La majorité des patients infectés par le VIH présente une inflammation généralisée persistante, même sous traitement antirétroviral efficace. Si cette inflammation ne provoque pas de symptômes visibles, elle contribue à altérer le pronostic à long terme, notamment en favorisant le vieillissement accéléré et la survenue de pathologies cardiovasculaires. Une altération de l’immunité de la muqueuse intestinale est en cause. Cette altération, en effet, conduit au passage constant de bactéries de la flore intestinale vers la circulation sanguine, entraînant ainsi un état inflammatoire chronique. Or, des chercheurs de Toulouse, sous la direction du Dr Pierre Delobel, ont pu expliquer ce phénomène.

UNE BARRIÈRE CONTRE LES BACTÉRIES
Leur étude, soutenue financièrement par l’ANRS (ANRS EP44 PERSIST) a concerné 20 patients infectés par le VIH en succès thérapeutique et 10 témoins séronégatifs. Elle montre que, chez les patients infectés par le VIH, un certain type de lymphocytes CD4, principales cellules de l’immunité, qui sont normalement destinés à migrer vers la muqueuse intestinale, restent bloqués dans la circulation sanguine. Ces CD4 ont pour rôle de faire «barrière» entre le tube digestif et la circulation sanguine et donc d’empêcher le passage des bactéries vers le sang.

Chez les patients séropositifs, les chercheurs retrouvent ces CD4 en nombre anormalement diminué dans la muqueuse intestinale mais paradoxalement en nombre élevé dans le sang. Inversement, chez les témoins non infectés par le VIH, ces CD4 sont peu nombreux dans le sang car ils ont migré normalement vers la muqueuse intestinale. Les chercheurs mettent en évidence que ce phénomène est lié à un défaut de sécrétion d’une chimiokine, appelée CCL25 par les cellules intestinales. Cette protéine a pour fonction d’attirer les lymphocytes CD4 de type CCR9 et a4ß7 vers la muqueuse intestinale.

POUR UN TRAITEMENT PRÉCOCE DE L’INFECTION
Selon le Dr Pierre Sobel, «c’est un vrai cercle vicieux: le déficit immunitaire de la muqueuse conduit à une altération de celle-ci, qui entraîne le déficit en CCL25, qui lui même entretient le déficit immunitaire de la muqueuse». Et qui dit déficit immunitaire, dit inflammation chronique des patients avec tout ce que cela peut entraîner comme complications à long terme.

Cette recherche, publiée dans le Journal of Clinical Investigation du 12 décembre 2011, ouvre selon l’ANRS des perspectives intéressantes pour la prise en charge de l’inflammation systémique persistante observée chez les patients séropositifs sous traitement antirétroviral efficace. Cette recherche plaide en effet pour un dépistage et un traitement précoce de l’infection par le VIH.

Elle ouvre aussi la voie à des traitements immunologiques susceptibles de restaurer la production intestinale de CCL25.