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Yagg: Bonjour. Nous sommes ravis d’accueillir Thanh Le Luong, directrice de l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES) pour ce nouveau chat sur Yagg.

Thanh Le Luong: Bonjour, je suis le docteur Thanh Le Luong, directrice générale de l’Inpes, et je suis ravie d’être parmi vous ce soir.

Stéphane: Bonjour. Prévoyez-vous de faire des campagnes télés en direction des gays et/ou des lesbiennes?

Thanh Le Luong: Bonjour Stéphane. Nous faisons des campagnes télévisées en direction des hommes gays depuis quelques années. À l’occasion des campagnes 1er décembre, un spot est généralement destiné aux homosexuels. Ces campagnes télévisées sont combinées avec des campagnes plus ciblées sur des médias communautaires. Nous avons également mené une campagne de lutte contre l’homophobie en partenariat avec Canal + en 2008.

Anonyme: Bonsoir Madame, Des études ont montré que certains groupes dans les communautés trans’ sont plus exposés au VIH. Comptez-vous financer des associations trans’ afin de mettre en place des campagnes et des actions de prévention ciblées ?

Thanh Le Luong: Concernant les trans’, l’Inpes agit dans le cadre du Plan national de lutte contre le VIH et les IST 2010-2014: ce plan a un volet populations LGBT intégrant pour la première fois les problématiques concernant les trans. Plusieurs actions ont déjà été financées par l’Inpes depuis la publication du plan et nous continuons nos efforts en direction de ces publics. Dans le cadre de l’appel à projets 2010, l’Inpes a par exemple financé la brochure «Dicklit et Tclaques», créée par l’association Outrans pour les trans’ FtM et leurs amants. En 2011 l’Inpes a attribué une dizaine de financements pour des actions associatives en direction des trans’: formation professionnelle avec l’association Chrysalide, campagnes d’informations de la part d’Outrans par exemple…

jlouis: La prévention est-elle aujourd’hui remise en cause par les faits et les chiffres des contaminations notamment chez les gays?

Thanh Le Luong: Bonjour Jlouis. Nous sommes aujourd’hui en attente des résultats de l’Enquête Presse Gays et Lesbiennes 2011. Mais on reste actuellement en France sur un niveau d’utilisation du préservatif élevée chez les gays, le recours au dépistage est également à un niveau très fort. Nous suivons attentivement les résultats des enquêtes et des études et consultons les experts, pour adapter et définir au mieux les meilleures stratégies de prévention. Il n’y a donc pas de remise en cause de la prévention mais une adaptation continue.

Fabrice: Les publics LGBT témoignent de leurs difficultés de prise en charge médicale tenant compte de leurs spécificités. Comment comptez-vous sensibiliser les médecins généralistes sur cette problématique?

Thanh Le Luong: Bonjour Fabrice, c’est vrai que les médecins sont 41 % à déclarer avoir des difficultés à parler de sexualité en général avec leurs patients, comme le montre notre Baromètre 2009 «médecins généralistes». L’Inpes a produit des outils d’aide au dialogue pour les professionnels de santé, sur le champ de la sexualité, comme d’autres champs (les addictions par exemple). Enfin, un des axes de travail du programme santé sexuelle de l’Inpes porte sur l’amélioration des capacités de dialogue des professionnels de santé sur ces questions.

Raphael: Bonsoir, qu’entendez-vous par «médias communautaires» dans une précédente réponse?

Thanh Le Luong: Bonjour Raphael, il s’agit des médias s’adressant prioritairement aux publics LGBT, Yagg en est un, Têtu également, Gayvox, ainsi que les journaux gratuits régionaux gays (Lom, Wag…), il y en a beaucoup.

jlouis54: Changez-vous de démarche en 2012 pour les campagnes de prévention?

Thanh Le Luong: Bonjour Jlouis54, en 2012, notre démarche continuera à être basée sur les trois piliers de la prévention que sont préservatifs, dépistage/traitements et lutte contre les discriminations (qui sont un frein au dépistage).

Luna: À part le financement de la brochure «Tomber la culotte!», d’autres actions sont-elles prévues à destination des lesbiennes, bisexuelles et autre FSF?

Thanh Le Luong: Bonjour Luna, en 2010, l’Inpes avait créé en partenariat avec Yagg la série Comment ça va les filles? abordant sous une forme ludique et communautaire les questions de santé sexuelle des lesbiennes. Pour nous, il s’agit maintenant d’apprendre de ces actions, d’évaluer avec les acteurs concernés les besoins qu’elles pourraient avoir fait émerger. Nous continuons à financer des actions, comme un site Internet à destination des FSF, qui devrait être lancé par Le Kiosque. Les toutes prochaines étapes en direction de ces publics concernent le recueil et l’analyse de données : sur l’épidémiologie, les comportements, ce qui devrait être permis grâce notamment au travail de l‘Institut national de Veille Sanitaire. Une fois récoltées et analysées, les informations sur ces publics nous permettront de définir leurs besoins en termes de santé. L’Inpes et les acteurs du plan national pourront se baser sur ces informations pour définir des stratégies d’actions concertées en direction de ce public.

