Didier Lestrade a chatté avec les internautes de Yagg mardi 21 février. L’occasion pour lui de revenir, avec son franc-parler habituel, sur les deux livres qu’il vient de sortir, Sida 2.0 et Pourquoi les gays sont passés à droite. Voici la retranscription des échanges.

Lechat: Vous affirmez que les gays sont passés à droite. Pouvez-vous fournir des éléments concrets et sérieux pour soutenir votre propos sachant qu’une récente étude tend à démontrer le contraire?

Didier Lestrade: L’étude du Cevipof confirme bien qu’il y a une nette proportion de personnes gays et bis et qui envisagent de voter pour le FN. «En revanche, la tentation de l’extrême droite est aussi forte dans les rangs des personnes affirmant une part d’homosexualité (17% chez les homosexuels, 20% chez les bisexuels) que chez l’ensemble des Français (19,5%): Marine Le Pen recueillant le même nombre de suffrages chez les hétérosexuels (19,5%) que chez les non-hétérosexuels (19%).» Ce qui veut dire que les gays ont envie de voter pour un parti qui n’a rien à leur offrir. Le taux reste élevé.

H.I.P: Comptez-vous un jour reprendre une place «active» dans le tissu associatif français? Si oui, comment?

DL: Non, je ne crois pas. Je considère que mon travail passe par Minorités.org qui est, de toute façon, une association loi 1901, personne n’est payé, et je pense que c’est un travail militant de contribuer à la réflexion de personnes qui n’écrivent pas ou ne participent pas à des structures existantes. C’est souvent des sujets qui tournent autour de l’activisme associatif français ou étranger.

Jilo: Ce n’est pas un peu étrange que le fondateur d’Act Up, association foucaldienne qui défend historiquement les malades loue comme ça le rôle des médecins et cela dans votre livre Sida 2.0. Est-ce une reconnaissance que vous cherchez?

DL: Non, je ne cherche pas de reconnaissance, je suis juste content de publier des livres et puis, je n’en ai jamais vendu beaucoup vous savez… Je ne cherche pas la reconnaissance des médecins, regardez les remerciements de mon livre, j’aurais pu créditer celui-ci ou celle-là car j’en connais qui le méritent vraiment. Je pense qu’on est arrivés à un moment où l’on peut reconnaître une réussite entre le travail des médecins et des patients. Et puis, de toute manière, je ne sais pas si Act Up est une association si foucaldienne, en tout cas pendant les premières années, personne n’en parlait.

chris et cyril,turin: Selon vous, pourquoi les gays ont-ils envie de voter pour un parti qui n’offre rien?

DL: Ah. Bonne question. Je donne quelques options dans le livre. Il y a une nouvelle manière du FN de s’adresser aux gays, avec beaucoup moins de complexes. Et c’est assez nouveau pour marquer cet événement d’un livre, non? C’est la première fois que le FN s’adresse aux gays de cette manière et je pense que le FN joue sur la crainte provoquée par la banlieue envers les personnes LGBT. Or je ne crois pas qu’on doit se liguer avec le FN dans ce combat-là. Et je crois que la place du racisme dans notre communauté n’est pas assez combattue. Il ne faut pas oublier que le FN nous TAPE DESSUS. Donc je trouve assez anormal que 20% des gays aient envie de voter pour un parti qui leur tape dessus. Je dis ça, je ne dis rien d’autre.

Nique Drake: Peut-on, selon vous, être athée et anti-religieux sans être islamophobe? Et, si votre réponse est oui, en quoi votre fourestophobie est-elle plus présentable que le racisme que vous prétendez, à juste titre, condamner? Quelle que soit votre réponse je continuerai à lire avec plaisir le militant pédé et le jardinier.

DL: Bien sûr, on peut être athée, anti-religieux sans être islamophobe, HEUREUSEMENT. En revanche, mon affrontement contre Fourest n’est pas une forestophobie, et puis il faudrait se calmer sur le suffixe «phobe» parce que ça commence à devenir un tel cliché. On peut s’affronter et insister sans que ça soit une phobie. Ça va, ça fait plus de 10 ans que Fourest me met hors de moi, on ne m’a pas entendu pendant 10 ans sur ça, je m’occupais du sida. Mais maintenant je vois son effet néfaste et il y a beaucoup de gays et de lesbiennes qui en ont marre d’elle. Elle s’est fait du fric sur sa réputation, on ne va pas commencer à la plaindre, la pauvre. Et puis, si elle a quelque chose à me dire, elle peut venir sur un plateau-télé et on s’explique.

ken de Biarritz: Une question simple, quel est selon vous le candidat qui représente le mieux les LGBT dans cette campagne présidentielle?

