Lors du sommet de l’Union africaine qui s’est ouvert hier à Addis Abeba en Ethiopie, le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon a réitéré sa volonté de faire respecter les droits des LGBT: «Une des discriminations trop longtemps ignorée ou même approuvée par de nombreux d’États est la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, a-t-il rappelé. Cela a incité les gouvernements à traiter une partie de la population comme des citoyens de seconde zone, voire des criminels. C’est un défi de devoir confronter cette discrimination. Mais nous devons être à la hauteur de la Déclaration universelle».

Malgré des précautions oratoires évidentes, l’intervention de Ban Ki-moon n’a pas manqué de réveiller l’hostilité d’une partie des dirigeants africains présents. Cette fois-ci, c’est notamment Simon Lokodo, ministre ougandais de l’Éthique et de l’Intégrité qui a déclaré à l’AFP que l’intervention du secrétaire général de l’Onu ne modifierait en rien la politique de son pays: « Nous respectons [les homosexuels] en tant qu’êtres humains mais nous condamnons fermement leurs pratiques et leur orientation. Nous condamnons très fermement quiconque promeut ou propage ces pratiques». C’est donc une nouvelle levée de boucliers face à la communauté internationale qui, une fois encore, a rappelé aux États leurs devoirs en matière de droits humains. Déjà en octobre dernier, les menaces du Premier ministre britannique David Cameron à l’encontre des États homophobes avaient déclenché la fureur du président du Zimbabwe Robert Mugabe et les critiques des associations LGBT africaines (lire Afrique: Couper les vivres aux États homophobes n’est pas la solution, préviennent les associations LGBTI).

Les paroles de Ban Ki-moon ont été accueillies avec espoir, mais aussi lucidité. «Il est grand temps que nos dirigeants s’occupent de ces problèmes, a souligné Pepe Onziema, responsable de l’association Sexual Minorities Ouganda (Smug) et l’un des 3 activistes à avoir porté plainte contre le tabloïd Rolling Stone, avec Kasha Jacqueline et David Kato (lire Ouganda: La Justice interdit aux journaux d’outer les homos). Nous n’avons pas vraiment besoin de quelqu’un extérieur à l’Afrique pour nous le dire.» Elle aussi citée par l’AFP, Virginia Magwaza Setshedi, responsable du Projet pour l’égalité des gays et des lesbiennes de Johannesburg, a, quant à elle, soutenu l’importance de «l’intervention de la communauté internationale sur beaucoup de sujets», dont les droits LGBT: «Ce n’est pas plus important que les autres problèmes tels que l’absence d’accès à l’eau, l’absence de logement, etc. Personnellement, je ne sépare pas droits humains et justice sociale. Mais le respect des droits des homosexuels n’est pas non plus une question secondaire».

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