La communauté homosexuelle colombienne a depuis longtemps choisi la lutte juridique plutôt que politique pour élargir ses droits. Avec succès. Elle vise aujourd’hui, par les mêmes moyens, la légalisation du mariage homosexuel.

La communauté gay de Colombie est fière. Son activisme sans relâche depuis vingt ans a fait évoluer comme dans bien peu de pays d’Amérique latine les droits des couples homosexuels. Depuis 2007, hommes et femmes peuvent hériter des biens de leur compagnon ou compagne, bénéficier de la même assurance santé et toucher la retraite de leur partenaire après sa mort. Depuis 2009, l’union maritale de fait entre deux personnes du même sexe est reconnue juridiquement après deux ans de vie commune. Et cette année, la Cour constitutionnelle colombienne a exigé des parlementaires qu’ils légifèrent avant 2013 sur la définition du mariage pour décider si les couples du même sexe pouvaient y être inclus, faute de quoi le mariage homosexuel sera reconnu «par omission» par l’État colombien.

FAMILLES EN PROCÈS
Rien ne prédisposait la Colombie, pays catholique ultraconservateur, à innover ainsi. Le combat fut long et avant tout judiciaire, rappelle German Rincon, un avocat qui a présenté plus de 1600 recours pour discrimination devant la Cour constitutionnelle. «Nos élus n’ont aucune idée de ce que signifie un État laïc, explique-t-il. Six projets de loi successifs ont été rejetés par le Congrès, influencé par des considérations religieuses. La communauté homosexuelle n’avait pas d’autre choix que d’abandonner momentanément le terrain politique et opter pour la voix juridique.»

Les associations s’appuient sur la Constitution de 1991, qui permet à tout individu d’avoir recours à la Cour constitutionnelle lorsque ses droits fondamentaux sont bafoués. Toutes les avancées sont le fait de la jurisprudence de ce tribunal, qui s’est toujours montré favorable aux minorités, y compris sexuelles. Mais il reste des bémols: «La Cour énonce des principes. Mais nous pouvons perdre ces avancées si le Parlement vote une réforme constitutionnelle !», déplore Wilson Castañeda de l’organisation Caribe Afirmativo.

De plus, l’application de ces décisions, obligatoire en théorie, est encore loin d’être automatique. Juges et notaires, par conservatisme ou corruption, refusent souvent de reconnaître l’union maritale. Les procès au sein des familles pour obtenir un héritage sont fréquents, quand les homosexuels ne renoncent pas tout simplement à se battre. «Beaucoup ne se considèrent toujours pas comme sujets de droit. Ils ne demandent pas d’aide, se méfient du système judiciaire», note Bibiana Muñoz, avocate de centres communautaires appuyés par la mairie de Bogotá. Et de rappeler qu’au quotidien, les homosexuels sont toujours l’objet de brimades et de violences au lycée, au travail ou en famille.

ULTIME BATAILLE
La guerre civile qui déchire le pays depuis plus de cinquante ans n’arrange rien. Loin des quartiers branchés de la capitale où les couples se promènent main dans la main sans choquer, les homosexuels restent la cible des factions armées, guérillas et bandes liées au trafic de drogue. «Ces groupes considèrent que l’homosexualité rompt l’ordre social, qu’il faut la combattre. Nous avons perdu un compagnon à Cali, un autre est menacé de mort. Le fait que nous soyons visibles ne leur plaît pas», assure Wilson Castañeda. Ces militants savent que l’ultime bataille pour le mariage homosexuel n’est pas gagnée d’avance. L’Église, très influente, s’y oppose catégoriquement. Mais qu’importe, les organisations continueront à défendre leur cause. «Avant, en Colombie, on ne parlait d’homosexualité que chez le psychiatre, rappelle Wilson Castañeda. Aujourd’hui, nous sommes sur la scène politique.»
Christine Renaudat

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Sur Yagg, nous évitons l’expression «mariage homosexuel», estimant qu’il n’existe qu’une forme de mariage, quelle que soit l’orientation sexuelle des époux/épouses, mais nous avons conservé l’article tel qu’il a été publié par notre partenaire.

En partenariat avec alternatives internationales