L’annonce est saluée comme un événement, avec ce que cela entraîne d’émotion mais aussi de critiques. Hier, mardi 6 décembre, à quelques jours du 10 décembre qui célèbre l’anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, les États-Unis ont mis les droits humains des personnes LGBT au cœur de leur politique étrangère.

«LE BILAN DE MON PROPRE PAYS SUR LES DROITS HUMAINS DES LGBT EST LOIN D’ÊTRE PARFAIT»
«Aujourd’hui je voudrais parler du travail qu’il reste à accomplir pour protéger un groupe de personnes dont les droits humains sont encore niés dans de trop nombreuses parties du monde, a déclaré la secrétaire d’État américaine (l’équivalent de notre ministre des Affaires étrangères) Hillary Clinton, lors d’un discours d’une trentaine de minutes à la tribune des Nations Unies à Genève (vidéo ci-dessous).

Il s’agit, à de nombreux points de vue, d’une minorité invisible. Elles sont arrêtées, battues, terrorisées, voire exécutées. Elles sont souvent traitées avec mépris et violence par leurs concitoyens tandis que les autorités chargées de les protéger détournent le regard ou, trop souvent, participent à ces violations. On leur refuse des opportunités de travail et d’apprentissage, on les chasse de leurs foyers et de leur pays, on les oblige à dissimuler ou nier qui elles sont pour se protéger du danger.»

«Je parle des personnes gays, lesbiennes, bisexuelles et transgenres, des êtres humains nés libres et auxquels ont été octroyées égalité et dignité, qui ont le droit de s’en réclamer, ce qui est maintenant l’un des derniers défis de droits humains de notre époque. J’aborde ce sujet en sachant que le bilan de mon propre pays sur les droits humains des LGBT est loin d’être parfait. Jusqu’en 2003, c’était encore un crime dans certaines parties de notre pays. Quantité d’Américains LGBT ont subi violence et harcèlement dans leur propre vie, et certains, dont bon nombre de jeunes, sont victimes quotidiennement de harcèlement et d’exclusion. Nous, comme toutes les nations, avons encore du travail à accomplir pour protéger les droits humains chez nous.»

«Je sais qu’il s’agit d’un sujet sensible pour de nombreuses personnes et que les obstacles qui se dressent sur la voie de la protection des droits humains des personnes LGBT reposent sur des croyances personnelles, politiques, culturelles et religieuses profondément ancrées. Je viens donc à vous avec respect, compréhension et humilité. Bien que les progrès sur ce front ne soient pas aisés, nous ne pouvons pas attendre pour agir. C’est dans cet esprit que je veux parler des questions difficiles et importantes que nous devons examiner ensemble pour trouver un consensus global qui reconnaîtra les droits humains des citoyens LGBT partout dans le monde.»

«SOYEZ DU BON CÔTÉ DE L’HISTOIRE»
Ce discours, qui met chacun-e – gouvernements, institutions internationales, peuples – devant ses responsabilités, s’inscrit dans un ensemble. «Ce matin, à Washington, le président Obama a instauré le premier plan du gouvernement des États-Unis consacré à lutter contre les violations des droits humains des personnes LGBT au-delà de nos frontières, a poursuivi Hillary Clinton. (…) Je suis également heureuse d’annoncer que nous lançons un Fonds mondial pour l’égalité qui soutiendra les actions des organisations de la société civile qui travaillent sur ces sujets de par le monde.»

Les États-Unis ont débloqué plus de 3 millions de dollars pour lancer le Fonds, et espèrent que d’autres viendront soutenir cet effort, a souligné la ministre des Affaires étrangères. Et de rappeler une maxime des États-Unis en matière de droits humains: «Soyez du bon côté de l’Histoire». «L’Histoire des États-Unis est celle d’un pays qui s’est toujours débattu avec l’intolérance et l’inégalité, a rappelé Hillary Clinton. Nous avons vécu une guerre civile brutale autour de l’esclavage. D’un bout à l’autre du pays, des campagnes ont uni les citoyens pour la reconnaissance des droits des femmes, des peuples indigènes, des minorités raciales, des enfants, des personnes handicapées, des immigrants, des travailleurs, et d’autres encore. Et la marche vers l’égalité et la justice a continué. Ceux qui se battent pour élargir le cercle des droits humains étaient et sont du bon côté de l’Histoire, et l’Histoire les honore. Ceux qui ont tenté de restreindre les droits humains ont eu tort, et cela se reflète également dans l’Histoire.»

http://youtu.be/MudnsExyV78
Si vous ne pouvez pas voir la vidéo ci-dessus, cliquez sur ‪Secretary Clinton’s Historic Speech on LGBT Human Rights‬

La plan de Barack Obama évoqué par sa ministre des Affaires étrangères s’appuie sur une circulaire présidentielle transmise à toutes les agences fédérales à l’étranger – qu’elles dépendent du ministère des Affaires étrangères, de la Défense, des Finances, du Commerce, de l’Agriculture, de la Justice –, leur ordonnant de tout mettre en œuvre pour aider à promouvoir et protéger les droits humains des personnes LGBT.

La retranscription du discours d’Hillary Clinton (en anglais et en français).

La circulaire présidentielle (en anglais).

Photo U.S. State Department