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Bruno Wiel, victime d’une agression homophobe qui avait failli lui coûter la vie en 2006, est venu chatter avec les internautes jeudi 12 janvier, accompagné de son avocate, Maître Sophie Maltet. Un moment fort. À la fin de cette retranscription des échanges, vous pouvez retrouver l’interview vidéo de Bruno, que nous remercions encore une fois d’avoir accepté notre invitation.

Nileju: Comment va Bruno aujourd’hui. A-t-il encore peur que cela arrive une nouvelle fois ?

Bruno Wiel: Je vais aussi bien que possible. J’ai réappris à vivre avec mes séquelles, invisibles, mais qui sont là. J’ai toujours mon cerveau dans mon sac. Mon cerveau étant un calepin. Et je suis très fatigué. Je n’ai pas peur que cela arrive à nouveau mais malheureusement, cela arrive à d’autres. C’est non médiatisé, mais il y a eu des meurtres, non reconnus, à caractère homophobe.

Phil86: La médiatisation qui a entouré le procès de vos agresseurs vous a-t-elle aidé / vous aide-t-elle dans le nécessaire travail de résilience ?

Bruno Wiel: La médiatisation m’a forcé à assumer les choses surtout. Il faut surtout que je précise qu’on ne l’a pas demandé. Avec mes avocats, on a passé une semaine avant le procès à rencontrer beaucoup de journalistes afin d’être tranquilles pendant les assises sauf que le premier jour on ne pouvait même pas entrer dans le palais de justice. C’est une image marquée à vie dans mon cerveau. Il y avait non seulement le stress du procès mais aussi l’acharnement des journalistes, surtout télé. J’étais entouré de caméras, ils se poussaient les uns les autres, il y a un qui est tombé à mes pieds. Sophie Maltet et Cyril Dubois, mes avocats, se sont occupés de ma maman et de mon petit frère. C’était réellement violent. J’en ai oublié qu’il y allait avoir le stress de découvrir le visage de mes agresseurs

Gérard: Recevez-vous du courrier d’homos qui se sont fait agresser ?

Bruno Wiel: Par Facebook, oui. Je suis connu du fait de l’agression mais je ne suis pas une association, je ne peux et je ne veux parler que de ce que j’ai subi. J’oriente systématiquement vers SOS Homophobie ou si le cas est plus spécifique vers le comité Idaho.

Luc: Avez-vous été approché par des associations LGBT pour les rejoindre et/ou devenir leur porte-parole?

 Bruno Wiel: Mes avocats ont été approchés par SOS Homophobie quand j’étais hospitalisé. Ensuite j’ai été contacté par Louis-Georges Tin du Comité Idaho. On a beaucoup échangé par mail et j’ai accepté de le rencontrer, le jour des cinq ans de l’agression. Nous avons passé l’après-midi au ministère de l’Intérieur avec les responsables de la police et de la gendarmerie qui ont osé me dire qu’il n’y avait plus d’homophobie en France. Dans les commissariats, la circonstance aggravante de l’homophobie n’est jamais enregistrée. On peut se faire assassiner sur une aire d’autoroute mais ce n’est pas homophobe.

Maître Sophie Maltet: Ce n’était pas non plus acquis dans le dossier de Bruno au début de l’instruction.

Sophie: Une question à l’avocate de Bruno: Le procès s’est-il passé comme vous le souhaitiez?

Maitre Sophie Maltet: Oui dans la mesure où la circonstance de l’homophobie a été retenue et non dans la mesure où j’attendais plus des accusés.

Zeroseven: Bonjour Bruno et encore chapeau pour ton courage! Et puis tant qu’on y est bonne année aussi comme ça c’est fait 😉 Question très personnelle (sorry) donc facultative (je comprendrais) : le fait qu’un partenaire éventuel puisse difficilement ignorer ce que tu as traversé est-il une aide ou une entrave pour reconstruire une vie intime après ce traumatisme?

Bruno Wiel: Tout dépend de ce qu’il veut. S’il souhaite connaitre Bruno Wiel, le vrai, ou l’image que les médias ont donné de moi. Je ne suis pas courageux, je suis quelqu’un de peureux. La chance dans tout ça, c’est que j’étais très bien entouré. On a passé beaucoup de temps avec Sophie, on est devenus proches, mais j’ai exigé la présence de mon petit frère pendant le procès, il ne m’a pas quitté. Il y avait les journalistes, mais aussi l’entourage des agresseurs quand j’allais fumer dehors, je fumais avec les amis proches de mes agresseurs. Je me suis fait prendre à partie par la maman de l’un des accusés qui m’a dit: « Désolée pour votre maman ». Quand j’ai dit: « C’est moi la victime », elle m’a répondu, « vous, vous le méritez ». Le fait que les gens que je rencontre sachent ce que j’ai vécu, c’est un frein total pour moi. Je sais que je vais avoir toujours les mêmes questions: combien je gagne quand je fais une déclaration à la presse, par exemple. J’étais hier à la Nuit de l’Égalité de EELV parce que Caroline Mecary me l’a demandé (c’était l’avocate de SOS Homophobie au procès), je lui ai demandé de me présenter comme un témoin et non comme un Vert, ce qu’elle a fait. Je refuse d’être récupéré dans la campagne présidentielle, mais j’accepte volontiers de parler de la lenteur de la justice.

Vero: Le fait d’avoir pris la parole publiquement vous empêche-t-il de revenir à une vie « normale »? Est-ce que vous le referiez?

Bruno Wiel: Oui, je le referais. Je me suis souvent posé la question. Suite au procès, je ne voulais plus entendre parler des médias. On m’a demandé des autographes dans la rue, je trouve ça vulgaire. Après le procès, je n’ai plus rien accepté. Il faut déjà digérer toutes les horreurs qui ont été diffusées. Comme le fait de se retrouver dans Le Nouveau Détective