David Douillet est en train de découvrir que lorsque l’on est ministre, il est très difficile de cacher ses déclarations passées sous le tapis.

Invité de l’émission C à vous, sur France 5, le 15 février dernier (souvenez-vous, c’est le jour où Nicolas Sarkozy a annoncé qu’il était candidat à sa propre succession à la présidence de la République), le ministre des Sports a une nouvelle fois été interrogé sur sa fameuse déclaration: «On dit que je suis misogyne. Mais tous les hommes le sont. Sauf les tapettes!».

«LANGAGE COMMUN»
«Ça, typiquement, on le sort du contexte, a-t-il commenté d’un air las. D’ailleurs, on n’en parle pas pendant plus de 15 ans, et d’un seul coup, pouf on en parle, c’est assez étonnant. (…) Et pour la petite histoire, c’est un langage qui malheureusement peut choquer aujourd’hui, c’est dans le langage commun, ça veut dire “t’es pas courageux, t’es pas ceci, t’es pas cela”… Ça n’a rien à voir avec l’homophobie, absolument rien à voir, évidemment.»

«On aurait pu attendre une meilleur ligne de défense de la part d’un ministre de la République et d’un sportif de haut niveau, déplore le Paris Foot Gay. Nous nous demandons tout d’abord quel contexte pourrait atténuer le caractère insultant de ces propos. Nous prenons aussi acte du fait que le ministre semble regretter l’heureux temps (1998?) ou l’on pouvait être sexiste et homophobe sans choquer, contrairement à aujourd’hui.»

«Et enfin, pour le ministre, le mot “tapette” serait du “langage commun”, poursuit l’association dans un communiqué. Commun à qui, Monsieur le ministre? Aux homophobes? Selon ces propos, être une tapette signifie manquer de courage (être douillet, par exemple?), il serait donc courageux, pour un homme, d’être misogyne? Les Françaises, en cette journée du droit des Femmes, apprécieront.»

L’association va plus loin: «Déclinons vos propos, Monsieur le ministre:
– “T’es juif”, ça veut dire “t’es avare”; c’est du langage courant; ça n’a rien avoir avec de l’antisémitisme.
– “C’est du travail d’arabe”, ça veut dire “tu ne fais pas du bon travail”; c’est du langage courant; ça n’a rien à voir avec du racisme.
– “T’es une traînée”, ça veut dire “tu ferais mieux de rester à la maison pour torcher les mômes”; c’est du langage courant; ça n’a rien à voir avec du sexisme.»

Comme le souligne Paris Foot Gay, les mots ont leur importance. Qu’ils soient couramment employés à tort, qu’ils aient parfois même quasiment perdu leur sens premier (comme le «con», par exemple) ne signifie pas qu’ils sont devenus neutres. Dans la bouche d’un ministre de la République, ils n’en sont que plus dangereux.

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