Steph75: Bonjour. Le ministre de la Santé approuve-t-il explicitement les campagnes de l’Inpes? On imagine mal Xavier Bertrand approuver «Prends-moi»! 🙂

Thanh Le Luong: Bonjour Steph75, le ministère de la Santé participe à l’élaboration de «Prends-moi», via notre groupe de travail prévention du VIH et des IST à destination des homosexuels masculins, composé d’institutionnels, de chercheurs, d’associatifs…

Arthur: En 2009 étaient publiées des recommandations sur la réduction de la transmission sexuelle du VIH (rapport Lert/Pialoux). Où en est leur prise en compte par l’Inpes? Avons-nous avancé sur les concepts de prévention combinée et de charge virale indétectable? À quand une campagne sur l’intérêt individuel du traitement pour réduire le risque de transmission, qui modifierait l’image des séropos et réduirait la peur?

Thanh Le Luong: Bonjour Arthur, il y a plusieurs questions! Pour rappel, le rapport Lert-Pialoux a été soutenu par l’Inpes, qui par ailleurs avait organisé la journée de restitution des résultats en décembre 2009. Cette journée a réuni plus de 200 participants. Nous intégrons fortement les recommandations Lert-Pialoux dans nos actions et nos perspectives de travail. Par exemple, par l’intégration de la problématique des autres IST dans la prévention du VIH (tant chez les homos qu’auprès des autres publics). Nous avons développé des sites Internet d’information sur les sexualités, comme www.prends-moi.fr ou www.onsexprime.fr (pour les plus jeunes). Ces sites permettent de dépasser la seule approche centrée sur les risques, qui reste pertinente en complément. Nous avons également investi le champ de la prévention positive grâce à notre dernière brochure sur la santé sexuelle des gays séropositifs: «Sexe et santé». Je pourrais multiplier les exemples… Mais vous aviez d’autres questions. La campagne «Une prise de risques quatre réflexes pour agir», menée en 2010 et rediffusée en 2011 sensibilisait déjà le grand public gay à une utilisation combinée des outils de prévention. Une information sur les outils de prévention et leur complémentarité (préservatif, dépistage, traitement post-exposition, traitement comme prévention…) est délivrée par l’Inpes, notamment dans ses outils d’édition, via le magazine Prends-moi ou dans la brochure à destination des gays séropositifs.

Hervé Latapie: Combien les sites comme Yagg et Têtu touchent-ils pour nous polluer avec les fenêtres Prends moi!

Thanh Le Luong: Bonjour Hervé, En général nous investissons sur une campagne d’un à deux mois, au prix du marché d’achat d’espaces publicitaires. Le prix est indexé sur l’audience des sites (combien d’internautes sont touchés) ou le nombre de clics générés par les campagnes. Comme pour toutes nos actions de communication, nous avons besoin de médias spécialisés pour cibler au mieux nos publics.

Vincent: Les campagnes de réduction des risques en direction des usagers de drogues par injection ont permis de réduire considérablement le nombre de nouvelles contaminations au VIH. À l’inverse, le nombre de contaminations au VHC est préoccupant et en constante augmentation. Quelles sont les pistes en termes d’action innovante à exploiter et évaluer afin d’inverser cette tendance?

Thanh Le Luong: Bonjour Vincent, une enquête Prim’inject, sur la compréhension des prises de risques à l’entrée dans l’injection (un des principaux contextes de contamination pour le VHC), est actuellement en cours d’analyse à l’Inpes, ses résultats nous permettront d’élaborer des stratégies d’actions. Nous entamons une réflexion sur l’adaptation de programmes ayant fait leurs preuves au niveau international, comme par exemple Break The Cycle, dont l’objectif est de maintenir les comportements de non-injection des participants.

Marie Yared: Les gays ont un groupe d’experts au sein de l’Inpes qui réfléchit aux problématiques spécifiques de ces communautés face au VIH et aux IST, envisagez-vous de mettre en place un groupe similaire trans’?

Thanh Le Luong: Bonjour Marie. Pour le moment, l’Inpes soutient les actions de prévention menées par les associations qui interviennent auprès des populations trans’.

Yagg: Le chat est maintenant terminé. Merci encore à Thanh Le Luong et à tous les participants à ce chat. Le mot de la fin à notre invitée…

Thanh Le Luong: Merci à tous, et peut-être à bientôt. Rendez-vous sur www.prends-moi.fr et sur Yagg!! Bonne année à toutes et tous!