AXEL BAUERFin janvier, Axel Bauer faisait le buzz autour de son livre Maintenant, tu es seul en racontant qu’il s’amusait à faire courir le bruit de son homosexualité à l’époque de Cargo de Nuit. Yagg a voulu savoir ce qui se cachait vraiment derrière ce faux coming-out…

En revenant sur le succès de Cargo de Nuit dans votre livre, vous racontez comment vous avez joué l’ambiguïté sur votre orientation sexuelle, à l’époque où vous étiez considéré comme une icône gay. Vous le perceviez comme un geste militant? Je plaisais beaucoup aux gays et l’univers de Cargo leur plaisait, avec toute cette imagerie inspirée par le film Querelle de Fassbinder. Dans le clip, on montrait des corps huilés, des mecs musclés en train de tourner des manivelles. Il n’y avait aucune pensée marketing là-dedans, on ne pensait pas à ça. On voulait juste faire un film avec un univers sulfureux et jouer avec des codes très provocs. Je trouvais ça assez drôle de voir que ça plaisait autant aux bad boys et aux motards. Les gays sont toujours à la pointe, ils m’ont apporté beaucoup de soutien. J’avais des copains gays. Alors tous les journalistes me demandaient si je l’étais, mais cette question qui revenait sans arrêt en interview, ça me choquait. Aujourd’hui, ça paraît normal de tout savoir sur les people, ce que tu manges le matin, avec qui tu sors. Mais pour moi, à ce moment-là, c’était une intrusion dans ma vie privée et je le vivais très mal. C’est pour ça que je disais ça, que je leur répondais «Oui, je suis homo».

Est-ce que, à un moment, votre entourage vous a conseillé d’arrêter, ou vous a dit que ça risquait de nuire à votre carrière, par exemple? Pas du tout. Ça n’a jamais posé problème aux gens avec qui j’ai travaillé, ce n’était pas dans leur état d’esprit. Mon entourage était fier de moi et je sais que ça a aidé des gens. À travers ça, en m’associant à eux, je rendais l’amour, le soutien qu’on m’avait donné. De toute façon, je ne me serais jamais permis de parler au nom des gays. Je pouvais aider en en parlant parce qu’à ce moment-là, on en parlait pas aussi ouvertement, ça se cachait. Moi, j’étais en position de force: j’ai été numéro 1 pendant un an. Ça permettait d’ouvrir le dialogue. Alors quand un journaliste me demandait si j’étais homo, je lui répondais «Oui… Et alors?». C’était une provocation, mais au final ça signifiait surtout «Si je suis pédé, ça change quoi? Suis-je le diable? Est-ce que je mérite d’être frappé par une punition divine?».

Dans le livre, vous racontez que, adolescent, vous dissimuliez vos origines bourgeoises quand vous habitiez dans le XVIe. Quelques années plus tard, vous racontez que vous êtes gay. En fait, vous avez besoin d’être du côté des opprimé-e-s… Oui, clairement. C’est certainement ça qui m’a sensibilisé, je n’assumais pas. J’avais un complexe de mes origines, parce qu’en général, on a toujours l’impression que les bourgeois ne sont pas crédibles, ou moins légitimes. Les histoires qu’on raconte, c’est celles de gens qui viennent de tout en bas, mais moi je n’ai manqué de rien. Je n’ai pas eu de réelle souffrance, je n’ai pas eu à vouloir à tout prix m’en sortir. Alors cacher mes origines, je pense que c’était une façon de me frotter à la vie. J’avais beaucoup de choses à prouver.