Droits des femmes, égalité des droits, éducation… Depuis son accession au pouvoir, le gouvernement de Mariano Rajoy remet en cause la plupart des acquis sociaux de ces dernières années, comme le souligne le juriste Daniel Borrillo.

«LA DROITE ESPAGNOLE ENTRE LIBÉRALISME ÉCONOMIQUE ET CONSERVATISME MORAL», par Daniel Borrillo
Par un diabolique mélange de libéralisme économique et interventionnisme moral, le gouvernement espagnol de Mariano Rajoy (allié fidèle de l’Église catholique) est en train de détricoter les avancées sociales réalisées par Zapatero. Premier geste, fort significatif, la nomination de Luis de Guindos, ancien président de la banque Lehman Brothers pour l’Espagne et le Portugal, au poste de ministre de l’Économie.

Outre la limitation des droits des travailleurs et de la mise en question de la loi de dépendance (loi n°39/2006) qui permet de recevoir une aide de l’État lorsqu’un membre de la famille se trouve en situation de handicap, le gouvernement de Rajoy a annoncé qu’il modifiera la loi sur les violences de genre qui protégeait les femmes. Plutôt que de mettre l’accent sur la domination masculine, le gouvernement souhaite parler de violence intrafamiliale.

Il maintient également le recours en inconstitutionnalité de la loi de 2005 permettant le mariage aux couples de même sexe en espérant que les juges du Haut Tribunal l’invalident. Plutôt que de parler de mariage, le gouvernement espagnol actuel préfère parler d’union civile…

Concernant l’IVG, le gouvernement a présenté un projet de loi afin de «garantir les droits des non nés». Pour ce faire, les conservateurs reviennent sur la loi de libéralisation de l’avortement adoptée par les socialistes en 2010. Désormais l’IVG sera autorisée uniquement en cas de viol, de grave malformation du fœtus et en cas de danger pour la santé physique ou psychologique de la mère. Aussi, l’avortement sans consentement parental avant 18 ans sera interdit.

Le nouveau ministre de l’Éducation José Ignacio Wert a annoncé la modification du programme «éducation pour la citoyenneté», obligatoire dans les lycées depuis 2006 afin de le «libérer de la charge idéologique ». Cette discipline avait permis, entre autres, de parler de la diversité familiale pour introduire l’homoparentalité et du mouvement LGBT comme successeur du féminisme.

Enfin, le gouvernement conservateur a promis d’abroger la loi sur la mémoire historique de 2007 qui reconnaissait officiellement les victimes du franquisme et mettait en place de politiques publiques permettant la recherche et l’exhumation de cadavres des disparus républicains et le dédommagement des victimes de la dictature.

Les poètes, à n’en pas douter, disent les choses mieux que quiconque:
«Ya hay un español que quiere
vivir y a vivir empieza,
entre una España que muere
y otra que bosteza.
Españolito que vienes
al mundo, te guarde Dios.
Una de las dos Españas
ha de helarte el corazón.»

«Il y a maintenant un Espagnol qui veut
vivre et qui commence à vivre,
entre une Espagne qui meurt
et une autre qui bâille.
Petit Espagnol, toi qui viens
au monde, que Dieu te garde:
l’une des deux Espagnes
te glacera le cœur.»

Antonio Machado (poète andalou républicain mort en exil en 1939)

Daniel Borrillo, juriste engagé

Photo lamoncloa.gob.es (Nicolas Sarkozy et Mariano Rajoy, 16 janvier 2012)

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