Début janvier, Arc-en-Ciel, la fédération wallonne des associations LGBT, ne cachait pas son amertume face au manque d’ambition du projet de la ministre de l’Égalité des chances, Joëlle Milquet. Elle a donc décidé d’entrer en contact avec le cabinet de la ministre, qui s’est révélé en fait bien plus volontaire sur les questions LGBT qu’il n’y paraissait.

Trois réunions thématiques ont donc été prévues entre le cabinet de la ministre et Arc-en-Ciel pour balayer l’ensemble des revendications. La première a eu lieu le 26 janvier et concernait la transidentité. Plusieurs points de la loi du 10 mai 2007, tels que l’accompagnement psychiatrique, ainsi que la ré-assignation et la stérilisation obligatoires, ou encore la loi anti-discrimination qui ne reconnaîtrait pas comme victimes de transphobie les trans’ n’ayant pas subi d’intervention chirurgicale en vue d’une ré-assignation.

La deuxième réunion a eu lieu hier. Elle a soulevé à son tour trois grands thèmes des LGB: la famille, les violences et les relations internationales. Concernant la famille, si la reconnaissance de la parentalité sociale du troisième parent ou la filiation automatique ont été des points sur lesquels le cabinet de Joëlle Milquet a exprimé son adhésion, des avancées sur la gestation pour autrui semblent plus compromises. Pour les violences, Arc-en-Ciel a mis l’accent sur la nécessité d’inclure à la formation de base des policiers une sensibilisation aux LGBTphobies. «Actuellement, une telle formation existe mais elle est basée sur le volontariat, explique Vincent Bonhomme, coordinateur de projets pour la fédération. Sur 40000 policiers en Belgique, seulement une quarantaine y a eu accès.» Si l’homophobie constitue bien une circonstance aggravante dans le cas d’une agression ou d’un homicide, elle est souvent noyée parmi les autres champs.

Enfin, concernant les relations internationales et notamment les demandes d’asile, Arc-en-Ciel a pointé du doigt une loi apparemment neutre, mais réservant le regroupement familial aux seuls couples mariés (dans le pays d’origine), ce qui empêcherait toute démarche de ce type pour les couples de même sexe. Autre suggestion, la création d’un volet LGBT dans les rapports annuels des consulats et ambassades afin de créer un document de référence sur la situation de la communauté LGBT dans chaque pays, notamment dans le but de faciliter la gestion des demandes de droit d’asile au motif de persécutions homophobes.

Une troisième réunion est prévue courant février et abordera le thème de la santé. «Il y a eu des changements  importants récemment, souligne Vincent Bonhomme, on assiste aujourd’hui à un glissement du pouvoir de l’État fédéral vers les régions et les communautés.» Arc-en-Ciel réclame donc une meilleure coordination pour faire face à ce contexte de transition, qui a notamment entraîné la perte de subventions de certains centres de dépistage.

Ces rencontres entre le gouvernement belge et les associations LGBT montrent bien que les avancées en matière d’égalité des droits génèrent de nombreuses réfléxions: «Par rapport au droit de la famille, la question est de savoir actuellement de quelle proportion on peut déléguer des responsabilités au parent social, explique Vincent Bonhomme. Doit-on garder une parentalité binaire et accorder des droits et des obligations au beau-parent seulement en cas de défection d’un des parents biologiques? Ou comme certains projets le proposent, ouvrir le droit à la pluriparentalité?» Des questions que la France est encore très loin de se poser.