combat auquel la grande majorité des Français adhèrent désormais?

RR: Précisons que SOS homophobie rassemble 880 membres à ce jour, dont 240 membres actifs-ves à ce jour. Cela reste effectivement peu face au fléau que représente l’homophobie en France.

ER:
Tout le monde n’a pas envie de militer ou les possibilités de le faire.

RR: Nous sommes essentiellement composés de bénévoles avec uniquement deux salariées à temps partiel sur des postes administratifs. Toutes nos actions de terrain, d’écoute, de prévention, de formation sont bénévoles.

Paul: Certaines personnalités politiques (dont Boutin et Sarkozy) disent qu’elles ont l’homophobie en horreur… mais sont contre l’égalité des droits hétéros/homos. Qu’en pensez-vous?

ER: Je pense qu’une des premières manifestations de l’homophobie c’est la discrimination et que la première discrimination à caractère homophobe est institutionnelle et se traduit par l’inégalité des droits. Et donc les personnes citées défendent une position qui est à nos yeux homophobe.

Greg: Concrètement quelles sont les activités de l’association?

ER:
On a beaucoup d’activités. L’activité historique c’est la ligne d’écoute ouverte sept jour sur sept : 0810 108 135 ou le 01 48 06 42 41. À partir des témoignages reçus sur la ligne et sur internet nous publions le rapport annuel sur l’homophobie. Nous menons aussi des actions de prévention: les interventions en milieu scolaire.

RR: 7000 collégiens et lycéens sensibilisés à la lutte contre l’homophobie en 2010-2011.

ER: Nous faisons aussi des formations d’adulte et des séances d’information.

RR: Nous faisons des actions d’aide aux victimes, des actions ciblées sur des publics spécifiques, exemple la commission lesbophobie. Ou dans des domaines spécifiques, par exemple sur la santé. Et cette année, en raison du contexte électoral, nous prenons part à la campagne présidentielle en interpellant les candidat-e-s à l’aide d’un questionnaire. Il s’intitule 12 questions pour 2012 et il est consultable sur le site de l’association. Nous participons à beaucoup d’événements. Nous avons aussi le groupe des Biches du Net, un groupe qui intervient pour faire cesser les comportements homophobes sur internet.

ER: C’est typiquement le type d’action qui peut être menée de toute la France. Biche: c’est la Brigade internet contre l’homophobie et le sexisme.

RR: La Toile est devenue le lieu principal des manifestations homophobes.

Ronan Rosec: «La Toile est devenue le lieu principal des manifestations homophobes.»

Younès: Vous parliez tout à l’heure d’intervention en milieu scolaire. Quels enseignements tirez-vous de ces interventions? Elles se passent bien?

RR: Ce qui est frappant, c’est qu’on peut avoir l’impression que la société a évolué et elle a assurément bougé. Mais on constate que quel que soit le milieu, il y a une très forte homophobie présente au collège et au lycée. J’ai l’impression que rien n’a bougé depuis que j’étais au collège il y a 30 ans. Elisabeth et moi, nous suivons un jeune homme et sa famille dans le cadre du soutien aux victimes. Il a vécu un véritable enfer au lycée, en seconde et en première (harcèlement homophobe, violences verbales, voire physiques) dans l’indifférence du corps enseignant et administratif. Aujourd’hui, ce jeune homme est déscolarisé et ne sort plus de chez lui. Il a beaucoup de mal à se construire un avenir. Les interventions scolaires se passent bien, mais on constate que les élèves ont une méconnaissance profonde des différences. Certains expriment un profond rejet ou une méconnaissance de l’homosexualité. Notre travail, c’est d’essayer de déconstruire des idées reçues et d’ouvrir des pistes de réflexion. Souvent, lors de ces interventions, via des petits papiers, des élèves font un coming-out discret. Nous avons un deuxième site internet destiné aux ados et qui fait de la prévention, du soutien et de la formation: cestcommeca.net.

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