Le Centre d’études de la vie politique française (Cevipof) le reconnaît lui-même: «les enquêtes consacrées à l’influence de l’orientation sexuelle sur les comportements électoraux sont rares, voire inexistantes». C’est donc en terrain vierge que s’est aventuré François Kraus, chef de groupe au département Opinions et Stratégies d’entreprise à l’IFOP, lorsqu’il a étudié de près les habitudes électorales des minorités sexuelles – à noter que les trans’ n’ont pas été retenus dans cette analyse. Pour parvenir à des résultats probants, le sondage a été effectué en octobre dernier auprès de 9515 personnes majeures. Premier enseignement de cette enquête : les lesbiennes, les gays et les bis représenteraient 6,5% de la population française, 3% se disant homosexuelles et 3,5% se décrivant comme bisexuelles. En valeur absolue, il y aurait donc, en France, 3,2 millions de personnes LGB.

PENCHANT TRÈS MARQUE POUR LA GAUCHE
Inscrites sur les listes électorales dans les mêmes proportions que les hétérosexuel-le-s, les minorités sexuelles sondées auraient un «penchant très marqué pour la gauche», la moitié d’entre elles étant proche d’un parti de gauche contre 37% côté hétéro. 53% des homos interrogé-e-s se disent prêt-e-s à voter pour François Hollande. La droite parlementaire constitue, en revanche, un repoussoir: seul-e-s 15% des LGB éprouvent de la sympathie envers elle, alors que 21% des personnes hétérosexuelles se sentent proches de cette frange de la droite. Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin ne recueilleraient que 20% de voix chez les homos, et 25% chez les bis, alors qu’ils ont la préférence de 32,5% des sondé-e-s en général.

François Bayrou est un peu plus favorisé par les homos et les bis avec 9% des voix contre 6% dans le reste de la population. En revanche, Marine Le Pen atteint à peu près le même score, peu importe l’orientation sexuelle des sondé-e-s: 20% des bis, 19,5% des hétéros et 17% des homos déposeraient un bulletin à son nom dans l’urne. Dans une hypothèse de second tour avec le candidat socialiste (mais sans préciser l’identité du candidat en face), les LGB feraient gagner un point à François Hollande, puisque 67% d’entre eux voteraient pour lui contre 57% des hétéros. Les homos et les bis représentent par ailleurs une proportion d’électeurs/trices plus nombreuse que les cathos pratiquant-e-s ou que l’ensemble des musulman-e-s, remarque l’auteur de l’étude.

FORT REJET DE LA DROITE PARLEMENTAIRE
Sans parvenir à en expliquer les raisons, François Kraus relève aussi que les électeurs gays et les électrices lesbiennes sont toujours plus à gauche que les bisexuel-le-s. En dépit de cette nuance, ils/elles démontrent toutefois une certaine homogénéité: les LGB ont une conscience politique plus développée, sont plus stables dans leurs choix électoraux et participent plus régulièrement aux scrutins que le reste de la population. Le chercheur balaie en passant l’hypothèse de «droitisation du milieu gay» avancé par Didier Lestrade dans son livre Pourquoi les gays sont passés à droite, qui paraîtra début février. Et il conclut par un avertissement à Nicolas Sarkozy: le «rejet de la droite parlementaire» chez les gays, les lesbiennes et les bis est si fort «qu’ils devraient être peu sensibles» à une évolution de son discours en faveur de l’égalité des droits.

Le chercheur tempère finalement l’ensemble de cette étude en soulignant que «les homosexuels ne forment pas pour autant un électorat monolithique dont les choix électoraux seraient exclusivement déterminés par leur orientation sexuelle».

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Photo JaHoVil