Nicolas Bighetti de Flogny RimbaudL’association lyonnaise Rimbaud, qui lutte contre l’homophobie et offre des services d’accueil et d’écoute aux jeunes de 15 à 25 ans, a lancé hier, lundi 5 décembre, une campagne nationale de sensibilisation aux risques d’exclusion des jeunes victimes d’homophobie (voir l’affiche en fin d’entretien). Nicolas Bighetti de Flogny (photo), chargé de communication de l’association, répond aux questions de Yagg.

Pourquoi cette campagne? Tout d’abord, cette campagne se veut un appel à une jeunesse oubliée. Cela fait plusieurs mois que nous sommes submergés d’appels médiatiques et politiques sur tous les sujets, surtout le sujet de la jeunesse qui semble devenir un des points clefs des présidentielles de 2012. Or, en France, quelle est la première cause de mortalité des 15-25 ans victimes d’homophobie? Le suicide. Quand la première cause de mortalité de cette classe d’âge prise globalement sont les accidents de la route liés à l’alcool… Qui en parle en dehors des associations et des médias LGBT? Personne.

Et là, je parle du suicide mais il est bien évident qu’il y a toute une spirale graduée de comportements à risque, bien avant la tentative de suicide et le suicide, qui touchent de façon exponentielle les jeunes de 15 à 25 ans qui souffrent d’homophobie. Cette jeunesse-là, qui s’en soucie? Elle semble délaissée, isolée, voire niée en France. Et quelques jours après la Journée mondiale de lutte contre le sida, les médias «généralistes» et les responsables politiques doivent comprendre que les études indiquent clairement que les personnes LGBT à antécédents suicidaires se protègent rarement lors de rapports sexuels avec un partenaire inconnu, contrairement à leurs pairs non-«suicidants». Égalité des droits, politiques de santé publique, lutte contre les discriminations: l’État a malheureusement une responsabilité coupable dans la détresse, l’isolement et les pratiques à risques de milliers de jeunes en France.

Deuxième raison à cette campagne, et cela découle de notre réflexion militante: que propose l’association Rimbaud? Il ne s’agit pas seulement de se plaindre d’une situation scandaleuse – elle l’est –, il faut aussi mettre en place des solutions dans l’attente que l’appel soit entendu. Cette campagne se veut justement la mise en lumière de ce que nous proposons à ces 15-25 ans qui sont en questionnement sur leur orientation sexuelle et affective ou qui sont en rupture familiale. Il est important que ces jeunes soient au courant que notre association existe et de ce que nous mettons à leur disposition pour qu’ils s’en sortent. C’est notre secteur d’accueil, de soutien et d’accompagnement avec des moments de discussion sur leur vécu, leurs craintes, leurs souffrances ou leur rejet du domicile familial. Cela s’accompagne d’un éventuel suivi régulier selon les attentes du jeune ainsi que la possibilité d’accéder à de nombreux services personnalisés grâce à une formation encadrée et exigeante de nos accueillants et un réseau partenarial très fort. Pouvoir s’exprimer librement, être accompagné pour se sentir mieux… Les permanences doivent ainsi permettre aux jeunes de renouer un lien social, de communiquer et s’ouvrir aux autres et à la société. Aussi, ce secteur propose des animations, des groupes d’échange et de parole, ainsi qu’une médiation familiale entre le jeune et ses parents s’il le souhaite.

À qui s’adresse-t-elle? En premier lieu aux jeunes victimes d’homophobie en général car nous savons, notamment à travers notre travail d’interventions en milieu scolaire, qu’il y a aussi des hétérosexuel-le-s victimes d’homophobie pour la simple raison qu’ils/elles ne répondront pas aux codes hétéronormés de ce que la société considère comme une fille et de ce qu’elle considère comme un garçon.

En deuxième lieu à leur entourage, qu’il soit familial, professionnel ou scolaire. Nous l’avons également pensée pour qu’elle puisse interpeller tous les collégiens et les lycéens, que nous côtoyons en interventions, qui passeraient devant cette affiche.

La campagne sera notamment diffusée dans les établissements scolaires. Avez-vous travaillé avec le ministère de l’Éducation nationale? Nous ne travaillons pas directement avec le ministère. Nous sommes en contact bien plus direct avec le corps enseignant, infirmier, social ou encadrant des établissements. Ce sont d’ailleurs bien souvent ces personnes qui nous contactent car elles sont témoins d’une homophobie dure, généralisée et banalisée.

Nous allons envoyer cette semaine par courrier une lettre ainsi qu’une affiche à tous les établissements de la région Rhône-Alpes afin qu’ils puissent la mettre sur leurs panneaux et savoir vers qui réorienter un jeune soumis à ces problèmes d’homophobie ou de questionnement. C’est par le biais de nos interventions en milieu scolaire que nous avons tissé de très bons liens avec de nombreux personnels des établissements. À l’association Rimbaud, c’est la logique du partenariat fort qui nous a permis d’exister. Nous y croyons beaucoup et tenons à entretenir les meilleurs liens avec nos partenaires.

Pour les autres établissements, ce sera à leur demande.

Comment la campagne est-elle financée? Par notre propre trésorerie! Mais, soyons honnêtes, nous sommes satisfaits d’avoir effectivement aussi été soutenus par l’Agence régionale de santé (ARS) Rhône-Alpes qui nous a accordé une subvention pour notre secteur d’activité «accueil, soutien et accompagnement».

Le visuel sera-t-il aussi décliné en flyers ou autres formats? Nous réfléchissons à décliner le visuel en format et épaisseur «cartes postales» et pourquoi pas d’autres types de supports… mais ce n’est pas encore tranché. Cela va dépendre notamment des retombées de cette campagne qui justifieraient ou non qu’on y mette davantage de moyens financiers. Nous avions également envisagé des bannières sur des sites de rencontres afin de toucher un public qui ne lit peut-être pas la presse LGBT… malheureusement ces sites ne nous ont jamais répondu. C’est dommage.

C’est une campagne nationale, vous considérez-vous comme une association nationale ou locale? Ah! Ça, c’est une question qui nous tient à cœur! Nous sommes une association lyonnaise, fortement implantée dans le paysage local. Toutefois, nous avons vocation à porter également un message national. Et nous le revendiquons. Pourquoi n’y aurait-il d’associations nationales que parisiennes? Aucun anti-parisianisme mais nous ne rougissons pas d’être une association lyonnaise qui porte aussi un message nationalement.

Si un établissement scolaire, une association,un commerce veut afficher votre campagne, à qui faut-il s’adresser? Au niveau local, à partir d’aujourd’hui, nous allons nous répartir en groupes de bénévoles pour faire la tournée des lieux LGBT ou friendly afin de leur proposer des affiches. Pour les établissements, nous allons envoyer par courrier à chaque établissement de la région une lettre accompagnée d’une affiche. Étant par ailleurs déjà en contact avec eux, nous avons bon espoir que nombre d’entre eux diffusent notre affiche au sein de l’établissement.

Au niveau national, nous avons envoyé l’affiche par mail à de nombreux partenaires mais allons d’ores et déjà envoyer matériellement l’affiche à certains que nous connaissons bien ou qui nous ont sollicités. Et si un établissement, une association, un commerce souhaite afficher notre campagne, il/elle peut nous envoyer un mail à contact@association-rimbaud.org et nous lui enverrons avec plaisir les affiches! Et pour Yagg c’est pareil! On vous l’envoie avec plaisir!

affiche-rimbaud