Après avoir lancé le site Very Friendly et écrit plusieurs livres (dernier en date Tintin est-il de gauche? Astérix est-il de droite?), le bouillonnant Jérémy Patinier se lance dans l’édition LGBT. Un marché relativement restreint, mais sur lequel il entend, à son échelle, faire souffler un vent nouveau. Le nom de son projet: Des ailes sur un tracteur. Explications.

Qu’est-ce qui vous a conduit à lancer ce projet?
De la folie je crois. Et puis surtout la passion. Je suis journaliste et auteur moi-même, et certains de mes projets n’ont pas trouvé écho chez des éditeurs, trop frileux ou vraiment peu rémunérateur vu l’investissement en temps que demande l’écriture ou la conception d’un livre. Et puis il faut bien dire que le Lesbictionnaire et l’ Encyclopédé, nos premiers ouvrages, ne les intéressaient pas. A tort, c’est un vrai succès de vente et d’estime pour nous. On sait que tous les livres ne peuvent pas être en tête de gondole à la Fnac (ils avaient refusé la mise en place du Cahiers de vacances gay et lesbien que j’avais en partie écrits pour La Musardine) ou dans les grands magasins, alors il faut innover, essayer les nouveaux sentiers. Ça nous permet d’être indépendant, de laisser libre cours à notre imagination (et notre folie donc), de penser librement, selon nos règles.

Comment allez-vous fonctionner ? C’est le plaisir qui va nous mener : nos projets seront soumis aux votes via les réseaux sociaux pour voir si les lecteurs sont intéressés, et restons ouverts aux propositions d’auteur. On prévoie 4 à 5 livres par an. Tout sauf de la littérature pour le moment. Car même s’il n’y a plus beaucoup d’éditeurs ou de collection LGBT, ceux qui font de la littérature le font souvent bien. On cherche à être différents…
On va aussi lancer un webzine « littéraire » LGBT avec un réseau social de lecteurs et d’auteurs LGBT, pour échanger des avis sur les livres LGBT, et que les auteurs se fassent connaitre.

Pourquoi ce nom ?
Pourquoi « Des ailes sur un tracteur » ? : Parce que, « quand on veut, on peut ! ». Même si nos vies ont des sillons déjà bien creusés, tous tracés, il suffit de s’accrocher des ailes dans la tête pour commencer à être libre, à réaliser ses rêves, à vivre sa vie. C’est la philosophie qui guidera nos publications. Le logo porte cette idée d’ailes, d’où on tire les plumes. Mais c’est aussi une référence au journaliste / écrivain Jean-Louis Bory qui avait dit : « Le jour où je verrai une pub pour le Crédit Agricole avec deux cultivateurs qui se roulent une pelle sur un tracteur, je pense que les choses auront évoluées ! ». Il ne faut pas attendre ces évolutions, il faut les provoquer. C’est ce que nous essayons de faire, avec des livres…

Quel type d’ouvrages comptez-vous publier ?
Nous affinons aujourd’hui notre stratégie mais nous essaierons d’étonner, de proposer des projets différents, plus des essais et des beaux livres que de la littéraire. Mais bande-dessinée, livres pour enfants, livres d’humour, théâtre, recueil de chroniques, nous sommes très ouverts à l’originalité ! D’ailleurs, notre premier projet de 2012 sera un beau-livre qui viendra chatouiller tous vos sens… Et je travaille déjà sur la « Trans-yclopédie », pour lequel nous cherchons des contributeurs. Il y a aura aussi un livre d’humour et des surprises dans l’année…

Comment allez-vous les distribuer ?
Nous misons sur le livre électronique, via les tablettes et Itunes, mais faisons toujours confiance au livre papier, grâce à un système de vente en ligne (Amazon, Lulu.com…) et quelques points de vente (librairies LGBT comme Les mots à la Bouche, Violette&Co à Paris…). Et il y a une galaxie de boutiques LGBT en ligne (comme La dixième Muse ou TheLLove qui nous font déjà confiance…). Nous cherchons de nouveaux points de vente. Peut-être bientôt dans la boutique de Yagg ? Le tout sera promu à moindre frais sur les réseaux sociaux, sur des salons ou festivals LGBT, via des partenaires…

Vous dites sur votre page Facebook que votre modèle économique vous permettra de mieux rémunérer les auteurs. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Parce que nous avons évité tous les intermédiaires (diffuseur, imprimeur classique – nous gérons toute l’impression avec un grossiste hyper-compétitif – et parfois le libraire quand vous achetez directement chez notre distributeur Lulu.com ou sur Amazon), ces parts reviennent aux auteurs. Là où dans l’édition classique un auteur gagne 1€ ou 1,5€, nos auteurs gagnent le double ou le triple selon les projets.
Mais l’édition, LGBT de surcroit, n’étant pas ce qui nourrit son homme (ou sa femme), nous ne cherchons pas à en faire une multinationale ! Nous avons même un statut associatif car le but n’est pas nous enrichir. D’ailleurs, sur certains titres, une partie des bénéfices ira à des associations comme SOS homophobie ou la lutte contre le SIDA…

  • Contact : suruntracteur@gmail.com