Emmené-e-s par Philippe Meunier et Philippe Gosselin, qui s’étaient déjà émus il y a quelques semaines du jugement du TGI de Bayonne autorisant le partage de l’autorité parentale entre une mère et sa compagne (lire Homoparentalité: Christine Boutin et deux députés UMP appellent le gouvernement à «prendre ses responsabilités»), une vingtaine de déput-é-s, en très grande majorité membres de la Droite populaire, dénoncent une «régression des droits de l’enfant».

Selon eux, autoriser le parent social à exercer l’autorité parentale envers les enfants qu’il ou elle élève va à l’encontre des droits de ces enfants, dont ces élu-e-s semblent considérer qu’ils/elles seraient mieux protégé-e-s des aléas de la vie avec un seul parent officiel (oui, c’est absurde).

«COUP DE CANIF»
«Un nouveau coup de canif a été donné au pouvoir du peuple», écrivent-ils/elles dans un texte cité par l’AFP, dans lequel ils/elles expriment leur colère que ni le parquet ni le ministère de la Justice n’ait fait appel du jugement de Bayonne. Un jugement loin d’être isolé (la cour d’appel de Paris a jugé de façon similaire en juin, dans une affaire portée par Maître Michel Warmé, pour ne citer qu’un exemple) mais qui cristallise la fureur d’une partie de la majorité.

«Les juges violent gravement le principe de la séparation des pouvoirs, insistent les député-e-s. Une nouvelle fois, les juges qui ne sont pas élus, s’assoient sur le législateur au nom de la progression des droits. En l’occurrence, il s’agit plutôt de la régression des droits de l’enfant d’avoir un père et une mère.» Et de conclure de façon assez hors-sujet en demandant «instamment au ministre de la Justice qui a manifestement manqué de réaction dans cette affaire, de réaffirmer clairement l’interdiction d’adopter en France pour les couples de même sexe».

«DES PROPOS DIFFAMANTS»
«Ces propos sont diffamants à l’égard de la Justice qui ne fait que consacrer la réalité: la reconnaissance de familles homoparentales, s’indigne l’Association des familles homoparentales (ADFH). Ces propos sont également diffamants à l’égard des familles monoparentales, recomposées ou  homoparentales, méprisamment reléguées à un second plan.»

«La juge aux affaires familiales de Bayonne n’a fait que respecter la loi du 4 mars 2002 qui permet au parent de déléguer son autorité parentale à un tiers», rappelle Mathieu Nocent porte-parole de l’Association des parents et futurs parents gays et lesbiens (APGL), qui juge le texte des député-e-s «mensonger», soulignant que «les différents sondages d’opinion réalisés ces deux dernières années montrent que plus de la moitié des citoyens français est favorable à la reconnaissance de l’homoparentalité». «L’APGL se réjouit de voir que les positions empreintes d’homophobie défendues par ce groupe de député deviennent marginales à l’assemblée nationale: ils étaient 174 députés à signer l’entente parlementaire contre l’homoparentalité en 2006, ils ne sont plus que 23 députés à signer ce texte aujourd’hui.»

«MONOPOLE DU DISCOURS FAMILIAL»
Ni l’une ni l’autre des deux associations ne compte en rester là. L’ADFH indique qu’elle va demander au ministre de la Justice «de sanctionner ou faire sanctionner ces propos diffamants et de faire rappeler aux 20 députés UMP signataires qu’en France, ce sont les juges qui interprètent la loi, pas les fantasmes de certains députés qui voudraient une France nettoyée de toute diversité familiale». «L’ADFH regrette qu’une nouvelle fois, la majorité présidentielle laisse le monopole du discours familial à sa branche dite “populaire” qui reste pourtant très minoritaire. Ceci est inquiétant car l’enfant, placé au centre de ce débat est menacé par de tels propos, très éloignés de la réalité quotidienne de nos familles», conclut l’association. Pour sa part, «l’APGL en appelle à tou-te-s les candidat-e-s à l’élection présidentielle pour qu’ils/elles donnent – s’ils/elles sont élu-e-s – la possibilité aux couples de même sexe d’établir un lien de filiation avec leurs enfants par le biais d’une reconnaissance en mairie et sur la base d’un acte d’engagement parental, que ce soit dans le cadre d’un projet de couple ou d’un projet de co-parentalité.»

Sur le même sujet, sur France Info, rencontre avec Taina Tervonen, co-auteure du livre Fils de…, et interview de Cécile Jacquet, la mère biologique des jumelles concernées par le jugement du tribunal de grande instance de Bayonne:

Si vous ne pouvez pas voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur Taina Tervonen: l’homoparentalité bientôt reconnue?

Les élu-e-s signataires du texte:
Philippe Meunier, député du Rhône
Philippe Gosselin, député de la Manche
Marc Le Fur, député des Côtes-d’Armor et vice-Président de l’Assemblée nationale
Christine Marin, députée du Nord
Marie-Christine Dalloz, députée du Jura
Jean-Paul Garraud, député de Gironde
Xavier Breton, député de l’Ain
Jean-Pierre Decool, député du Nord
Bernard Carayon, député du Tarn
Lionnel Luca, député des Alpes-Maritimes
Claude Bodin, député du Val d’Oise
Philippe Vitel, député du Var
Georges Mothron, député du Val d’Oise
Daniel Mach, député des Pyrénées-Orientales
Richard Mallié, député des Bouches-du-Rhône
Paul Durieu, député du Vaucluse
Jean-Michel Ferrand, député du Vaucluse
Jean-Marc Nesme, député de Saône-et-Loire
Patrice Calméjane, député de Seine Saint-Denis
Christian Vanneste, député du Nord
Jacques Remiller, député de l’Isère
Alain Moyne-Bressand, député de l’Isère
Dominique Tian, député des Bouches-du-Rhône

Illustration Gami