La nouvelle est tombée hier après-midi, au moment-même où le service de presse du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et la paludisme envoyait des invitations pour les dix ans de l’institution, le 31 janvier prochain: Michel Kazatchkine annonce sa démission après cinq ans passés à la tête du Fonds mondial.

LE FONDS POINTÉ DU DOIGT
Il y a quelques semaines, le Fonds mondial, créé en 2002 pour financer la lutte contre les trois plus grandes épidémies (sida, tuberculose, paludisme) a été pointé du doigt dans une enquête de Marianne pour la campagne Born HIV Free, dont la porte-parole n’est autre que Carla Bruni-Sarkozy. L’article reprochait au Fonds d’avoir rémunéré Julien Civange, un proche de la femme du président français, pour des prestations réalisées dans le cadre de cette campagne, sans respect des procédures du Fonds. Marianne parlait de 3,5 millions d’euros, le Fonds avait finalement indiqué que 580000 euros avaient été versés à Mars Browsers, la société de Julien Civange.

Le même hebdomadaire affirmait que, suite à un audit, les membres du conseil d’administration du Fonds représentants des États-Unis avaient demandé la tête de Kazatchkine et menaçaient de couper les vivres. Ambiance… Le Fonds avait démenti cette information ainsi que l’intéressé. Mais le mal était fait.

Michel Kazatchkine, qui tient un blog sur Le Monde.fr, donne sa version des faits. Dans son post daté du mardi 24 janvier, Michel Kazatchkine écrit: «En novembre, le Conseil d’administration a décidé de nommer, sous son autorité directe, un Directeur général chargé de superviser la mise en œuvre du Plan de transformation. Je respecte cette décision et je ne doute pas qu’elle ait été prise dans l’intérêt du Fonds mondial. J’ai longuement réfléchi à ses conséquences pour moi et pour l’organisation. Je suis venu à la conclusion qu’il m’était impossible, dans ces circonstances, de rester à mon poste.»

DEUX CONCEPTIONS OPPOSÉES DU FONDS
Le langage est diplomatique mais la motivation limpide. Face à cette nouvelle organisation, le directeur exécutif a préféré jeter l’éponge. Le 11 janvier dernier, lors d’une conférence organisée par Le Monde diplomatique, Michel Kazatchkine et la nouvelle ambassadrice sida de la France, Mireille Guigaz, avaient pointé les risques d’une vision trop américaine du Fonds, centré sur le pouvoir des donateurs. Pour l’instant, c’est pourtant bien les États-Unis qui ont fait avancer leurs pions. Selon eux, le Fonds doit devenir une sorte de Banque mondiale, et, alors que les pays demandeurs soumettaient leurs projets et que le Fonds les finançait, la nouvelle philosophie du Fonds serait de lui donner beaucoup plus de pouvoir.

La France, par la voix du ministère des Affaires étrangères, a fait savoir qu’elle regrettait la démission de Michel Kazatchkine. La France qui est le deuxième contributeur au Fonds, devrait cependant garder une place importante dans cette institution, dont l’action depuis 10 ans, a permis de sauver des millions de vies.