À quel étrange ballet avons-nous assisté hier matin dans les rangs de l’UMP suite aux propos de Christian Vanneste, député du Nord, niant la déportation des homosexuels en France durant la Seconde guerre mondiale. «Propos inacceptables, profondément choquants et intolérables» pour Jean-François Copé, secrétaire général du parti, qui a mis à l’ordre du jour du bureau politique du 22 février l’exclusion de Christian Vanneste, en plus de «la suspension immédiate de son investiture pour les législatives».

Nous avons eu droit également à une série de tweets, tous plus indignés les uns que les autres, de Nadine Morano à Chantal Jouanno en passant par Benjamin Lancar ou Franck Riester. Même Thierry Mariani, collègue de Christian Vanneste au sein de la Droite populaire, un courant parlementaire pourtant habitué aux sorties homophobes, estime que «s’en prendre aux homosexuels est injustifiable et incompatible avec les valeurs de notre famille politique». Vous avez bien lu. Interdit de rire. À l’heure où nous écrivons ces lignes, seuls Jacques Myard et Lionnel Luca, également membres de la Droite populaire, ont volé au secours de leur ami, criant au «lynchage médiatique» pour le premier, refusant toute exclusion de Christian Vanneste pour le second.

LA BELLE AFFAIRE
La famille politique de Christian Vanneste est donc vent debout, à la quasi-unanimité, contre ce dernier et découvre — ô surprise – le jour de la déclaration de candidature de Nicolas Sarkozy à la présidentielle (mais rassurons-nous, ce doit être une pure coïncidence) le vrai visage homophobe du député du Nord, alors que celui-ci insulte les homosexuel-le-s depuis des années, que ce soit dans les médias, sur son blog ou au sein même de l’Assemblée nationale (voir la vidéo ci-dessous). La belle affaire.


Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Retour sur les propos douteux de Vanneste sur l’homosexualité

PROMESSES
En 2004, Christian Vanneste déclarait que «le comportement homosexuel [était] une menace pour la survie de l’humanité», un an plus tard, que «l’homosexualité est inférieure à l’hétérosexualité». En 2006, le tribunal correctionnel de Lille avait condamné Christian Vanneste pour injures en raison de l’orientation sexuelle à 3000 euros d’amende et 6000 euros de dommages-intérêts, suite à une plainte déposée par SOS homophobie, Act-Up Paris et le Sneg, une décision confirmée un an plus tard par la cour d’appel de Douai. Mais en 2008, Christian Vanneste était blanchi par la Cour de cassation, celle-ci invoquant la liberté d’expression. «Dans un monde homophobe, personne ne vous entend crier», écrivions-nous à l’époque sur Yagg. Car l’homophobie de Christian Vanneste a pu s’exercer en toute impunité, les instances de l’UMP refusant après moult promesses (lire L’UMP a-t-elle vraiment l’intention de sanctionner Christian Vanneste?) de sanctionner son député décidément incontrôlable. Une année, le parti lui refuse l’investiture aux législatives… pour l’accueillir à nouveau en son sein une fois la tempête passée et l’élection remportée.

Christian Vanneste, c’est le retour du refoulé de cette bonne vieille droite homophobe et réactionnaire, la même qui affirme que «toutes les civilisations ne se valent pas» et qu’on laisse s’exprimer au nom de ce «bon sens» si cher à Nicolas Sarkozy. Mais le jour où ce dernier s’adresse à l’ensemble des Français-e-s pour un discours forcément rassembleur (le locataire de l’Élysée veut rempiler pour cinq ans) alors que durant son quinquennat il n’a cessé de souffler sur les braises de la division, il faut faire place nette et cacher la brebis galeuse qui fait tâche sur la photo. La ficelle est un peu grosse.

L’ARBRE QUI CACHE LA FORÊT
L’indignation d’hier n’en est que plus grotesque face à ces années d’indifférence et de silence, à l’aune de purs calculs politiciens. N’oublions pas que Christian Vanneste, c’est un peu l’arbre qui cache la forêt, en témoigne encore cette sortie récente d’un député UMP (lire Pour Jean-Marc Nesme, le mariage et l’adoption pour les homosexuel-le-s sont «une ineptie contre nature»). Remarquons également que le parti présidentiel s’est bien gardé de condamner le reste des propos nauséabonds du député du Nord (sur l’homosexualité, le lobby gay, l’homoparentalité, le «mariage homosexuel», etc.) dans l’entretien-vidéo par lequel le scandale est arrivé.

L’UMP ferait mieux de prendre conscience des conséquences de son discours stigmatisant. Il y a une semaine à peine, Nicolas Sarkozy défendait ses «valeurs pour la France» et nous faisait bien comprendre que nous n’en faisions pas partie, évoquant une «société [qui] a besoin de repères» pour justifier son refus de l’égalité des droits. Aujourd’hui, l’UMP s’offusque du énième dérapage homophobe de l’un des siens alors que ce dernier n’est que le pur produit de la doctrine-maison qui conduit à considérer, de fait, les homosexuel-le-s de ce pays comme des sous-citoyen-ne-s.

HOMOPHOBIE D’ÉTAT
Dans le 2e épisode de notre table ronde vidéo sur les militant-e-s et la présidentielle, Louis-Georges Tin, du Comité Idaho, énonce cette idée essentielle: «Il y a une définition plus large de l’homophobie qui est de refuser de traiter les gens à égalité (…). Et donc quand on me dit: «je ne suis pas homophobe mais je suis opposé au mariage», ce que disait Nicolas Sarkozy, ce que disaient tant de personnes, ça ne marche pas». Nicolas Sarkozy a récidivé hier soir sur le plateau du 20 heures de TF1, confirmant son refus du mariage et de l’adoption pour les couples homosexuels tout en indiquant qu’il avait l’homophobie «en horreur». Nous ne serons pas les otages de cette mascarade.

Photo Yagg