«Je suis vraiment content et soulagé. Je suis très reconnaissant de ne plus avoir à m’inquiéter qu’Anthony me soit enlevé pour être expulsé», se réjouit Bradford Wells dans les pages du San Francisco Chronicle. Il y a quelques jours, son Australien de mari, Anthony John Makk, a reçu une lettre des services de l’immigration l’informant qu’il lui a été accordé un visa pour deux ans. Peut-être le bout du tunnel pour ce couple gay binational dont la vie a basculé il y a quelques mois pour une affaire de visa (lire États-Unis: L’administration Obama veut expulser l’époux d’un malade du sida).

DEFENSE OF MARRIAGE ACT
Rappel des faits: Bradford vit avec Anthony depuis dix ans dans le quartier de Castro à San Francisco. Anthony est australien et réside aux États-Unis depuis 1993 grâce à un visa. Les deux hommes se sont mariés en 2004 dans l’État du Massachusetts, qui autorise les homos à se marier depuis cette année-là. En 2010, Anthony s’arrête de travailler pour s’occuper de son époux malade du sida. Il demande alors le statut de résident permanent en tant que conjoint d’un citoyen américain. Refus catégorique des services de l’immigration au motif que le Defense of Marriage Act (DOMA), une loi promulguée en 1996 par Bill Clinton et qui définit le mariage au niveau fédéral comme «l’union entre un homme et une femme», interdit aux couples de même sexe de bénéficier des avantages fédéraux en matière de citoyenneté.

MARATHON MÉDIATIQUE
Le 26 juillet, le couperet tombe. Anthony est avisé qu’il n’aura plus le droit de résider aux États-Unis et devra quitter le pays une fois son visa expiré le 25 août. Commence alors un marathon médiatique destiné à mettre en lumière leur désespoir et contraindre l’administration à revenir sur sa décision. Interviews à la presse écrite et aux télés, soutien des associations de défense des immigrants, le couple frappe à toutes les portes. Leur histoire fait rapidement le tour du pays et dépasse même les frontières. Les plus grands journaux prennent fait et cause pour eux en soulignant l’absurdité du DOMA et pressent l’Administration Obama de trouver une issue favorable à leur situation.

Il faut dire que le gouvernement semble avoir à cœur de revenir sur le DOMA. En février 2011, dans une lettre au président du Congrès, l’administration Obama avait déclaré qu’elle ne défendrait plus cet acte devant la Justice. Début juillet, le département de la Justice avait déposé un rapport à la cour fédérale de San Francisco, reconnaissant le «rôle regrettable» qu’avait joué le gouvernement fédéral dans l’application du DOMA (lire Mariage aux États-Unis: une avancée historique). Dans la foulée, un haut fonctionnaire précise à la presse que les familles LGBT font partie des dossiers favorables. Bradley et Anthony ne sont plus seuls dans leur bataille. Ils reçoivent un soutien de poids en la personne de Nancy Pelosi, la chef de la minorité démocrate à la Chambre des représentants.

Représentante du district de San Francisco où vivent Bradley et Anthony, Nancy Pelosi fait aussi partie du groupe de parlementaires qui a préconisé le réexamen des dossiers et la prise en compte des familles LGBT par les services de l’immigration. La représentante affiche son soutien de manière officielle en rencontrant le couple début octobre. Parallèlement, une pétition en ligne réclamant la régularisation d’Anthony recueille plus de 23700 signatures en quelques semaines.

«PAS UNE SOLUTION PERMANENTE»
«Même si ce n’est pas une solution permanente, c’est un coup de pouce significatif pour eux et cela leur assure qu’ils n’ont pas à s’inquiéter d’une séparation au moins sur le court terme, se félicite Steve Ralls, de l’association LGBT Immigration Equality qui a défendu le cas de Bradford et Anthony. Environ 28500 couples de même sexe dont l’un-e des conjoint-e-s ne serait pas américain-e vivraient aux États-Unis, selon une étude de l’Institut Williams dévoilée en novembre dernier. Plus de 7000 d’entre eux résideraient dans le district de San Francisco. Tous ne seraient pas mariés.

Avec l’ouverture du mariage aux gays et aux lesbiennes dans six États du pays ainsi que dans le district de Columbia, d’autres couples binationaux sont menacés d’être séparés par le biais d’une procédure d’expulsion, faute de bénéficier des mêmes droits que les couples hétéros au niveau fédéral, estiment les associations de défense des immigrants LGBT. En plus de leur refuser le statut de résident permanent, le DOMA discrimine les couples homos en leur refusant des avantages fédéraux en matière de fiscalité et de santé.

Photo Groupe de soutien Facebook Let Anthony John Makk Stay in the US

Merci au yaggeur Berti pour l’information.