Inspiré du mouvement riot grrrl des années 90 aux États-Unis, Pussy Riot est né en septembre 2011. Ce groupe composé d’étudiantes dont la moyenne d’âge tourne autour de 25 ans s’est rapidement fait une réputation de fauteur de troubles en Russie, tout en devenant progressivement un symbole de résistance subversive et de contestation. Leur méthode: investir les lieux publics cagoulées et vêtues de robes et de collants aux couleurs flashantes et haranguer les passants à coups de chansons punks anti-Poutine. Filmées, toutes les performances sont ensuite postées sur YouTube.

Pour Pussy Riot, provocation, art et politique se conjuguent pour dénoncer les agissements antidémocratiques de l’actuel dirigeant russe. Le groupe s’engage sur tous les fronts: féminisme, droits des LGBT, ainsi que l’écologie et secoue la Russie à coups de riffs de guitare, appelant le peuple à se réveiller.

«HOLY SHIT»
Le 20 février dernier, elles investissaient la cathédrale du Christ Sauveur de Moscou, entonnant devant l’autel une chanson intitulée Holy Shit, où elles exhortent la Sainte-Vierge de les délivrer de Vladimir Poutine. À l’issue de ce happening mouvementé, comme en témoigne la vidéo ci-dessous, plusieurs personnes ont été arrêtées. Aujourd’hui, deux d’entre elles n’ont pas encore été libérées.

Accusées de hooliganisme, Maria Alekhina (à droite), activiste écologiste et organisatrice de la campagne pour sauver le Bolshoi Utrish, une zone protégée près de la mer Noire, et Nadezhda Tolokonnikova (à gauche), membre du collectif artistique Voïna, militante LGBT et défenseure de la forêt de Khimki, risquent sept ans de prison. Leur audience est prévue le 24 avril.

Toutes deux mamans, elles ont entamé une grève de la faim le 4 mars pour protester contre leur détention. «Elles sont incarcérées dans une prison temporaire, dans des conditions très dures. De plus, elles n’ont pas le droit à des chambres séparées», explique à Yagg l’activiste écologiste Yaroslav Nikitenko qui milite pour leur libération. Devant de telles mesures à l’encontre des deux militantes, leur avocat, Nikolai Polozov, suspecte une intervention émanant du pouvoir: «Nous n’avons pas de preuves directes que Poutine ou le patriarche Kirill aient ordonné l’ouverture de l’affaire, mais il est évident que certains leviers ont été actionnés», a-t-il déclaré à RIA Novosti.

MOBILISATION
Depuis l’annonce de leur arrestation, une mobilisation internationale s’est mise en place. Des flash mobs ont été organisées dans plusieurs grandes villes européennes, telles que Berlin, Vienne, Prague, mais aussi à Paris le jeudi 8 mars en fin d’après-midi. «Des manifestations et des piquets de grève sont aussi organisés en Russie à Saint-Pétersbourg, Moscou et Novosibirsk», souligne Yaroslav Nikitenko.

Que pensent les Russes du Pussy Riot et de la détention de Maria Alekhina et Nadezhda Tolokonnikova? En faisant leur happening dans un lieu religieux, une partie de la population pense que le groupe a été trop loin dans la provocation. Mais comme le rappelle Yaroslav Nikitenko, «L’Église orthodoxe a dit officiellement qu’elle ne voulait pas que ces jeunes filles soient emprisonnées», même si elle réclame une sanction. Par ailleurs, plusieurs milliers de personnes, dont des croyants orthodoxes, ont adressé une lettre ouverte au patriarche Kirill, le chef de l’Église orthodoxe, pour le convaincre de faire libérer les deux activistes. «Beaucoup d’entre nous croient qu’un tel comportement est inacceptable dans une église, dit la lettre, mais nous considérons que la réaction à cet incident – les poursuites, la détention et les critiques sévères des membres de l’Église orthodoxe envers les participantes à cette «prière punk»– sont encore plus inacceptables».

«NOUS N’AVONS PAS PEUR»
L’arrestation des deux jeunes femmes ne semblent pas refroidir Pussy Riot qui prépare déjà de nouvelles actions, pour l’instant tenues secrètes, afin de demander la libération de Maria Alekhina et Nadezhda Tolokonnikova et la fin des persécutions contre Pussy Riot: «Nous n’avions pas prévu que les autorités réagissent aussi sévèrement, a déclaré une des membres du groupe à Radio Free Europe/Radio Liberty. Manifestement nos performances les ont effrayées. Évidemment nous sommes très en colère que deux femmes aient été arrêtées, mais nous n’abandonnerons pas. Nous n’avons pas peur».

Pour apporter votre soutien à Pussy Riot, vous pouvez leur envoyer un message à pussriotsolidarity@gmail.com
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Photos: Montage (Captures) / Facebook