Samedi 11 février à la mairie du IXe arrondissement de Paris, le débat de l’Association des parents et futurs parents gays et lesbiens (APGL) sur l’homoparentalité a rassemblé les représentantes de cinq candidat-e-s à l’élection présidentielle: Clémentine Autain pour le Front de Gauche, Véronique Dubarry pour Europe Écologie Les Verts, George Pau-Langevin pour le PS, Dominique Versini pour le Modem, et Camille Bedin pour l’UMP. «C’est scandaleux, il y a de quoi être en colère!», s’est écrié Dominique Boren, président de l’APGL, dans son discours introductif, en brandissant le numéro du Figaro Magazine où Nicolas Sarkozy, probable candidat de l’UMP, a fait connaître ses positions quant au mariage et à l’adoption. Une entrée en matière virulente où le président de l’APGL n’a pas mâché ses mots pour dénoncer la politique actuelle qui «marginalise» les homoparents et les «maintient dans une seconde zone».

REPENSER LA FAMILLE
George Pau-Langevin (PS) a ouvert le bal en rappelant le travail fourni par la gauche depuis plusieurs années pour lutter contre les discriminations: «La délégation-partage de l’autorité parentale n’est pas suffisante aujourd’hui», a-t-elle constaté. Pour l’ouverture à l’adoption pour tous les couples, c’est un oui sans détours de la part de la chargée des questions sociétales de l’équipe du candidat PS.
Dominique Versini (Modem) a parlé quant à elle au nom de François Bayrou, non sans une certaine prudence: «Malgré une volonté de répondre aux familles et aux couples, il ne veut pas peiner ceux pour qui le mariage représente des valeurs». Pas de mariage, donc, mais la création d’une union civile avec les mêmes droits et les mêmes devoirs. Cependant, comme l’ancienne Défenseure des Enfants l’a affirmé, l’ouverture à l’adoption pour tous les couples sera bien au programme du candidat centriste.

«Je suis minoritaire sur mes convictions aujourd’hui, a avancé Camille Bedin (UMP), bien consciente d’avoir en face d’elle un public loin d’être acquis à sa cause. En aucun cas, je ne porte un jugement sur l’amour ou sur la capacité à être parent.» Mais la secrétaire nationale chargée de l’Égalité des chances n’en est pas moins demeurée fermement attachée aux idées de son clan politique: «Le mariage est une conception sociale reposant sur un modèle biologique et sur l’altérité sexuelle».

Concernant le mariage et l’adoption, Clémentine Autain (Front de Gauche) s’est flattée d’une clarté totale sur les positions du Front de Gauche, ne manquant pas de rappeler la violence inouïe des manifestations devant la mairie de Bègles en 2004 lors du mariage célébré par Noël Mamère auquel elle avait apporté son soutien, ni de fustiger la position «hétéro-conservatrice» et l’hypocrisie de l’UMP. Bouleversant les normes et les rapports féminins/masculins, le combat pour l’homoparentalité dérange, a-t-elle rappelé: «Il s’agit d’un vrai débat de fond».
«Ce n’est pas si compliqué, s’est étonnée Véronique Dubarry (EELV), il s’agit juste de répondre aux couples qui ont un projet parental», critiquant ainsi le climat de suspicion créé autour des couples homosexuels cherchant à adopter: «On leur pose des questions qu’on ne pose pas aux couples hétéros». L’écologiste a également mentionné la question de la gestation pour autrui (GPA) qui, selon elle, doit être portée sur la place politique, et éventuellement soumise à des jurys citoyens et a contrecarré l’argument de l’altérité sexuelle utilisé pour s’opposer à la reconnaissance de l’homoparentalité: «L’altérité,  ce n’est pas l’altérité des sexes. L’altérité, ça se construit».

PRISES DE POSITIONS SUR LA PMA
Après un premier tour de table pour cerner les positions de chaque parti, le sujet de la procréation médicalement assistée (PMA) a montré des désaccords marqués entre les partis. George Pau-Langevin s’y est montrée opposée pour les femmes célibataires et a été rejointe par Dominique Versini qui a fait part de son expérience personnelle comme argument dans le débat. Le PS et le Modem semblent alors s’accorder sur ce point en restant sur le schéma du couple binaire, qu’il soit homo ou hétérosexuel, concernant l’aide à la conception: «L’enfant a besoin de deux personnes pour son équilibre», a maintenu Dominique Versini.

«Il n’y a pas de droit à l’enfant, a souligné Clémentine Autain, mais un désir de parentalité.» La représentante de Jean-Luc Mélenchon a refusé catégoriquement de ramener cet enjeu au seul nombre de parents. «Il faut sortir de la binarité, c’est là la vraie révolution du XXIe siècle.» Véronique Dubarry a renchéri en rappelant à quel point le modèle patriarcal actuel est en fait très récent: «Pourquoi deux parents? Un enfant a avant tout besoin d’amour». Camille Bedin, quant à elle, n’a approuvé cette méthode que dans le strict cadre de raisons médicales et si elle est essentiellement réservée aux couples hétérosexuels.

AU-DELÀ D’UN DÉBAT PUREMENT LGBT
À l’issue des échanges, Mathieu Nocent, porte-parole de l’APGL, s’est dit très satisfait du débat: «C’était passionnant parce que très contradictoire. Il y a des oppositions véritables sur ce sujet très clivant. Il n’y a pas d’unanimité.» En abordant le thème de l’homoparentalité, force est de constater que le sujet dépasse largement le cadre des revendications des LGBT. «C’est une question LGBT mais pas uniquement, elle remet en cause la définition de la famille. C’était important de ne pas enfermer cette question dans un débat purement LGBT et on a du mal à faire comprendre ça à certains partis. Ce sont des questions fondamentales qui concernent toutes les familles de la même façon.»

Ailleurs sur la toile:
La réaction de l’association Les Enfants d’Arc-en-Ciel
L’article de Véronique Dubarry (EELV) sur son blog