Nicolas Sarkozy a bien lu les plus récents sondages. Près des deux tiers des personnes interrogées se déclarent favorable au mariage pour tous les couples, mais parmi les sympathisants de droite, 54% y sont opposés. C’est bien à ceux-là qu’ils pensent. Le président-candidat souhaite les caresser dans le sens du poil et surtout, il veut faire venir à lui les électeurs tentés par le Font national.

UNE GIFLE POUR LES HOMOPARENTS
Après François Fillon qui expliquait que les couples homosexuels n’étaient pas adaptés pour la «sécurisation des enfants», le Président de la République affirme, dans un entretien au Figaro Magazine, que les couples d’hommes ou de femmes élevant des enfants ne «l’amènent pas à penser qu’il faudrait inscrire dans la loi une nouvelle définition de la famille». C’est une gifle pour tous les homoparents. Tout aussi grave, mais très logique dans sa nouvelle posture, son opposition à l’ouverture du mariage aux couples de même sexe.

NICOLAS SARKOZY DÉSIGNE DES BOUCS-ÉMISSAIRES
Dans cette interview, qui ressemble déjà à sa feuille de route, et intitulée «Mes valeurs pour la France», Nicolas Sarkozy désigne ceux qui vont lui servir de boucs émissaires: les chômeurs, accusés de vivre de «l’assistanat», les étrangers, dont il veut réduire le nombre et affaiblir les droits, les homosexuels, qui ne seraient pas dignes de se marier ou d’élever des enfants. Et la liste pourrait s’allonger.

À droite, nombreux sont celles et ceux, ministres ou parlementaires, qui se sont récemment déclarés favorables à l’ouverture du mariage. Ils en sont pour leurs frais. Le député Franck Riester, qui a récemment fait son coming-out, a déclaré dans Têtu qu’il était «nécessaire d’adapter le droit à l’évolution de la famille». Il appréciera la déclaration du président. Tout comme Rama Yade, aujourd’hui proche de Jean-Louis Borloo, et qui en 2009 sur Yagg, décrivait Nicolas Sarkzoy comme «un progressiste». Selon la secrétaire d’État aux Droits de l’homme, Sarkozy allait prendre des décisions, notamment sur les droits des homosexuels ou le droit de vote des étrangers. On peut se demander si trois ans après, c’est toujours le même homme…

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Rama Yade: Sarkozy et les homos.

UNE TACTIQUE POLITICIENNE
Sarkozy veut un affrontement droite-gauche et rien de mieux que de ressortir une image de défenseur de la famille traditionnelle. Mais cette tactique politicienne a un prix: chaque jour, des jeunes gays et lesbiennes se retrouvent à la rue parce que leurs parents ne les considèrent pas dignes d’être aimés et protégés, certain-e-s se suicident. Dans les entreprises, une majorité de LGBT restent au placard, ce qui accroît les risques de souffrance au travail et nuit aussi à l’efficacité économique. Des homoparents galèrent pour faire reconnaître leurs droits et ce sont souvent leurs enfants qui souffrent le plus. Depuis 1981, et l’abrogation des lois discriminatoires par François Mitterrand, nous attendons des évolutions qui feront des LGBT des citoyen-n-e-s à part entière. Le pacs a ses limites, déjà pointés par certains militants-e-s homos en son temps. Il ne permet pas de régler de nombreux problèmes. Depuis 10 ans, de nombreux pays ont donc choisi la voie de l’égalité des droits. La France fait maintenant figure de has been.

L’UNION CIVILE ENTERRÉE
Avec Nicolas Sarkozy, il n’est même plus question de mesures nouvelles. Même le statut du beau parent et l’union civile « en tous points », que le candidat avait promis en 2007, sont mis au rancart. Pire, Nicolas Sarkozy explique dans l’interview au Figaro Magazine que l’union civile est inconstitutionnelle. En France, une loi égale à une autre ne peut pas être «réservée« à une catégorie de citoyens. Il feint de découvrir aujourd’hui ce que de nombreux juristes avaient pointé en 2007. Tous ceux qui s’étaient rendus à cette fameuse soirée de la Diagonale au club parisien Les Bains-Douches, le 11 février 2007 (5 ans demain!), pour serrer la main du candidat Sarkozy et qui en étaient ressortis tout émoustillés doivent se sentir bien penauds aujourd’hui. Parmi les nombreux invités, on a pu voir Antoine Baduel, de Radio FG, Pascal Houzelot de Pink TV, l’homme d’affaires Philippe Villin, Thomas Doustaly, alors directeur de la rédaction de Têtu. Ce dernier n’a-t-il pas titré son édito de mars 2007, écrit juste après cette rencontre aux Bains-Douches, «On a gagné», expliquant que Sarkozy n’était pas homophobe et que les homosexuels avaient gagné puisqu’ils obtiendraient l’union civile? De très nombreuses associations ont réagi aux propos du chef de l’État. On attend la réaction de GayLib.

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Nicolas Sarkozy rencontre les LGBT aux Bains Douches, 11 février 2007.

Dans son interview au Figaro Magazine, Nicolas Sarkozy, même s’il pèse ses mots, dénie à toute une partie de la population dignité et droits: chômeurs, étrangers, homosexuels, ses « valeurs » pour la France ne s’appliqueront qu’à certains au détriment des autres. C’est une France de la stigmatisation, du rejet de l’autre, une France repliée sur des valeurs traditionnelles rances et bien peu républicaines. Vous en voulez encore pour cinq ans?