John Ragan est un homme courtois. Représentant au sein de la chambre basse du Tennessee, il prend le temps de répondre personnellement aux lettres que lui envoient ses administré-e-s. Parmi celles-ci, la missive de Kristin Johnson, une étudiante en droit lesbienne, reçue il y a quelques jours. La jeune fille s’offusquait de ce qu’il soutienne une loi qui dispose que seules les insultes utilisant la couleur de peau, la croyance religieuse, le sexe, l’âge ou la nationalité peuvent tomber sous le coup de la loi anti-harcèlement. L’orientation sexuelle et l’identité de genre ne figurant pas dans cette liste, il serait alors légalement possible d’insulter une personne parce qu’elle est trans’ ou homosexuelle. Kristin Johnson a pris la plume pour s’en plaindre à John Ragan. Sa réponse l’a refroidie.

Kristin Johnson a recopié en intégralité la lettre que lui a envoyée John Ragan sur son blog. Mais elle commence à perdre espoir que les choses changent un jour si même les représentant-e-s de la population se montrent si certain-e-s d’agir pour le bien commun en considérant que les homos et les trans’ sont des malades mentaux…

UN RAISONNEMENT «LOGIQUE»?
Pour l’élu, il faut avant tout être logique. Il lui a donc livré son «logique» raisonnement: «De façon logique, l’homosexualité est définie comme un comportement, c’est-à-dire que tant qu’on n’a pas de relation sexuelle avec une personne du même sexe, on n’est pas homosexuel (le terme d’orientation sexuelle est la description de sentiments). Les sentiments ne contrôlent pas le comportement d’un être humain adulte en bonne santé mentale.

En gardant ce raisonnement, poursuit-il, examinons quelques questions: si une personne «ressent» de la colère envers une autre au point qu’elle “ressent” l’envie de tuer l’objet de sa colère, cette personne est-elle “contrôlée” par ce “sentiment”? Ou est-ce que la personne qui “ressent” cela peut choisir de ne pas mettre sa colère à exécution? Si la personne ne se laisse pas guider par ce “sentiment”, peut-on la considérer comme un “meurtrier”?

Une personne peut-elle ressentir tellement de désir envers une autre qu’elle a “envie” de commettre un viol?, demande le représentant. Si cette possibilité existe, cette personne est-elle “contrôlée” par ce sentiment ou peut-elle choisir de ne pas commettre cet acte? Si cette personne ne se laisse pas guider par ce “sentiment”, peut-on la considérer comme un “violeur”? (…)

LES ÊTRES HUMAINS ADULTES EN BONNE SANTÉ MENTALE NE SONT PAS «CONTRÔLÉS» PAR LEURS «SENTIMENTS»
La liste de ces questions sur les “sentiments” qui ne contrôlent pas les gens pourrait continuer encore et encore. Mais je crois que cet argumentaire suffit. Les êtres humains adultes en bonne santé mentale ne sont pas “contrôlés” par leurs “sentiments”», soutient l’élu.

Quant à la loi anti-harcèlement qui ne protégerait plus les homos et les trans’, il la défend en posant d’autres questions: «On pourrait se demander si d’autres groupes identifiables qui s’engagent dans des comportements que “les autres pourraient désapprouver” se suicident dans des proportions similaires? Autrement dit, est-ce que les prostitué-e-s, les pédophiles, les polygames, les meurtriers, etc. se suicident dans des taux similaires à ceux qui ont un comportement homosexuel? Dans l’hypothèse où ces taux seraient comparables (ce qui reste à prouver), est-ce que ces personnes se suicident parce que l’on désapprouve leur comportement ou pour d’autres raisons? La société devrait-elle éviter de désapprouver la pédophilie, la prostitution, le meurtre, etc. parce que ceux qui ont ces comportements auraient de fortes chances de se suicider?»

Kristin Johnson espérait une réponse «honnête, sans prétention, sans excuses et sans faux-semblants». Mission accomplie par John Ragan dont la «minutie» est louable, écrit-elle. Dommage qu’il utilise la même rhétorique qu’Adolf Hitler contre le peuple juif, déplore-t-elle.

Photo Chambre des Représentants du Tennessee