DL: Hollande.

Gilles: En tant que cofondateur, et maintenant que vous n’y êtes plus, comment voyez-vous l’évolution du magazine Têtu?

DL: Heu… mal. Je ne peux rien dire de méchant ou de moqueur car je suis lié à un contrat de licenciement qui m’empêche de dire quoi que ce soit sur les personnes mais je ne reconnais plus ce magazine, et je ne comprends pas qu’à un moment où il se passe tant de choses à travers le monde, on ne reflète pas cette explosion d’idées.

Il y a une envie de non-confrontation qui me dépasse totalement. Têtu au début, c’était ça et je considère que je reste la pensée morale de ce magazine car l’idée du départ, c’est la mienne. Les gens continuent de me dire «J’ai lu ceci ou cela dans Têtu» alors que je n’y travaille plus. Je ne reçois même pas d’abonnement. C’est zarbi, mais il y a beaucoup de choses zarbi en ce moment.

Raf: Pourquoi as-tu quitté Têtu?

DL: Je ne sais pas. Un jour je suis arrivé à 13h pour le comité de rédaction à 15h et à 14h30 on m’a dit que je ne faisais plus partie du magazine. Ça arrive.

transsissyboy: Pourquoi allez à la Queer Week sachant votre haine des queers?

DL: Je n’ai pas une HAINE des queers, ça va… M’enfin! Si c’était une haine, ça se verrait, j’aurais écrit des tonnes de trucs contre ça. Quand je déteste vraiment quelque chose, ça se sait. Nan j’ai reçu une invitation sympa pour participer à un débat avec Marie-Hélène Bourcier et j’ai dit oui car on pense pas mal de trucs de la même manière. Et puis je ne suis pas complètement bloqué dans mes idées, j’évolue sur certains trucs vous savez…

Manuel Atréide: L’appartenance à une communauté, au sens US du terme, est un choix que chacun peut décider de faire ou ne pas faire. L’appartenance à une minorité est en revanche un état de fait, quelque chose qu’on subit ou qu’on assume. Les LGBT français sont-ils une minorité ou une communauté? Et quel type de groupe pourrait le mieux les aider dans la république française?

DL: Pour moi, ils sont les deux. Évidemment. Je ne sais même plus comment il faut le dire! Je crois qu’il faut créer un groupe internet qui récolte des pétitions comme AllOut (donc on n’a pas besoin de le créer, il existe!) et un groupe plus souterrain qui fasse de l’outing sur internet. Les deux permettraient d’avancer, faire pression et obtenir des changements. Mais on doit se RADICALISER.

Nous sommes censés proposer des idées à la société mais ces idées ne se limitent pas au mariage gay, à l’homoparentalité et la lutte contre l’homophobie, même si nous sommes presque tous à penser que c’est le minimum syndical. Il y a d’autres idées et on les voit apparaître à travers Facebook et internet et cela ne percute pas les associations qui sont censées nous représenter.

Et puis, si tout dépendait des élections présidentielles, pourquoi la gauche n’a pas commencé à mener ces campagnes de lutte contre l’homophobie à l’école par exemple, dans les nombreux centres sociaux et éducatifs de la Mairie de Paris? Pourquoi n’y a-t-il pas une campagne contre le bullying à l’école sur le thème des LGBT? Pourquoi la Mairie de Paris et sa région, socialistes aussi, ne systématisent-elles pas le dépistage rapide du VIH dans tous les CDAG et structures de soins, afin de débusquer le VIH dans la région la plus affectée de France? Pourquoi la fusion du centre LGBT et les archives gays et lesbiennes est entourée d’un tel parfum de prise de pouvoir? La gauche a pratiquement toutes les régions de France, pourquoi n’a-t-on rien commencé?

Bruno Julliard? Que fait-il précisément contre le bullying gay auprès des jeunes de Paris? Emmanuelle Cosse, élue Vert au logement pour la région Ile-de-France, que fait-elle depuis deux ans? Notre peur serait que ces personnes issues de la communauté LGBT et sida fassent exactement la même chose que leurs aînés et parmi eux, le maire de Paris.