Créer un site de rencontre pour devenir parent? Clément Carjat y a pensé lorsqu’une amie, âgée de 31 ans, lui a annoncé qu’elle venait de rompre avec son compagnon. La perspective de commencer une nouvelle relation qui pourrait de nouveau se terminer cinq ans plus tard lui répugnait, surtout qu’aucun des hommes qu’elle rencontre ne semble vouloir d’enfant. Clément Carjat a rencontré ce même «désir d’enfant» auprès d’amis gays. Fondateur en 2008 d’une société de micro crédit, il s’est mis à réfléchir à l’idée d’un site qui mettrait en relation des personnes souhaitant avoir un enfant ou qui voudraient s’engager vers la coparentalité ou l’homoparentalité.

L’OBJECTIF DE LA RENCONTRE, C’EST L’ENFANT
L’idée est devenue réalité il y a quelques jours avec le lancement de Feeling Parental. Après inscription, les membres renseignent leur profil et présentent leur projet pour pouvoir interagir avec les autres utilisateurs. Un fonctionnement similaire à celui d’un site de rencontres «classique», sauf que là, l’objectif n’est pas la rencontre, mais l’enfant. Un petit quelque chose qui change tout, puisque le fondateur a déjà pu remarquer qu’il y a beaucoup plus d’inscrites que d’inscrits, là où les sites de rencontres peinent à attirer la clientèle féminine.

«UN PRODUIT COMMERCIAL», SELON L’ADFH
Si Alexandre Urwicz, coprésident de l’Association des familles homoparentales (ADFH) «se réjouit de l’ouverture à toutes les formes familiales» permise par le site, il ne peut s’empêcher de pointer du doigt « un produit commercial», porté par «un créneau marketing porteur». Clément Carjat s’en défend : «C’est donner la possibilité à une personne seule, à un couple gay, lesbien ou stérile, de réaliser un rêve».

Un rêve qui attire de plus en plus de personnes, a remarqué l’ADFH qui a constaté une hausse de ses adhérents. Et qui a, dans la foulée, lancé une campagne sur Google Annonces, ainsi que l’a remarqué le yaggeur Numa Numantius sur son blog. L’association se propose de donner aux internautes «toute l’information à savoir pour avoir votre bébé par mère porteuse ». Conscient que la pratique est illégale en France, Alexandre Urwicz explique qu’il s’agit uniquement de « mettre des couples en relation avec d’autres couples qui ont connu des mères porteuses à l’étranger. Nous ne sommes pas des intermédiaires», se justifie-t-il. De son côté, Clément Carjat envisage de supprimer les profils de mères porteuses.

«ON NE DONNE PAS UN BREVET DE BON PARENT»
Il compte avant tout sur le sérieux de la démarche et le cheminement personnel des membres pour la réussite de leur projet. «On ne donne pas un brevet de bon parent, indique-t-il. Avoir un enfant, ce n’est pas comme pour un iPad, c’est le fruit d’une démarche réfléchie, mûrie, construite.» Mathieu Nocent, de l’Association des parents gays et lesbiens, partage cette analyse, mais estime qu’un cadre plus marqué est nécessaire: «Tout cela ne peut se faire que dans la rencontre, dans l’écoute, dans la parole, et lors des moments d’échanges et de convivialité proposés par les associations», insiste-t-il.

Pour l’heure, Feeling Parental est gratuit. Clément Carjat espère le rendre payant d’ici un an, une fois qu’il aura réuni environ 12000 membres. Mais le prix ne devrait pas être aussi prohibitif que sur les sites de rencontres: «Dix euros par mois tout au plus», souligne l’entrepreneur. Est-ce par opportunisme qu’il a décidé de cibler les couples homos dans sa démarche ? «Non, par conviction personnelle, affirme Clément Carjat. J’ai toujours été pour une égalité totale et parfaite. Il est normal et inéluctable qu’on évolue. Les couples gays et lesbiens ont les mêmes envies que les couples hétéros.»

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