À l’occasion des dix ans du Fonds mondial, mardi 31 janvier à Paris, Michel Kazatchkine, qui l’a dirigé pendant 5 ans, explique à Yagg pourquoi il a démissionné de cette institution de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Créé en 2002 pour venir en aide aux pays pauvres dans la lutte contre ces trois pandémies, le Fonds mondial est aujourd’hui un acteur majeur, financé à 51% par l’Europe et pour une grande part aussi par les États-Unis.

DES RÉSULTATS SPECTACULAIRES
Les résultats sont là: 3,5 millions de malades traités par antirétroviraux, une baisse de la mortalité du paludisme et des cas de tuberculose, des avancées directement imputables aux actions menées grâce au financement du Fonds mondial. Une institution financière très particulière puisque les pays bénéficiaires décident eux-mêmes des programmes et des priorités. C’est ce principe d’autorité des pays récipiendaires qui ne plaît pas à tout le monde, et notamment aux États-Unis, qui préfèreraient voir le Fonds mondial comme une Banque mondiale de la santé: aux pays donateurs de décider ce qui est bien pour les pays qui reçoivent l’aide. Cette nouvelle stratégie, ajoutée aux difficultés financières du Fonds, ont créé un climat délétère dans l’institution basée à Genève. Un article de Marianne avait dénoncé des fonds qui auraient été détournés au profit de la Fondation de Carla Bruni-Sarkozy, des informations démenties par le président du conseil d’administration du Fonds.

La nomination d’un directeur général, Gabriel Jamarillo, un banquier brésilien, qui rapporte directement au Conseil d’administration, a été l’élément déclencheur. Une façon de désavouer le travail de Michel Kazatchkine et, s’inquiète l’association Act Up-Paris, d’envisager le Fonds comme un gestionnaire de l’épidémie.

Dans l’interview qu’il nous a accordée, Michel Kazatchkine explique les raisons de sa démission, annoncée le 24 janvier dernier, et revient sur les réussites du Fonds, un bilan positif et sans précédent dans l’histoire de la lutte contre les maladies.