Tout se présentait bien pour Chloé Avrillon (à droite sur la photo). Le ministère public ne s’était pas opposé à sa demande de changement d’état civil ni au maintien du mariage qui l’unit à Marie, et, lundi dernier, elle a été opérée, elle se sentait «confiante pour le délibéré et heureuse d’être enfin moi-même, femme dans mon corps», écrivait-elle ce matin à Yagg, avant l’annonce du jugement. Mais le coup de massue est tombé en fin de matinée: le tribunal de Brest a refusé la rectification d’identité.

«GUERRE OUVERTEMENT DÉCLARÉE»
«Je considère ça comme l’aveu de la part des magistrats et législateurs d’une guerre ouvertement déclarée, explique Chloé, très en colère. Un apartheid du genre et de l’orientation sexuelle ouvertement officialisé. Pays des droits de l’Homme qui se permet de remettre une médaille pour la défense des LGBT? Bonne blague.»

«Je compte m’inviter à l’Assemblée nationale pour y parler et offrir ma carte d’identité aux députés, leur balancer ce que je ne considère pas être ce que je suis: il est clair qu’en France, notre identité ne nous appartient pas. Grand bien fasse à ces messieurs, je n’en veux pas, je leur rends, je la renie. Ce n’est pas ça qui effacera le fait que je suis maintenant indubitablement femme.»

«La transphobie et l’homophobie sont des réalités abjectes qu’ils démontrent à notre égard régulièrement et qu’ils encouragent aux yeux d’une certaine population, poursuit-elle. Nous ferons appel et nous gagnerons!»

ANTICIPATION
«Le juge a anticipé les étapes suivantes, ce qui n’est pas son rôle, a déclaré Emmanuel Ludot, l’avocat de Chloé, à Yagg. Il a estimé qu’autoriser le changement d’état civil allait créer un coup de tonnerre dans le paysage juridique, il n’a pas voulu assumer.»

Pour l’avocat, qui rappelle qu’il existe un précédent, un arrêt de la cour d’appel de Caen du 12 juin 2003, qui avait autorisé la rectification de l’état civil tout en maintenant le lien matrimonial, le juge a condamné Chloé à rester un homme toute sa vie: «La décision qu’il a prise est pire que celle qu’il aurait pu prendre. Il a choisi le choléra, il aurait pu choisir la peste».

[mise à jour, 18h55] «C’est une immense vague d’émotion de tristesse et de colère qui nous envahit en ce triste jour où le juge a donné son délibéré négatif dans l’affaire Avrillon, déplore dans un communiqué l’association Rainbow Brest, dont sont membres Chloé et Marie. Depuis la création de l’association début 2011, pour l’ensemble des ses membres, il va de soit qu’elles vivent en tant que couple femme/femme avec 3 enfants épanouis et ce depuis 2 ans maintenant. Cette volonté de non-reconnaissance officielle de Chloé au genre féminin braque les yeux du monde entier sur un pays qui méprise une partie de sa population. Cette demande s’inscrivait dans la lignée de plusieurs demandes semblables mais en raison d’une forte médiatisation n’aura pas la même issue. Nous continuerons à soutenir l’ensemble de la communauté LGBT pour faire reconnaître un quotidien qui est bien réel mais actuellement sans reconnaissance et sans droits.»

Photo DR (Marie et Chloé photographiées par leur fils, photo publiée avec l’autorisation de la famille)