Vendredi 16 décembre se tenait à Paris le procès de Christian Vanneste contre Jean Jean-Vincent Placé. Compte-rendu de l’audience.
«Ce n’est pas parce qu’on est contre le mariage homosexuel qu’on est homophobe, simplement on considère que c’est l’intérêt de la famille, l’intérêt de l’enfant, l’intérêt de la société d’encourager les structures qui sont le plus favorables à la pérennité de la société.» C’est l’un des arguments invoqués par Frédéric Pichon, l’avocat de Christian Vanneste, pour justifier l’action engagée par le député UMP du Nord contre Jean-Vincent Placé. Le sénateur EELV de l’Essonne est poursuivi pour diffamation – Christian Vanneste réclame 10000 euros de dommages et intérêts.

En juin, invité à commenter les déclarations de Christian Vanneste au sortir du vote sur la proposition de loi de Patrick Bloche visant à ouvrir le mariage aux couples de même sexe, et en particulier l’expression «aberration anthropologique», Jean-Vincent Placé avait déclaré: «Ce type est infâme, voilà la réalité. Il est connu pour ses propos homophobes, racistes, voire antisémites» (lire Jean-Vincent Placé poursuivi en justice par… Christian Vanneste).

«AUCUN ÉLÉMENT OBJECTIF ET PRÉCIS»
«Nous considérons que les propos de M. Placé sont diffamatoires puisqu’ils ne reposent sur aucun élément objectif et précis, a expliqué Maître Pichon à Yagg après l’audience devant la 17e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Paris. Concernant l’homophobie, en 2008, la Cour de cassation a écarté l’argumentation selon laquelle M. Vanneste serait homophobe. Elle a considéré que ses propos entraient dans le cadre de la liberté d’expression. Concernant le racisme et l’antisémitisme, je constate qu’on n’a eu quasiment aucun argument à opposer à M. Vanneste si ce n’est qu’il est hostile au droit de vote des étrangers ce qui n’est pas en soi raciste. Il faut bien distinguer la citoyenneté d’un comportement qui viserait à stigmatiser une catégorie de la population. D’ailleurs une partie de la gauche républicaine n’est pas forcément favorable au droit de vote des étrangers, Jean-Pierre Chevènement par exemple y est opposé. Je pense que M. Placé s’est emporté. Au lieu d’apporter une contradiction d’ordre philosophique, intellectuel ou idéologique, il s’est livré à des attaques personnelles, c’est ça qui n’est pas admissible. On peut admettre le débat sur les idées, dire que les idées de M. Vanneste sont conservatrices, ringardes, tout ce qu’on veut. En revanche dès lors qu’on se livre à une attaque personnelle, on n’est plus du tout dans le débat d’idées.»

DES PROPOS TENUS «EN TOUTE BONNE FOI»

Caroline Mécary, l’avocate de Jean-Vincent Placé (elle aussi élue EELV), a commencé par définir chacun des termes employés par son client («Homophobe: qui n’aime pas les homosexuels; raciste: qui n’aime pas les étrangers; antisémite: qui n’aime pas les juifs», «infâme vient du latin “fama” et signifie réputation, M. Vanneste n’a pas bonne réputation»), puis elle a expliqué que les propos avaient été tenus en toute bonne foi: Christian Vanneste s’est illustré par de nombreuses «prises de position virulentes» à l’égard des homos, il est membre du Club de l’Horloge, proche de l’extrême droite, s’est prononcé pour un rapprochement avec le Front national, défend le «rôle positif de la présence française en outre mer, notamment en Afrique du Nord», a évoqué «la notion de parti de l’étranger» en faisant référence à la députée socialiste Sandrine Mazetier, laquelle avait répondu: «Christian Vanneste n’est pas un inculte, quand il parle du parti de l’étranger, il fait référence à l’affaire Dreyfus. Il accuse les socialistes, à travers moi, d’être des traîtres à leur patrie alors que l’on est en guerre».

«En l’espèce, nous sommes dans le cadre d’un débat télévisé, où il a été demandé à Monsieur Placé de réagir à chaud à une déclaration de l’un de ses adversaires politiques, a souligné Caroline Mécary. Les juridictions considèrent que dans un tel contexte il est possible de critiquer une personne, même en des termes vifs, de celui qui se lance dans l’arène politique en tenant lui même des propos polémiques.» L’avocate a également réfuté toute «animosité personnelle» puisque Jean-Vincent Placé ne connaît pas personnellement Christian Vanneste.

«Christian Vanneste se pose en parangon de la défense de la liberté d’expression, mais dès que quelqu’un prononce des propos contraires à son opinion, il porte plainte», a déclaré Caroline Mécary à Yagg.

Le jugement a été mis en délibéré au 10 février.

Photos DR / Jean-Vincent Placé