Il y a quatre ans, l’association turque Kaos GL avait poursuivi un journal et un chroniqueur turcs pour des propos homophobes au motif d’une «violation des libertés individuelles». Dans une diatribe à l’encontre des personnes LGBT, un journaliste qualifiait les gays de «pervers sexuels». La Haute Cour d’appel a fini par donner raison à l’association, il y a quelques jours, en condamnant le journal à verser une compensation (lire Turquie: Les homosexuels ne sont pas des «pervers»). L’avocate de l’organisation, Hayriye Kara, et l’une de ses collègues chargée des relations avec les médias, Seçin Tuncel, ont répondu aux questions de Yagg.

Pourquoi avez-vous intenté une action contre le journal Vakit alors qu’il ne vous visait pas directement? Le journal Vakit publie régulièrement des articles haineux, visant des personnes nommément, insultant, révélant la vie privée, déclarant coupable et incitant à la violence et à la discrimination contre des personnes LGBT et des organisations. Ces informations et ces articles vont à l’encontre de la déontologie journalistique et des principes de la presse. Les discours de haine peuvent devenir des crimes à travers les médias.

Vous attendiez-vous à une telle condamnation? Jusqu’ici, toutes les poursuites contre ces propos n’avaient produit aucun résultat. En fait, dans toutes ces affaires, les tribunaux avaient rejeté la demande de compensation au motif que les publications étaient «dans les limites de la critique». La Haute Cour aurait pu se prononcer de la même façon.

Pensez-vous que les choses changeront désormais dans la façon dont les médias turcs traitent des sujets concernant les personnes LGBT? La décision de la Haute Cour, indiquant que des propos haineux ne peuvent être considérés comme des manifestations de la liberté de la presse, constitue un cas de jurisprudence. Mais ce n’est pas suffisant pour le moment. Par exemple, après la décision de la Haute Cour, le journal a continué à publier des discours de haine. Mais les décisions de la Cour ont de l’importance, alors nous continuerons à intenter des poursuites contre de tels propos.

Le montant de la compensation (environ 1600 euros) est-il suffisant selon vous? C’est une décision positive, mais elle n’est pas dissuasive. Mais de la même façon que les crimes de haine sont un message envers la communauté, cette réussite juridique est un message aux grands médias qui diffusent des propos homophobes.

Quels sont vos objectifs pour l’année à venir? Les médias sont l’espace où l’homophobie et la transphobie sont les plus visibles. Par conséquent, nous nous battrons pour transformer les médias. Nous observons régulièrement les médias nationaux et les grands médias locaux. Nous publions des exemples de discrimination au regard des droits humains et nous les mettons en ligne sur notre site internet. D’autre part, nous nous attaquons aux articles homophobes sur le plan juridique. La transformation des médias ne se fera pas d’un seul coup. Mais nous croyons que nos efforts montreront l’exemple.

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