Réuni ce mercredi matin, le bureau politique de l’UMP a décidé d’engager une procédure d’exclusion à l’encontre du député du Nord Christian Vanneste après ses propos sur la déportation des homosexuels qu’il qualifie de «fameuse légende» dans une interview-vidéo donnée au site Liberté Politique.

Dans cette longue interview mise en ligne le 10 février dernier et qui a commencé à buzzer hier soir, Christian Vanneste déclare: «En Allemagne, il y a eu une répression des homosexuels et la déportation qui a conduit à peu près à 30000 déportés. Et il n’y en a pas eu ailleurs. (…) Il n’y a pas eu de déportation homosexuelle en France». Avec cette rhétorique qu’on lui connaît bien (et qui est la même que celle de Christine Boutin), Christian Vanneste ne condamne pas les personnes (les homosexuel-le-s) mais le «type de comportement» (l’homosexualité) dont il dit que l’un des «fondements» est le «narcissisme», le «refus de l’altérité». Il fustige également le lobby gay qui aurait pris le pouvoir dans les médias et réitère ses propos sur le «mariage homosexuel» comme une «aberration anthropologique». Sans oublier de citer Oscar Wilde (qu’il prononce «Ouilde»).

http://www.youtube.com/watch?v=KIO1N23e2ho
Si vous n’arrivez pas à voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Christian Vanneste a boulet rouge contre l’homosexualité ! 13/02/2012

Voir l’interview dans son intégralité.

RÉACTIONS
Cette interview a suscité un tollé, à gauche comme à droite, mais aussi de la part des associations mémorielles LGBT. Le Mémorial pour la déportation homosexuelle (MDH) «condamne avec la plus grande fermeté les propos négationnistes» de Christian Vanneste et «a demandé à ses avocats d’examiner la possibilité d’engager des poursuites judiciaires contre l’auteur de ces propos abjects». Le MDH souligne que «la déportation pour motif d’homosexualité depuis la France a clairement été établie en 2001 par la Fondation pour la mémoire de la déportation (FMD) puis précisée grâce à des recherches parcellaires sur des archives à l’occasion d’un colloque tenu en 2007». «Pierre Seel, rappelle l’association qui fut le premier déporté Français pour motif d’homosexualité à témoigner, fait partie de ces victimes dont nous ne laisserons pas salir la mémoire».

L’association Les Oublié-e-s de la mémoire rappelle les faits: «Une douzaine de natifs d’Alsace ou de Moselle ont été envoyés en camp de concentration pour ce motif [l’homosexualité], six autres Français originaires de Paris et d’autres grandes villes ont été déportés pour ce motif, pour des raisons plus arbitraires (…), plus d’une trentaine de Français, Pierre Seel inclus, ont été persécutés par le régime nazi  (emprisonnés arbitrairement ou encore jugés et condamnés pour des actes homosexuels) et peuvent être (ou ont été) assimilés à des déportés politiques, dans l’interprétation large qu’en fait la loi française de septembre 1948.»

La Lesbian and Gay Pride Montpellier LR exige que les propos de Christian Vanneste «soient publiquement dénoncés ce soir sur le plateau du 20h de TF1 par Nicolas Sarkozy futur candidat à sa réélection».

Pour Louis-Georges Tin, président du Comité Idaho, Christian Vanneste a touché «le fond de l’abjection».

Du côté des politiques, les réactions de condamnation sont nombreuses. Najat Vallaud Belkacem, porte-parole de Francois Hollande, estime que l’«on paie le prix d’une libération de la parole discriminatoire, non seulement tolérée par les plus hautes autorités, mais encouragée, suscitée au plus haut niveau: ou s’arrêtera-t-on?». Pour Martine Aubry, «ce sont une fois de plus des affirmations abjectes, marquées par une homophobie insupportable, qui excluent définitivement M. Vanneste du cercle des élus républicains».

À droite, Christian Vanneste est unanimement lâché par sa famille politique, de Franck Riester à Chantal Jouanno en passant par Nadine Morano ou Thierry Mariani. Enfin, pourrait-on dire, car les dérapages et propos homophobes de Christian Vanneste ne datent pas d’hier.