La panique aura duré à peine plus de 24 heures. Car panique il y a eu. Lorsqu’un couples de lesbiennes américano-britannique s’est entendu répondre par un avocat du gouvernement, Sean Gaudet, qu’il ne lui était pas possible de divorcer parce que son mariage n’était pas valide, des milliers de couples homos, en grande majorité venus des États-Unis, qui s’étaient rendus au Canada pour s’unir parce que cela leur était impossible dans leur propre pays, ont cru voir leur rêve s’effondrer.

UNE PRISE DE POSITION ISOLÉE
À tel point que plusieurs associations LGBT américaines (Freedom to Marry, Lambda Legal, the National Center for Lesbian Rights, American Civil Liberties Union et Gay & Lesbian Advocates & Defenders) se sont fendues d’un communiqué commun affirmant que «les mariages canadiens de couples de même sexe n’étaient pas en danger». «Aucun mariage n’a été invalidé ni n’est en passe de l’être, écrivaient-elles. La prise de position d’un avocat du gouvernement dans un divorce ne crée pas en soi un précédent. Aucun tribunal n’a suivi cette vision des choses et il n’y a pas de raison de croire que les cours canadiennes ni le Parlement seraient en accord avec cette position, que personne n’a défendue depuis 8 ans que les couples de même sexe ont la liberté de se marier au Canada.»

«CES MARIAGES DEVRAIENT ÊTRE VALIDES»
De fait, le gouvernement fédéral s’est empressé d’annoncer que la loi serait modifiée afin qu’aucun doute ne subsiste. Dès jeudi, le ministre de la Justice Rob Nicholson avait assuré que le gouvernement ferait en sorte que les couples étrangers mariés au Canada puissent divorcer, remettant donc en question l’obligation faite aux époux/ses (homos ou hétéros) de résider dans le pays pendant les 12 mois précédant la demande de divorce. Cette déclaration n’ayant pas suffi à calmer la tempête, il est allé encore plus loin vendredi, devant le Canadian Club de Toronto, où il devait prononcer un discours sur la réforme du système pénal:«Je veux qu’il soit très clair qu’aux yeux de notre gouvernement ces mariages devraient être valides, a déclaré Rob Nicholson. Nous modifierons la Loi sur le mariage civil pour que les mariages conclus au Canada qui ne sont pas reconnus dans le lieu de résidence du couple soient reconnus au Canada». Et de faire retomber la faute sur ceux qui ont ouvert le mariage: «J’ai demandé à mes fonctionnaires d’examiner toutes les possibilités pour remédier à la lacune législative héritée des libéraux en 2005».

Un reportage de Radio Canada:

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Mariages gais valides

Certain-e-s, à l’instar de Randall Garrison, le porte-parole du Nouveau Parti démocratique (NPD) en matière de droits des homosexuels, voient dans cette polémique et la volte-face éclair du gouvernement une volonté de remettre en question le droit des couples gays et lesbiens de se marier. Selon Randall Garrison, cité par La Presse, Ottawa a tenté à plusieurs reprises d’utiliser une faille dans la législation pour réduire ces droits «par la porte d’en arrière». C’est raté pour cette fois.