L’ironie du choix du court aurait-elle échappé aux organisateurs des Internationaux d’Australie? Il y a quelques jours, Martina Navratilova, engagée dans le tournoi des Légendes, a joué sur le court qui porte le nom de Margaret Court, dont les propos ne sont pas près de sortir des mémoires de celles et ceux qui militent pour l’égalité des droits. Des propos que la joueuse, qui vit ouvertement son homosexualité depuis 1981, avait sèchement critiqués (lire Martina Navratilova et Billie Jean King dénoncent les déclarations homophobes de leur ex-consœur Margaret Court).

«Jouer sur la Margaret Court Arena, c’est un honneur, comme toujours, d’être sur ce court, a déclaré Martina Navratilova lors d’une conférence de presse, interrogée sur cette programmation. Vous savez, ce n’est pas une question de personne. À l’évidence, je trouve les affirmations de Margaret Court sur le mariage des couples de même sexe dépassées. Mais ce n’est pas juste une personne. Ce n’est pas une question de droits religieux, c’est une question de droits humains. C’est un point de vue laïc, pas un point de vue religieux. Elle ne voit que d’un point de vue. Ma plus grande inquiétude, ce sont les opposant-e-s au mariage des couples homos qui ne cessent de répéter que les enfants devraient avoir un père et une mère. Et ce n’est pas le cas. Alors, que fait-on avec ces enfants? De toute façon, c’est un autre sujet, ça dépasse le cadre du tennis.»

En a-t-elle discuté avec Margaret Court récemment? «Je ne l’ai pas vue. Je lui ai parlé il y a des années, mais, vous savez, elle ne parlait que d’Adam et Eve par opposition à Adam et Steve. Elle l’a répété 4 ou 5 fois, j’ai compris qu’elle ne m’entendrait pas.»

Martina Navratilova a néanmoins marqué le coup en portant une chemisette bordée des couleurs de l’arc-en-ciel (photo). C’est très fashion, l’Australian Open.

De leur côté, les militant-e-s australien-ne-s envisagent de brandir plusieurs drapeau arc-en-ciel vendredi sur la Margaret Court Arena, et ont reçu deux soutiens de poids. Selon le site de la radio 3AW, le tennisman australien Rod Laver, qui détient le record de titres remportés dans une carrière, aurait fait savoir qu’il estimait qu’ils avaient le droit de faire connaître leurs opinions, mais sans s’engager plus avant. Dans un autre domaine, Chris Tanti, spécialiste de la santé mentale, qui dirige un réseau de centres de santé financés par le gouvernement, a accusé Margaret Court de maintenir l’idée selon laquelle l’homosexualité est une maladie psychiatrique. «Un-e jeune qui se sent désespéré-e en raison de son attraction pour les personnes du même sexe et qui a le sentiment que c’est mal est un-e jeune en danger, a-t-il expliqué. Étant donné que le risque [de suicide] est 4 fois plus élevé que la moyenne, je suis très inquiet que ce type de propos soient propagés. Dans une culture telle que la nôtre, qui accorde une grande importance à nos légendes du sport, il faut faire très attention à ce que l’on dit.»

Photo Rainbow Flags Over Margaret Court Arena