Nouveau retournement de situation à Marseille où la vie associative LGBT est décidément ponctuée de mélodrames. Lors de son conseil d’administration qui s’est tenu dans la cité phocéenne le 14 janvier dernier, la Coordination Interpride de France (CIF) a définitivement radié l’association Tous&Go, à qui elle avait accordé la possibilité d’organiser la Marche des fiertés annuelle au printemps 2010 (lire Y aura-t-il deux gay prides à Marseille cette année? Les dessous d’une querelle).

L’ENDETTEMENT DE TOUS&GO INQUIÈTE LA CIF
Président de la CIF, Stéphane Corbin indique que l’association marseillaise dirigée par Christophe Lopez a violé la Charte éthique de la Coordination en refusant de fournir un bilan comptable analytique de son budget 2010. Le différend a pris naissance lorsqu’en octobre de cette même année, le président de Tous&Go avait annoncé un bénéfice de 10000 euros. Or, quelques mois plus tard, en janvier 2011, il a indiqué que l’association était déficitaire de 40000 euros. «Inquiète » aux dires de Stéphane Corbin, la Coordination a demandé à Christophe Lopez de montrer ses comptes.

Le président de Tous&Go s’est employé à rassurer la CIF quant à ces dettes qu’il dit avoir contractées pour l’organisation d’une soirée festive après la Marche. Il a soutenu qu’il obtiendrait des subventions lui permettant de résorber ce déficit. Au grand étonnement de la Coordination, qui ne comprend pas comment des aides publiques, censées contribuer à l’élaboration de projets, peuvent renflouer des dépenses passées et, de surcroît, festives. Christophe Lopez a transmis à la CIF un bilan comptable des activités de son association en 2010, mais ce rapport non-détaillé ne permet pas de déterminer les causes de l’endettement de l’association, selon Stéphane Corbin. Celui-ci a indiqué qu’il souhaitait un bilan analytique, un document que Christophe Lopez refuse de lui communiquer, estimant que Tous&Go est la seule association de la Coordination pour laquelle on montre de telles exigences et que c’est injuste. Il affirme par ailleurs qu’aujourd’hui, Tous&Go est désormais à l’équilibre.

VERS UN PROCÈS?
En réaction à ce refus de lui transmettre le bilan comptable analytique, la Coordination Interpride a choisi de radier Tous&Go et de lui retirer la possibilité d’utiliser la marque Marche des Fiertés/Lesbian and Gay Pride. Une décision que l’association n’accepte pas de bon cœur. Christophe Lopez trouve que cette radiation a «un goût amer» et estime que la CIF «met le monde LGBT à feu et à sang» . Il dénonce des vices de forme, «des pratiques scandaleuses» au sein d’un «foyer de pouvoir extrêmement malsain». Dans un communiqué virulent publié sur le site de l’association, il déclare la guerre (juridique) à la Coordination. Selon lui, Stéphane Corbin a tout fait pour l’évincer et «favoriser ses amis de la Lesbian and Gay Parade (LGP Marseille)», une association aujourd’hui dirigée par d’anciens administrateurs de Tous&Go, mécontents des méthodes de Christophe Lopez. «Nous poursuivrons évidemment l’organisation de la Lesbian and Gay Pride, souligne celui-ci, contacté par Yagg. Et j’insiste sur ce mot.» Qu’il n’a légalement pas le droit d’utiliser pour le défilé qu’il compte mettre en œuvre.

Comme en 2010, deux associations rivales pourraient donc parader dans les rues de Marseille. Pour l’heure, aucune n’est habilitée à organiser de Marche à Marseille cette année, mais la Lesbian and Gay Parade a déposé une candidature auprès de la Coordination pour obtenir l’autorisation. La tension ne devrait pas redescendre avant au moins un an, puisque c’est justement la LGP Marseille qui doit organiser l’Europride en 2013, au grand dam de Christophe Lopez.

Photo Jérôme Galinié