Pas de pardon officiel pour Alan Turing. Cette année, le scientifique britannique aurait eu 100 ans. On lui doit d’avoir déchiffré le code militaire allemand pendant la seconde guerre mondiale et – excusez du peu  – on considère qu’il est à l’origine de toute la science informatique. Comme Oscar Wilde en son temps, son homosexualité lui a valu un procès pour « gross indecency ». Les juges l’ont sommé de choisir entre emprisonnement et castration chimique. Il a choisi la seconde solution, qui allait de pair avec une interdiction d’exercer son activité de cryptographe. Peu après, en 1954, celui qui est considéré comme l’un des plus grands génies du XXè siècle s’est donné la mort en croquant un morceau de pomme empoisonné au cyanure.

En 2009, une pétition exigeant des excuses officielles pour sa condamnation a reçu un écho du côté du premier ministre de l’époque, Gordon Brown. Ce dernier s’est excusé publiquement, au nom du gouvernement britannique, pour le traitement « profondément injuste » subi par Alan Turing.

« LÉGALEMENT CONDAMNÉ »
Deux ans plus tard, le gouvernement, désormais dirigé par le conservateur David Cameron, a été saisi d’une demande de « pardon » officiel. Dans une réponse écrite, le ministre de la Justice, Lord McNally a poliment rejeté cette requête. Après avoir rappelé les excuses officiels du gouvernement précédent, il s’explique:

« Un pardon posthume n’a pas été considéré approprié dans la mesure où Alan Turing a été légalement condamné pour ce qui à l’époque était un délit. Il savait certainement que ce délit était illégal et qu’il serait poursuivi.

Qu’Alan Turing ait été condamné pour un délit qui semble maintenant tout aussi cruel qu’absurde et poignant, est une tragédie étant donné sa contribution remarquable à l’effort de guerre. Toutefois, la loi de l’époque obligeait à des poursuites, et ce faisant, notre politique est d’accepter que ces condamnations ont eu lieu et plutôt que d’essayer de changer le contexte historique et corriger ce qui ne peut être corrigé, de nous assurer plutôt que nous n’en revenions jamais à des temps semblables. »