En un an, ce mouvement est passé de 2 000 à plus de 820 000 membres. Un bond que bien des réseaux sociaux aimeraient connaître. Pourtant, il ne s’agit pas du prochain grand rival de Facebook, mais d’AllOut.org, qui se présente comme une «communauté en ligne mondiale» destinée à «améliorer la vie et les libertés des personnes LGBT». Via des pétitions, des flashmobs et d’autres actions, AllOut.org s’efforce de faire pression contre les violences et les manquements aux droits des personnes homosexuelles, bi ou trans’ à travers le monde. L’organisation est ainsi fière d’avoir enregistré à son actif la suspension d’une loi qui prévoyait l’instauration d’une peine de mort pour les homos en Ouganda. En quatre jours, plus de 500 000 personnes ont signé une pétition pour protester contre cette mesure.

Les raisons d’un tel succès ? D’après Guillaume Bonnet, directeur de campagnes basé à Paris, c’est parce qu’AllOut.org a voulu «s’adresser à la communauté LGBT et à ses alliés, hétéros ou pas, qui veulent se mobiliser». À l’aide de sondages réalisés parmi les membres, les responsables de l’organisation se sont rendus compte qu’une large majorité d’entre eux – entre 60% et 80% – s’identifient comme hétérosexuels. «Ils ne marchent pas forcément à la Marche des Fiertés, mais ils se mobilisent pour les droits de l’homme, explique Guillaume Bonnet. Notre travail, c’est de parler des sujets LGBT à des gens qui ne savent pas ce que ce sigle signifie et pour qui ce n’est qu’une soupe de lettres.»

UN MOUVEMENT QUI SE VEUT INTERNATIONAL
La réussite s’explique aussi par l’expérience des membres de l’équipe AllOut.org. Si Guillaume Bonnet a fait ses premières armes à Médecins Sans Frontières, les deux hommes à l’origine du mouvement connaissent bien les ressorts de la mobilisation sur Internet. Ancien directeur de Color of Change, une organisation qui milite pour améliorer la situation sociale et politique des Afro-Américains aux États-Unis, Andre Banks a commencé à réfléchir au lancement d’AllOut.org il y a trois ans. Un projet qu’il a porté avec Jeremy Heimans, fondateur de Avaaz.org et de GetUp (l’association australienne qui a réalisé la désormais célèbre vidéo It’s time). Parti de New York, le mouvement se veut international, insiste Guillaume Bonnet.

La structure souple – ils n’étaient que cinq lors du lancement – leur permet de réduire les coûts de fonctionnement. Tous les jours, les collaborateurs se retrouvent sur Skype pour une vidéoconférence. Ils décident alors des campagnes à défendre et des stratégies à adopter. Pour le directeur de campagnes, les deux tiers du travail s’effectuent en amont, par une prise de contact avec l’ensemble des interlocuteurs. Ainsi, AllOut.org avait eu vent de la proposition de loi socialiste pour l’ouverture du mariage aux couples de même sexe en juin dernier. Mais il était encore trop tôt pour l’organisation qui commençait tout juste à entrer en relation avec les différents acteurs. Depuis, AllOut.org a sollicité ses membres en octobre dernier à se mobiliser en faveur de la pension de réversion pour les couples pacsés, recueillant un peu moins de 20 000 signatures.